Hier, 7 avril, était la Journée mondiale de la santé. Une bien triste célébration en cet an 2020. Jamais le mot «mondial» n’aura eu une portée aussi authentique, en ces temps de pandémie du microscopique coronavirus (Covid-19), qui a fauché des dizaines de milliers de vie et continue de le faire.

A l’instar des autres pays du monde, l’Algérie a célébré, elle aussi, cette Journée mondiale de la santé dans le contexte très particulier marqué, depuis plus de trois mois, par la pandémie qui a causé jusqu’à aujourd’hui près de 76.000 morts à travers la planète et mis à rude épreuve les systèmes de santé du monde entier, y compris ceux des pays les plus développés qui se retrouvent, le moins qu’on puisse dire, désemparés face au nouveau mal mondial. L’Algérie n’y a pas échappé non plus, et son système de santé, qualifié à maintes reprises de «malade» par les professionnels mêmes du secteur, est confronté aux carences cumulées depuis de nombreuses années.
Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le Pr Abderrahmane Benbouzid, a déjà reconnu, depuis le début de la crise, que le pays est face à l’obligation de revoir son système de santé. Des déclarations qu’il n’a eu de cesse de réitérer ces derniers jours, à chaque fois que l’occasion lui a été donnée de s’exprimer sur le sujet, notamment après que la propagation de la pandémie a commencé à prendre des proportions alarmantes. «La crise sanitaire que traverse le pays, à l’instar des autres pays du monde, amènera les autorités publiques à revoir le système de santé», a soutenu le Pr Benbouzid. Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad l’a également déclaré plusieurs fois.
«Il ne suffit pas de dire ‘’nous allons revoir le système de santé’’. Ce qui compte, ce sont les actes. Il faudra passer aux actes et aller de l’avant», estime le docteur Lyes Merabet, président de Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). «La nécessité de revoir le système de santé, on en parle depuis des années. En tant que syndicats, médecins et autres professionnels du secteur, nous n’avons pas cessé d’attirer l’attention des responsables, de tirer la sonnette d’alarme et d’expliquer aux citoyens que nous avons un problème sérieux dans notre système de santé», a tenu à rappeler Dr Merabet.
Il a noté que ces problèmes se situent à «plusieurs niveaux», dont «les moyens insuffisants dont disposent les personnels de la santé dans l’exercice de leurs fonctions». Il y a «également des «problèmes au niveau de la gestion, du fonctionnement, du financement, dont des budgets alloués notamment au fonctionnement», a-t-il énuméré. Il ajoutera qu’il y a aussi le «problème de couverture, le système de santé devant être capable de répondre aux besoins des citoyens, à l’image des besoins d’urgence, comme cela est le cas aujourd’hui».
Le système de santé aujourd’hui est «installé pour fonctionner de manière soutenue, mais il doit fonctionner de manière continue et cela dépendra de la satisfaction des besoins qui sont identifiés, notamment dans le travail de tous les jours, et ce, pour l’ensemble des médecins des secteurs publics et privés», de l’avis du Dr Merabet.
Pour le président du SNPSP, «un système de santé compétent est celui qui peut réagir et inter-régir par rapport à des situations d’extrême urgence sanitaire, comme la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Nous considérons, par rapport à notre capacité, à notre organisation et notre maillage pour couvrir le territoire national de façon cohérente et équitable, qu’il reste encore des choses à faire. Nous ne sommes pas au niveau requis», poursuit Dr Merabet.
Ajouter à cela le côté académique, dit-il. Le système de santé, qui est «déjà malade de sa gestion, de son financement, de la mauvaise répartition de ses ressources humaines et matériels, est aussi malade de sa formation médicale et paramédicale». «C’est un système de formation qui existe depuis la fin de la fin des 1970 début des années 1980. Pratiquement, le protocole de formation n’a pas vraiment bougé. Il est resté figé, à part quelques petites exceptions», a-t-il révélé, ajoutant que même dans le cas de la formation continue, il y a une déficience totale : pas de programme, pas de budget et pas de structure». «Il est temps de revoir tout cela», conclut le président du SNPSP.
Ainsi, c’est carrément un appel à la fin de la politique du rafistolage et du replâtrage. Ces pratiques sont révolues et l’Algérie devra revoir et adopter une réforme en profondeur de son système de santé, tel que préconisé par de nombreux spécialistes depuis de nombreuses années.