Désormais, la contamination des enfants prend de l’ampleur. Ils ne sont plus à l’abri de la pandémie de Covid-19. Ils sont de plus en plus touchés en cette période où le pays vit d’autres problèmes liés au manque d’oxygène, à la saturation des services d’hospitalisation des malades Covid et des services de réanimation.

PAR INES DALI
A la situation épidémique «grave» de cette troisième vague vient donc s’ajouter la contamination des enfants, épargnés au début de la pandémie, qui s’intensifie et inquiète.
C’est le variant Delta qui est à l’origine de cette situation chez les enfants dont le nombre devient de plus en plus important, contrairement à ce qui été vécu lors des deux précédentes vagues, selon le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie. «Actuellement, c’est le variant Delta qui fait qu’il y ait de plus en plus d’enfants touchés, mais qui sont soignés à la maison», a-t-il déclaré, citant quelques cas recensés ces derniers jours à l’Etablissement public hospitalier (EPH) de Boufarik où il exerce en tant que chef de service infectieux.
Pour cette troisième vague, «on aura plus d’enfants touchés que durant la deuxième vague et encore plus que durant la première vague», a-t-il déclaré. Il rassure, néanmoins, en ajoutant que «les enfants qui sont symptomatiques et qui font des formes de la maladie nécessitant une hospitalisation, c’est exceptionnel, vraiment exceptionnel». «En tout cas, à l’EPH de Boufarik, nous n’avons pas d’enfants hospitalisés», a-t-il souligné, révélant que depuis le début de la pandémie jusqu’à ces derniers jours, il y a eu 77 enfants testés positifs à Boufarik.
Dans d’autres villes du pays, comme dans la capitale ou encore à Oran, Sétif, Ouargla et autres, la contamination chez les enfants prend de l’ampleur en cette période où le variant Delta prédomine dans la carte épidémique. Au CHU de Douéra à Alger, le service pédiatrie a enregistré «100 cas de contaminations chez des enfants et des nourrissons au cours du mois de juillet», a affirmé la pédiatre Hakima Abbas, qui intervenait sur les ondes de la Radio nationale, mettant en garde contre les risques d’infection des enfants et des nourrissons, notamment par le variant Delta.
Les enfants contaminés dans plusieurs villes
A Oran, il est recensé entre 2 et 4 enfants qui sont déclarés positifs quotidiennement au niveau de l’établissement hospitalier spécialisé (EHS) en pédiatrie de Hai El Menzeh, selon la Direction de la santé et de la population de la wilaya. L’âge des enfants contaminés varie entre 9 mois et 17 ans et les signes de la maladie ont commencé à apparaître une quinzaine de jours après la contamination des adultes vivant sous le même toit. Malheureusement, il est fait état d’un décès au niveau de cet hôpital. Les complications de Covid-19 ont récemment provoqué, en effet, le décès d’un enfant de 14 ans au service de réanimation, a indiqué la même source.
C’est dire que cette troisième vague dominée par le variant Delta est bien plus «virulente» que les précédentes où les enfants étaient plutôt des cas asymptomatiques. «Lors de la deuxième vague, il a commencé à y avoir un peu plus de jeunes touchés, mais qui étaient toujours sans symptômes exceptionnels. En cette troisième vague, il y a encore un peu plus d’enfants touchés par rapport à la deuxième vague. Ils sont un peu plus symptomatiques, mais ils sont loin de faire des formes sévères comme celles des adultes hospitalisés qui ont besoin d’oxygène, etc.», a affirmé Dr Yousfi.
Au service pédiatrie du CHU de Douéra, il a été «enregistré des infections légères et d’autres compliquées. Les sujets atteints de maladies chroniques et les enfants obèses étaient les plus concernés par les complications», a fait savoir Dr Abbas, conseillant aux parents de respecter la mise en quarantaine à domicile et la vaccination.
Intervenant sur ce sujet crucial qu’est la contamination des enfants, le président de l’Union médicale algérienne, le Dr Saïd Khaled, a mis en garde contre les symptômes du variant Delta qui ont commencé à apparaître chez les enfants en bas âge et les nourrissons, comme le rhume. «Malgré cela, jusqu’à présent, nous avons recensé aucun cas de détresse respiratoire chez les enfants», a-t-il noté sur Radio Sétif. Dans cette wilaya, le chef de service pédiatrie du CHU a alerté sur l’hospitalisation d’une dizaine de nouveau-nés suite à leur contamination au coronavirus. C’est dire que même les nouveau-nés ne sont pas épargnés.
Dr Yousfi : «Vacciner
les enfants de 12 ans
et plus»
Le constat est qu’il y a «plus d’enfants qui sont contaminés en cette troisième vague», selon Dr Yousfi, qui relève que «dans 90% des cas, si ce n’est pas 99%, ils font peu de symptômes ou pas du tout et sont soignés en ambulatoire chez eux». En revanche, il ne faut tout de même pas banaliser que cette maladie avec son variant Delta touche maintenant plus fréquemment, et ce, dans le monde entier, a fait remarquer le Dr Yousfi, attirant l’attention que les enfants sont un «moyen de contagion». «Ils sont contaminants, car porteurs du virus et c’est ainsi qu’ils vont transmettre la maladie aux adultes qui, eux, font des formes graves». D’où, selon lui, il faudra peut-être penser autrement la vaccination et «vacciner les enfants de douze ans et plus, ce qui se fait actuellement dans plusieurs pays du monde, comme en France ou aux Etats-Unis, qui connaissent eux aussi une grande contamination des enfants. On l’a déjà dit : le variant Delta touche toutes les catégories et toutes les tranches d’âge et c’est sur cette base qu’il faut vacciner même les enfants».
C’est pratiquement la même évaluation qui est faite par le Pr Kamel Senhadji qui a estimé que «vu le profil du variant, il serait important que le ministère de la Santé puisse redéfinir la catégorie à vacciner pour inclure les jeunes, y compris les enfants».
Pour sa part, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a souligné que «le variant Delta du Covid-19 ne s’en prend pas spécifiquement aux enfants, contrairement à ce que suggèrent certaines hypothèses», faisant état d’un taux d’infection accru «dans toutes les tranches d’âges». «Il y a eu des allégations selon lesquelles les variants prennent spécifiquement pour cibles les enfants mais, en fait, ce n’est pas le cas. Ce que nous voyons, c’est que les variants prennent pour cibles ceux qui sont socialement mélangés», selon l’OMS.
La situation compliquée que vit l’Algérie intervient au moment où le confinement partiel prend fin aujourd’hui et où les professionnels de la santé appellent à faire face à cette situation «dramatique» avec un confinement plus strict. Ils ont estimé que les mesures prises dans le confinement partiel du 26 juillet dernier n’étaient «pas suffisantes» et «pas assez strictes», non sans émettre des suggestions claires sous forme d’appels aux pouvoirs publics mais aussi aux citoyens pour une plus grande prise de conscience et de responsabilité en respectant au moins les mesures barrières. n