Les réserves de change de l’Algérie s’établissent désormais à 82,12 milliards de dollars à fin novembre 2018, contre 88,61 milliards de dollars à fin juin de la même année, à en croire le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal, qui présentait, hier, à la Chambre basse du Parlement, le rapport annuel de son institution.

L’Algérie a perdu 6,49 milliards de dollars sur ses réserves de change en un laps de temps de cinq mois seulement, soit une moyenne de 1,298 milliard par mois. Les réserves du pays en devises étaient de 97,33 milliards de dollars à fin 2017. A l’issue des onze premiers mois de l’actuel exercice, les pertes se chiffrent à 15,21 milliards de dollars en 11 mois, a indiqué le patron de la plus haute autorité monétaire du pays. Mohamed Loukal a rappelé que les réserves de change étaient de 86,08 milliards de dollars à fin septembre 2018 et de 88,61 milliards de dollars à fin juin 2018. La valeur des stocks de l’Algérie en devises a fortement chuté depuis juin 2014, conséquemment à la baisse des prix du pétrole, laquelle baisse s’est soldée par l’aggravation du déficit de la balance des paiements qui a joué un effet corrosif sur les placements du pays. De juin 2014 à fin novembre de l’actuel exercice, l’Algérie a perdu 111,149 milliards de dollars sur ses réserves de change ; celles-ci chutant d’un plus haut de 193,269 milliards de dollars à fin juin 2014 à 82,12 milliards de dollars à fin novembre 2018. Cette forte contraction des réserves de change est la conséquence plutôt directe d’un solde global négatif de la balance des paiements. A fin juin 2018, le solde global de la balance des paiements affichait un déficit proche de celui du compte courant, à hauteur de 7,93 milliards de dollars. La dégringolade des cours du brut amorcée depuis début octobre ne fait qu’accélérer la fonte des réserves de change ; le Brent et le WTI ayant respectivement perdu environ 35% et 40% depuis début octobre. La valeur du Sahara Blend algérien est indexée au Brent coté au marché londonien, ce qui fait que chaque dollar perdu en cotation renvoie à une perte sèche de près de 1 million de dollars sur les recettes de l’Algérie qui exporte en moyenne 1 million de barils par jour. L’éclaircie observée à l’horizon du marché pétrolier durant les premiers mois de l’année a ralenti la fonte des réserves de change, mais le déficit de la balance des paiements est tel que la reprise des cours du brut s’est révélée insuffisante pour inverser la tendance baissière du stock en devises. Ce mouvement baissier observé sur la courbe des réserves de change ne risque pas de s’arrêter, en l’absence de réformes de rupture susceptibles d’endiguer la chute. Bien au contraire, au rythme où vont les choses, la contraction pourrait s’accélérer à mesure que les cours du brut s’enfoncent dans le rouge et le déficit de la balance des paiements s’aggrave. Preuve en est que les prévisions officielles qui tablaient sur un encours de 85,2 milliards de dollars à fin 2018 viennent d’être remises en cause par les dernières statistiques fournies, hier, par le gouverneur de la Banque d’Algérie. De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a conclu dans sa dernière analyse des agrégats financiers de l’Algérie que l’équilibre extérieur de l’Algérie est tributaire d’un baril à 80,3 dollars en 2018 et à 78,9 dollars en 2019.
C’est-à-dire qu’en-dessous de ces seuils, les comptes extérieurs resteront déficitaires et entraineront de facto l’érosion des réserves de change ; un élément non des moindres qui atteste encore de la solvabilité du pays. Sur les deux prochaines années, les placements de l’Algérie en devises devraient continuer à baisser en 2019 pour s’établir à 79,7 milliards de dollars, soit l’équivalent de 18,4 mois d’importations, avant d’atteindre 76,2 milliards de dollars en 2020 (17,8 mois d’importations), si l’on se fie aux projections du gouvernement. Pour ainsi dire, si le cours du pétrole venait à évoluer dans la fourchette de 60 à 70 dollars dans les mois à venir, l’aggravation du déficit de la balance des paiements est inévitable, entrainant une accélération de la fonte des réserves de change du pays. Sa solvabilité est mise à rude épreuve sur le moyen terme. A moins que le gouvernement vienne mettre en marche ses réformes prévues pour 2019.<