Quarante-huit heures durant, les cours du brut restaient suspendus au dossier iranien. Les prix du pétrole avaient grimpé lundi à leur plus haut niveau en trois ans et demi, les investisseurs s’inquiétant des conséquences d’éventuelles sanctions américaines contre l’Iran et, un peu moins, de la situation au Venezuela.

Le baril de Light sweet crude sur le Nymex pour livraison en juin s’est, pour la première fois depuis fin novembre 2014, hissé au-dessus de la barre des 70 dollars. Il a finalement terminé à 70,73 dollars, en hausse de 1,01 dollar (1,45%) par rapport à sa clôture de vendredi.
Les marchés financiers londoniens étaient fermés lundi, mais le baril de Brent pour livraison en juillet a gagné 1,30 dollar (1,74%) pour terminer à 76,17 dollars, là aussi son plus haut niveau depuis fin 2014, dans les échanges électroniques. Hier, ils reculaient modestement : -57 cents pour le Brent, -75,60 dollars et moins 80 cents à 69,93 dollars, pour la référence américaine. Une reprise des sanctions contre le troisième producteur de brut de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), parmi lesquelles l’interdiction à l’Iran d’exporter son pétrole, que fait craindre Donald Trump, aurait pour effet de perturber l’offre mondiale. Ce texte, signé en 2015, qui rassemble de nombreuses puissances économiques (telles que les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, mais, aussi plus largement, l’Union Européenne), accorde à Téhéran une levée des sanctions économiques en échange de l’arrêt de son programme nucléaire. Or, cet accord est de plus en plus contesté par les Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump, qui a plusieurs fois martelé qu’il s’agit du «pire accord jamais négocié», pressant les Européens à «réparer leurs affreuses erreurs».
Plus concrètement, l’administration Trump dénonce un accord incomplet, inefficace dans le démantèlement d’installations nucléaires, d’une part, et qui permet au régime perse de subventionner des organisations terroristes, d’autre part. Bien que les autorités européennes tentent de convaincre Donald Trump de changer d’avis, la volonté des Etats-Unis est de réécrire un texte beaucoup plus strict à l’encontre de l’Iran. A noter la posture du président iranien, Hassa Rohani, qui a sous-entendu qu’une sortie des Etats-Unis de l’accord entraînerait implicitement celle de l’Iran.
Dans le même temps, les Etats-Unis ont annoncé lundi de nouvelles sanctions à l’encontre du Venezuela, un autre pays exportateur de pétrole. Comme la production de brut vénézuélienne a déjà fortement baissé depuis un an en raison du manque d’investissements, du départ de nombreux salariés et des coupures régulières de courant, cela pourrait fortement diminuer les flux en provenance de ce pays. «Cette semaine démarre de manière assez tendue étant donné le risque de sanctions américaines contre deux membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole», confirme Robert Yawger de Mizuho USA. La hausse continue des extractions de brut aux Etats-Unis, encore soulignée vendredi dernier par l’annonce d’une hausse du nombre de puits de forage en activité dans le pays, passe au second plan. Il n’en demeure pas moins que les facteurs géopolitiques pèsent plus que jamais sur les tendances des marchés.