Devant le patron de l’Eni, lors du forum Rome-Med 2022, le ministre de l’Energie et de Mines a fait état de la disponibilité algérienne à relancer le projet du Gazoduc Galci conçu pour relier l’Algérie à l’Italie via la Sardaigne, un dossier en sommeil depuis 2007.

Par Kahina Sidhoum
Quelle sera la politique énergétique de l’Algérie à court et à moyen terme ? Déjà connue de tous les familiers du débat sur le secteur, la réponse a été, de nouveau, formulée par le ministre de l’Energie et des Mines lors de sa participation au forum de haut niveau pour le dialogue en Méditerranée, Rome-Med 2022, pour l’appellation courte de cet important évènement organisé chaque année dans la capitale italienne par le ministère des Affaires étrangères italien et le prestigieux Institut de sciences politiques et d’études des relations internationales.
En résumé, pour Mohamed Arkab, qui s’exprimait dans un contexte où l’intérêt européen depuis le début de la guerre en Ukraine et les sanctions contre le belligérant russe, est de s’assurer avant tout de l’approvisionnement en gaz et en pétrole, la politique énergétique algérienne repose sur ses fondamentaux depuis que le pays est devenu exportateur d’hydrocarbures : la satisfaction de la demande de ses clients et partenaires, la sécurisation de leur approvisionnement en pétrole et gaz suivant les accords et les contrats engagés.
Cette politique revendique en retour, aujourd’hui plus qu’avant, à ce que l’offre soit soutenue par l’investissement partagé, en particulier dans l’amont pétro-gazier où les besoins en prospection-exploration et en équipements et technologie sont de plus en plus importants pour assurer l’équilibre «offre-consommation».
Aux opérateurs internationaux présents en Algérie, il est demandé de s’intéresser aux opportunités d’investissement dans les grands projets transfrontaliers et transcontinentaux (Afrique-Europe) comme celui du gazoduc Lagos-Alger (TSGP) dans lequel on est engagés stratégiquement. Et de porter un regard attentif sur le potentiel énergétique renouvelable, le solaire et l’hydrogène en particulier, en fonction des avantages comparatifs que l’Algérie présente par rapport à d’autres pays en Méditerranée.
Ainsi, le ministre de l’Energie et des Mines a plaidé à Rome pour une coopération et un partenariat à caractère «inclusif» dans le domaine de l’énergie. Il a déclaré que les pays fournisseurs et consommateurs doivent intégrer dans leur lien «tous les aspects à l’énergie (interconnexions électriques transfrontalières, hydrogène, énergies nouvelles) et ne pas se limiter aux hydrocarbures».
Mohamed Arkab a, par ailleurs et de nouveau, soulevé la question capitale du financement des investissements. Les efforts que fournissent les pays producteurs comme l’Algérie (ndlr) pour assurer et garantir aux pays consommateurs un approvisionnement régulier et sécurisé, a-t-il plaidé, «doivent être accompagnés de l’appui des pays développés de la rive nord, à travers la mobilisation des moyens de mise en œuvre, à savoir des financements pérennes et prévisibles, un réel transfert de technologies, un renforcement de capacités et une assistance technique effective».
La sécurité énergétique «doit être fondée sur le principe de durabilité et de sécurité pour tous : celle de l’offre et celle de la demande, en assurant un approvisionnement sûr, fiable et régulier des marchés sur le long terme, de même que faciliter et sécuriser les investissements et les débouchés, permettant ainsi d’asseoir les bases de la stabilité et de la prospérité mutuelle et partagée au sein de la région», a-t-il argué. M. Arkab a rappelé que «pour, l’Algérie, le partenariat est un choix stratégique, qui s’inscrit dans une démarche qui a permis à notre pays de s’imposer en tant que fournisseur énergétique historique, sûr et fiable», et qui «œuvre pour maintenir ce statut sur la scène énergétique internationale». Dans cette perspective, a-t-il rappelé, «nous avons un programme d’investissement très ambitieux dans le domaine des hydrocarbures estimé à plus de 40 milliards de dollars», précisant que «ceci nous permettra de maintenir un niveau de production de 110 milliards de m3/an de gaz naturel, dont plus de 50% sont destinés à l’exportation».

Relance du GALSI…
En direction du partenaire italien et du patron d’ENI, qui ont participé au panel sur l’énergie, il a lancé un message en indiquant que la partie algérienne reste attentive aux besoins de ses clients et est disposée «à relancer et à réactualiser les études du gazoduc GALSI, reliant l’Algérie à la Sardaigne». La réalisation de ce second gazoduc, a-t-il fait savoir, «permettra à l’Italie de renforcer son rôle de hub gazier européen». Le ministre a également mis en exergue les efforts en vue de «renforcer les échanges interafricains», citant dans ce cadre, des études en cours d’élaboration pour la réalisation du Gazoduc Trans Sahara Gaz pipeline (TSGP) d’une capacité de 25 milliards de mètres cubes/an. «C’est un projet important et un élément fédérateur qui constitue un important jalon de coopération et de développement socio-économique pour les pays du Sahel et pour l’Afrique, mais aussi pour renforcer la sécurité énergétique régionale et européenne», a-t-il relevé.
En matière de production d’électricité, M. Arkab a rappelé que l’Algérie dispose d’une capacité de production de plus de 24 000 MW, pour un besoin moyen de 14 000 MW, ce qui lui permet de mettre quotidiennement sur le marché régional une capacité excédentaire de 10 000 MW, ajoutant que ces capacités sont appelées à croître avec la concrétisation de l’ambitieux programme de développement des énergies renouvelables. Dans cette perspective, «nous comptons développer de vastes infrastructures de transport électrique et un réseau interconnecté, reliant l’Algérie à la rive nord de la Méditerranée», a-t-il dit. M. Arkab a également évoqué la stratégie de l’Algérie en matière d’énergies renouvelables, notamment le développement de l’hydrogène.
Pour rappel, à la mi-octobre 2022, le Premier ministre Aïmène Benabderrahmane a, lors de la visite à Alger de la Commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson, insisté sur la nécessité d’esquisser des perspectives «prometteuses» au partenariat énergétique Algérie-Union européenne (UE) à la faveur d’une démarche «collective» et d’une «approche inclusive», invitant les partenaires européens à participer au financement des projets énergétiques en Algérie.
Le Premier ministre a mis à profit l’occasion du dialogue énergétique UE-Algérie pour appeler l’ensemble des compagnies et opérateurs européens du secteur des hydrocarbures «à œuvrer de concert avec nous à l’effet de nous permettre d’augmenter nos capacités de production des hydrocarbures, notamment du gaz, ce qui nous permettra de garantir nos intérêts communs, assurer la sécurité énergétique pour les deux parties et d’avancer vers une transition énergétique dans le cadre d’un développement durable».