Les prix du pétrole ont été galvanisés par la réunion de l’Opep+, jeudi, finissant la semaine à leur plus haut niveau en près de deux ans. Les cours ont été portés par l’augmentation moins importante que prévue de l’offre des principaux pays exportateurs à partir d’avril. L’Opep+ a surpris plus d’un à l’issue de sa réunion, maintenant ses coupes de production au-dessus de 7 millions de barils par jour.
Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai a gagné 4,20% à Londres, durant la journée de vendredi comparativement à jeudi, clôturant la semaine à 69,54 dollars, un plus haut à la clôture depuis avril 2019. Le baril américain de WTI pour avril a grimpé de 3,81% à 66,26 dollars, un niveau de fin de séance non atteint en 22 mois. Le Brent et le WTI ont grimpé de près de 5% à la clôture jeudi. Les profits grappillés vendredi portent les gains à près de 10% sur les deux journées de jeudi et vendredi. Les deux contrats de référence ont gagné plus de 30% depuis le 1er janvier. La décision de l’Opep a mis le feu au marché ; les analystes prévoyant un choc des Titans, la Russie et l’Arabie saoudite en l’occurrence, ainsi qu’une hausse de la production d’or noir plus prononcée. Rien de tout cela ; le deuxième sommet de l’année rassemblant les ministres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs alliés s’est déroulé sans heurts et a débouché sur une ouverture modérée du robinet de brut à compter du mois prochain. La décision s’est avérée positive, puisque les prix ont retrouvé des sommets jamais observés depuis près de deux années. C’est une bouffée d’oxygène et non des moindres pour les pays de l’Opep, dont les économies sont fortement dépendantes de la rentabilité du baril. Mais tout le monde ne profitera pas pleinement de cette reprise des cours, puisque certains pays à faible production, à l’image de l’Algérie, ne devraient bénéficier que marginalement de cette embellie des prix. L’Algérie fait face à une double contrainte, à savoir le plafond de production qui lui a été fixé par l’Opep et les contre performances qu’enchaîne son secteur des hydrocarbures.
La dernière note de conjoncture rendue publique par l’Office national des statistiques (ONS) fait état d’une baisse de 13,4% de l’activité du secteur des hydrocarbures au premier trimestre 2020. C’est la dernière contre performance en date, puisque l’activité du secteur continuait de ralentir, enregistrant la énième baisse de sa croissance en 2020. L’activité avait chuté de 4,9% en 2019, de 6,4% en 2018 et de 2,4% en 2017. Néanmoins, la remontée spectaculaire des cours du brut depuis janvier est une bonne nouvelle pour l’économie, dont les déficits jumeaux ont atteint des niveaux problématiques en 2020. Les déficits budgétaire et courant caracolent respectivement à près de -2 800 milliards de dinars et 14,2% du PIB, ce qui équivaut à 20 milliards de dollars, soit les ratios les plus élevés de ces 10 dernières années. La reprise des cours du brut devrait améliorer les recettes pétrolières libellées en dinars – qui constituent une source importante pour le budget de l’Etat – ainsi que les réserves en devises qui ont chuté de 40%, à 20 milliards de dollars, durant le précédent exercice en raison de la rechute des prix du pétrole sur le marché international. Bien évidemment, la hausse des recettes permettrait au pays de limiter son déficit commercial et, plus globalement, celui de la balance des paiements qui, lui, exerce, mathématiquement, un effet corrosif sur les réserves de change ; important indicateur de solvabilité du pays. Le stock en devises a baissé à 42 milliards de dollars à fin 2020 ; le choc pétrolier de la mi-2014 a fait perdre au pays plus de 135 milliards de dollars sur ses réserves de change. La reprise des cours du brut est de nature à oxygéner le budget de l’Etat, très affecté par la rechute des prix en 2020 à tel point que des institutions financières et non financières sont à court d’argent nécessitant une importante mobilisation de ressources. Cependant, cette reprise des cours ne doit pas être un facteur de blocage des réformes économiques et des ajustements budgétaires, longtemps remises à plus tard au profit d’un improbable pari sur une remontée des prix du pétrole. n