Le collectif Nabni met en garde contre le lancement en 2019 d’un «projet de transferts monétaires ciblés», dans l’objectif de compenser les pertes de pouvoir d’achat, résultats des baisses des subventions, estimant que le Gouvernement fait fausse route.

Proposant des alternatives détaillées, le collectif Nabni, qui se veut un think tank de réflexion et de proposition, lance un appel pour que la «communication chaotique» sur cette réforme laisse place à une réelle consultation nationale.
Le porte-parole du collectif Nabni, Abdelkrim Boudraâ, a estimé, lors d’une conférence de presse organisée hier à Alger, que ce «modèle est inadapté à la société algérienne». «Le modèle envisagé est importé de pays beaucoup plus inégalitaires que le nôtre, où les transferts sociaux ne bénéficient qu’à une frange limitée de la population», estime Nabni, qui met en garde contre les faibles taux de couverture et les erreurs de ciblage propres aux modèles, jugés en décalage, utilisés par le programme du gouvernement. Pour Nabni, les pouvoirs publics envisagent de s’appuyer sur des listes de ménages démunis établies par l’administration. Or, estime Nabni, «les taux de couverture atteints par ce type de programmes (souvent moins de 20% de la population) sont inadaptés à notre contexte et à notre héritage de couverture sociale universelle». C’est pour cette raison  que le collectif de réflexion estime impératif de viser une couverture bien plus large pour protéger le pouvoir d’achat des citoyens. Pour ce faire, Nabni propose deux alternatives permettant de couvrir la population avec des risques d’exclusion moindres. Des alternatives qu’il considère «plus rapides à mettre en œuvre, plus larges dans leur couverture et plus acceptables dans notre contexte».

Un système de ciblage fiable
Le think tank propose plutôt un ciblage progressif de tous les ménages déclarant un revenu inférieur à un certain plafond, ciblant les 40% des ménages les moins aisés, sur une base uniquement déclarative.
Ainsi «les bénéficiaires indus, nombreux au début, seront progressivement exclus, à mesure que se développe un système d’information qui puisse les identifier», estime le collectif. Ce qui pourrait donner du temps pour bâtir un système de ciblage fiable (de 5 à 10 ans, si besoin), en couvrant d’entrée, sans exclusion arbitraire, la quasi-totalité des démunis. «Il couvrirait à terme la moitié de la population (4 millions de ménages), pour un coût d’environ 2,4% du PIB et un transfert mensuel moyen de 12 000 DA par ménage (15 000 DA pour les ménages de plus 9 membres)», souligne Nabni. Nabni remet sur la table la question qui fait débat dans d’autre pays du monde, à savoir celle du revenu universel individuel, qu’il veut «accessible à quasiment tous les citoyens, sur une base uniquement déclarative». Cette option est plus simple à mettre en œuvre, «elle n’exclurait personne et ne souffrirait donc pas des erreurs du ciblage, des difficultés inhérentes à la fixation d’un plafond de revenu ou de la complexité administrative de sa mise œuvre», estime Nabni. Ainsi, le revenu universel «pourrait aussi être mieux accepté par la population car il n’exclurait que les plus riches et compenserait rapidement plus de 90% de la population (ou plus de 40 millions de citoyens), pour un coût d’environ 5,5% du PIB et un transfert mensuel moyen d’environ 2 000 DA par personne (1 200 DA pour les enfants de moins de 15 ans, et de 2 400 DA pour les plus de 15 ans)». Les deux options proposées par Nabni «sont moins chères» que les subventions en vigueur (plus de 13% du PIB actuellement, dont plus de 7% pour l’énergie) et « élimineraient les distorsions et gaspillages du système de subvention universelle des prix (surconsommation, fraudes, etc.)».
«Elles généreraient des économies considérables au budget de l’Etat (plus de 8% du PIB pour le ciblage progressif et 5% pour le revenu universel) tout en protégeant une part plus large de la population que ce que propose le gouvernement», estime le think tank. 

Réaliser des économies budgétaires
Chacune de ces options pourrait être généralisée dès 2019 estime le collectif qui formule des propositions depuis 2011. Il s’agit «d’atteindre rapidement la quasi-totalité de ceux ayant le plus besoin de compensation, avec de faibles erreurs d’exclusion des démunis». Les deux options proposées «devront être accompagnées de réformes complémentaires importantes notamment en termes d’accès aux services financiers et de déploiement de la carte nationale d’identité biométrique», souligne Nabni. Avec une campagne de communication au slogan marquant : «Les subventions, Eddiw’houm drahem !», le collectif estime qu’une explication sera nécessaire pour encourager l’adhésion au programme, «notamment dans les quartiers et régions défavorisés». Il s’agit de distribuer autrement, «plus efficacement et plus directement» les subventions. Le collectif de réflexion appelle ainsi à un débat ouvert pour «inventer un modèle de transferts monétaires». Une réforme qui se veut être la base d’une refonte du système de redistribution actuel. Pour Nabni, cette réforme, qui doit être pensée et discutée, mérite d’être élevée au niveau de «Chantier de la décennie 2020».