L’Arabie saoudite l’aurait bien cherché : les cours du brut ont fortement chuté, hier, à l’ouverture des marchés pétroliers, au lendemain de l’échec des réunions de l’Opep+, mais surtout suite à la décision de l’Arabie saoudite de brader son pétrole, réduisant fortement les prix de son brut acheminé à destination des marchés asiatique, européen et américain.

Résultats : les cours des deux références, européenne et américaine, se sont carrément effondrés, hier, subissant leur chute la plus sévère depuis la guerre du Golfe en 1991. Vers 17h30, heure algérienne, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 36,16 dollars à Londres, en baisse de 20,12% par rapport à la clôture de vendredi. A l’ouverture en Asie, il s’est effondré jusqu’à 31,02 dollars, un niveau plus vu depuis février 2016. Vers 11h30, le Brent avait chuté à 35,52 dollars. A New York, le baril américain de WTI pour avril dévissait de 19,19% à 33,36 dollars. Vers 04H30 GMT, il est tombé jusqu’à 27,34 dollars, un prix plus vu en quatre ans également. Un tel plongeon, de près de 10 dollars à Londres et à New York, durant la même journée, n’a jamais été enregistré depuis près de 30 ans. En pourcentage, la dégringolade a été de 30% en Asie, tôt lundi, au point de tomber au plus bas en quatre ans, les prix du brut restaient en chute libre tout en limitant un peu la casse avec -20% dans les échanges européens. Il ne faut pas aller par trente-six chemins pour tenter de trouver une explication à cette chute. Celle-ci était pour le moins prévisible après la décision de l’Arabie saoudite qui, pour sanctionner le refus russe d’adhérer aux nouvelles coupes de production, a laissé baisser unilatéralement ses prix à la livraison, opérant la plus importante réduction en 20 ans. Les conséquences d’une telle décision, de surcroît unilatérale, sur les autres pays de l’Opep, dont la production est peu flexible pour pouvoir compenser la chute des cours, seront évidemment préjudiciables. Car de nombreuses économies, dont les pays siègent dans l’Opep+, dépendent d’une bonne rentabilité du baril de pétrole, alors que les équilibres budgétaires sont tributaires pour une bonne partie de ces pays d’un pétrole supérieur à 90 dollars le baril. Après avoir tenté de tenir tête, fin 2014, aux producteurs américains de schiste, en laissant les prix filer vers les plus bas, l’Arabie saoudite refait le même coup, près de six années plus tard, avec la Russie, au lendemain de l’échec des réunions Opep-non Opep. Ces entrevues s’étaient achevées, vendredi, sans accord alors que l’épidémie de coronavirus provoque des craintes sur l’activité économique et donc la demande d’or noir. La Russie, deuxième producteur mondial de pétrole et qui n’est pas membre de l’Opep, s’était opposée à une nouvelle réduction de 1,5 million de barils par jour.
Cette mésentente avait déjà fait plonger les cours du brut de 10% vendredi. La dégringolade a été accélérée sciemment par l’Arabie saoudite qui, comme ce fut le cas fin 2014, décide de baisser les prix et entraîne les autres membres de l’Opep dans d’insurmontables difficultés financières. La crise ne fait que commencer et le marché pétrolier va probablement rester au tapis durant les prochains mois, les rabais de l’Arabie saoudite se conjuguant avec le coup d’arrêt donné à la croissance économique mondiale par le coronavirus, qui a fait chuter la demande d’or noir. Pendant que les divergences continuent à miner l’Opep et l’Opep+, renvoyant sine die les décisions de réduire l’offre pour faire face à la chute des prix, le marché est inondé de pétrole, tandis que la demande mondiale se rétrécit comme peau de chagrin. Preuve en est que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) demeure pessimiste quant au rebond de la demande ; celle-ci devrait se contracter, cette année, d’environ 90.000 barils par jour (bpj), prévoit l’AIE. C’est dire que les perspectives sont pour le moins sombres et les cours risquent de chuter davantage si l’Opep et ses partenaires non-Opep s’abstiennent à reprendre langue. «Il y a encore un léger espoir que l’Arabie saoudite joue cette carte pour tenter de ramener les membres de l’Opep+ à la table des négociations avant l’expiration fin mars des réductions de production actuelles, mais il est peu probable que la Russie se plie à une telle tactique», a estimé Bjarne Schieldrop, analyste pour SEB. En deux mots, la reprise des cours est tributaire d’un retour des deux poids lourds du marchés, l’Arabie Saoudite et la Russie en l’occurrence, à la table des négociations et décider, dans les plus brefs délais, des niveaux de réduction de la production afin d’absorber la surproduction et soutenir les cours. n