Alors que le potentiel résiduel du pays en hydrocarbures conventionnels évolue à la baisse depuis maintenant plusieurs années, l’Algérie fait face à plusieurs défis, dont l’impératif de concilier le taux de croissance de la consommation énergétique nationale avec celui des réserves et des capacités de production à long terme. Il va sans dire que pour relever ce défi, le pays doit accélérer dans la transition énergétique et la réorientation des usages au profit des secteurs économiques à haute valeur ajoutée. Mais pas seulement. Sonatrach doit investir davantage dans la récupération des réserves, dont le taux est réputé pour être l’un des plus faibles de la région.

Par Hakim Ould Mohamed
Dans un rapport publié, hier, par la revue Rystad Energy de la firme britannique British Petroleum, consacré aux réserves pétrolières récupérables dans le monde, il en ressort que les ressources de pétrole techniquement récupérable ont baissé de 9% cette année comparativement aux estimations de l’année dernière. Les réserves pétrolières récupérables dans le monde sont désormais estimées à 1725 milliards de barils, contre une estimation de 1903 milliards de barils de l’année dernière. Sur ce total, environ 1 300 milliards de barils sont suffisamment rentables pour être produits avant l’an 2100 à un prix réel du Brent de 50 dollars le baril, estime BP dans son rapport. «Dans ce scénario, la production mondiale de pétrole et de de gaz naturel tombera en dessous de 50 millions de barils par jour d’ici 2050. L’exploration, le développement, le traitement et la consommation de cette quantité de pétrole extractible commercialement entraîneront des émissions brutes de gaz à effet de serre de moins de 450 gigatonnes de CO 2 d’ici 2100», souligne le même rapport. Pour ce qui est de l’Algérie, le rapport de BP évalue à 14 milliards de barils les réserves pétrolières techniquement récupérables dont dispose encore l’Algérie. Le pays arrive au 3e rang africain, derrière le Nigeria et la Libye, dont les réserves pétrolières récupérables sont estimées à 20 milliards de barils pour chacun des deux producteurs d’Afrique. Le leader en matière de ressources récupérables reste ainsi le Nigeria, même si le pays a perdu 6 milliards de barils sur ses ressources récupérables cette année en comparaison avec les estimations de 2020. Pour l’Algérie, la durée de vie de ces réserves ainsi que l’impératif d’amélioration des taux de récupération se posent en enjeu majeur, d’autant plus que la consommation énergétique nationale évolue à vive allure depuis quelques années déjà. Le défi consiste, à l’avenir, à concilier le taux de croissance de la consommation énergétique avec celui des réserves restantes et des capacités de production du pays à long terme. Autrement dit, le pays doit s’investir davantage dans la contribution des énergies renouvelables au mix énergétique national afin de contenir la progression effrénée de la consommation domestique, tout en améliorant son taux de récupération des réserves, connu pour être un des plus bas de la région.

Enjeux majeurs pour l’Algérie
Il y a quelques années déjà, la problématique de la hausse du taux de consommation énergétique, rapporté à celui des réserves restantes et de la capacité de production du pays à long terme, a été posée en Conseil des ministres. En effet, lors d’un Conseil des ministres daté du 6 octobre 2015, les statistiques communiquées alors au sujet des réserves de pétrole restantes de l’Algérie levaient le voile sur une baisse significative, évaluées à l’époque à près de 1,4 milliards de TEP (tonne équivalent pétrole). Les réserves de gaz ont été estimées par le même Conseil des ministres à 2745 milliards de mètres cubes. Cette problématique se pose aujourd’hui encore avec les mêmes enjeux et les mêmes défis, d’autant plus que les spécialistes estiment que le potentiel résiduel en hydrocarbures conventionnels évoluait négativement depuis maintenant une décennie déjà. Par ailleurs, le rapport statistique 2021 de British Petroleum a indiqué que les ressources récupérables restantes des pays de l’OPEP ont baissé de 53 milliards de barils, à 741 milliards de barils. L’Iran et l’Arabie saoudite disposent des réserves les plus importantes, mais celles-ci ont chuté de 11 milliards de barils à la fois en Arabie Saoudite et en Iran ; les volumes de pétrole récupérable de l’Arabie saoudite étant désormais calculés à 288 milliards de barils, alors que les volumes iraniens sont estimés à 101 milliards de barils. L’Irak talonne les deux grosses cylindrées de l’OPEP, s’imposant sur la troisième marche du podium avec, au tableau, des ressources récupérables de 110 milliards de barils, en diminution de 8 milliards de barils par rapport au rapport de 2020. Dans cette nouvelle édition de Rystad Energy, l’Arabie saoudite conserve le haut du podium en tant que producteur disposant des plus gros volumes de ressources pétrolières récupérables (288 milliards de barils). Entre autres conclusions rapportées dans le rapport de BP, «nous constatons des différences significatives entre les membres de l’OPEP sur la longévité des réserves prouvées, allant de bien en dessous de 10 ans pour certains membres à près de 20 ans pour l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis», lit-on dans ledit rapport. Dans le monde, les États-Unis viennent en seconde position après l’Arabie saoudite (214 milliards de barils), la Russie en troisième position (149 milliards de barils) et le Canada en quatrième (138 milliards de barils).