« Les médicaments vitaux, qui sont fortement demandés par les patients ne sont plus disponibles dans les officines, et ce, depuis plusieurs mois. La rupture de la chaîne d’approvisionnement a touché et touche toujours le secteur du médicament », a alerté la Fédération algérienne de médicaments (FAM), hier, à Alger.

« Pas moins de 200 dénominations communes internationales (DCI) font défaut sur le marché et les professionnels du secteur n’arrivent plus à trouver ces médicaments pour répondre aux besoins de leurs patients », a expliqué Abdelouhed Kerrar, président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop). « Effectivement, il y a des ruptures, sans qu’il y ait une alternative thérapeutique », ajoute Abdelouhed Kerrar. Pour lui, « cette situation est embarrassante pour les malades et leurs familles et ces ruptures sont récurrentes depuis plusieurs années, alors que nous avons une industrie de plus en plus importante », a-t-il ajouté. Ces ruptures et perturbations ont pour origine des restrictions inédites qui affectent la délivrance des autorisations d’importation aussi bien pour les produits finis que pour les intrants et matières indispensables pour la fabrication locale. Ce manque renvoie, selon les conférenciers, aux programmes d’importations qui ne sont pas signés à temps. Selon le président de l’UNOP, la rupture renvoie aux limitations des programmes d’importations dont une part n’a été signée qu’en décembre dernier. « Nous sommes contre le fait que la matière première soit soumise à un programme d’importation d’autant que la tutelle encourage la production nationale, alors qu’aucun pays au monde, qui souhaite développer sa production nationale, ne soumet la première matière à un programme d’importation », dénonce Kerrar. Pour sa part, Fayçal Abed, ex-président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo) dit que « la situation s’est aggravée. Et les portes sont ouvertes devant tous les dépassements et anarchies », faisant allusion aux produits « cabas », une pratique à laquelle s’adonne des pharmaciens et citoyens lambda. Selon Hassiba Boulmerka, présidente de l’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (Adpha), « la crise va perdurer encore jusqu’au mois d’avril prochain et on se démarque de toute responsabilité ». « Lorsqu’une entreprise reçoit un programme d’importation au mois de décembre, il prend trois mois pour arriver en Algérie plus le temps pour contrôler sa qualité et passer ensuite à la fabrication. Il n’y a pas d’importateurs purs de médicaments en Algérie, mais des producteurs qui ont une part d’activité dans l’importation », dit pour sa part le président de l’Unop. La Fédération algérienne de médicaments (FAM) a tenté de sensibiliser les autorités compétentes sur la nécessité des mesures rapides à prendre pour mettre fin aux perturbations de plus en plus intolérables pour un marché aussi sensible. « On se démarque de cette situation. Nous ne sommes pas responsables de ce qui peut arriver dans les prochains mois parce que nous avons alerté la tutelle depuis août dernier, ce qui a conduit maintenant à des ruptures sévères», a-t-elle ajouté. « On invite le ministère à prendre les doléances des syndicats et professionnels de la santé pour régler ces problèmes d’extrême urgence », a-t-elle soutenu.

Attention à l’importation illégale !
La contrefaçon pourrait être l’une des conséquences de la rupture de certains médicaments sur le marché national ainsi que le recours à des voies d’importation illégales et à des pratiques commerciales illicites. D’après le vice-président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop), Nabil Mellal, la non-disponibilité de certains médicaments favorisera «l’importation Cabas». «Mais ce ne sont pas tous les patients qui ont les moyens de financer ce genre de pratique. Dans les régions rurales, les patients n’ont pas cette culture de chercher un substitut de médicaments qu’ils ne trouvent pas dans les pharmacies. Ils attendent tout simplement que les médicaments qu’ils cherchent soient disponibles, impactant ainsi leur santé», souligne-t-il. Il a confié que le «cabas» est fréquemment utilisé pour l’achat de certaines pièces de rechange dans l’industrie pharmaceutique privée, et ce, afin d’éviter la bureaucratie et les contraintes administratives. «Le secteur a un gros problème avec la notion de temps. L’industrie pharmaceutique ne peut pas se permettre de perdre du temps. Il y va de la santé des citoyens. Quand une machine tombe en panne, il faut la réparer le plus tôt possible. C’est ce qui explique le recours à ce genre de procédés», a-t-il argué. La réglementation est, selon lui, le parent pauvre de ce secteur. C’est la cause principale, d’après lui, de tous les problèmes rencontrés. «C’est aussi l’une des raisons principales de la rupture de médicaments qui perdure depuis des mois. La réglementation ne dit pas ce qu’il faut faire pour éviter les ruptures de stocks. Elle ne dit pas non plus comment y faire face», dit-il en notant des contradictions dans la réglementation relative au stockage. Il est exigé, explique-t-il, aux importateurs de garantir un stock de trois mois des produits pharmaceutiques importés. «Mais il est impossible de respecter cette durée vu que, pour signer un avenant, le stock doit être à zéro», a-t-il révélé. Il indique, par ailleurs, que pour l’importation des médicaments pour le compte des hôpitaux, il n’est plus exigé aux opérateurs de fournir des programmes d’importation. «Un bon de commande que les opérateurs doivent obtenir dans les 24h suffit. Sauf que ces bons de commande ne sont pas délivrés dans les temps. Les opérateurs n’ont donc, ni programmes d’importations ni bons de commande. Ils sont submergés, en même temps, par des mises en demeure de la part des hôpitaux qui leur demandent de leur fournir des médicaments», observe-t-il. L’autre raison dans le retard de signature des programmes d’importation, et donc de la rupture des médicaments, est l’obligation d’appliquer de nouvelles mesures imposées bien après le dépôt des dossiers.
«Ce ne sont pas des mesures réglementées mais les opérateurs s’y sont pliés. On leur a demandé, entre autres, de réduire les quantités de générique importé ainsi que de transmettre des stocks de fin d’année. Ces mesures prennent beaucoup de temps et il aurait été plus judicieux de transmettre ces mesures avant ou durant le dépôt des dossiers», conclut-il. En raison de la pauvreté de la réglementation, constate-t-il, il est très difficile de définir la responsabilité pharmaceutique, et par conséquent, le responsable des ruptures des médicaments. «Nous ne savons pas non plus, à qui nous adresser dans ce genre de situation. Qui est notre interlocuteur ? On ne le sait pas. La loi ne nous le dit pas», déplore-t-il encore. Rappelons que la Fédération algérienne du médicament (FAM) se compose de l’Unop, Adpha et du Snapo.