Le risque sanitaire lié au nouveau coronavirus et les réactions de peur et de panique qu’il provoque mettent le feu aux prix des produits de large de consommation et de parapharmacie. Les marchés sont contaminés par le virus de la spéculation qui atteint des sommets inquiétants, alors que la situation est à l’union et à la responsabilité collective. Face au phénomène, s’il perdure, le plafonnement des prix est la mesure la plus urgente à prendre pour protéger le pouvoir d’achat des ménages.

L’Algérie connaît ces derniers jours une flambée importante des prix de produits de large consommation et des produits de protection contre le coronavirus. Hier, lors d’une visite du marché de proximité de Draria, le constat est édifiant. Les prix des fruits et légumes enregistraient des hausses variant de 20% minimum à plus de 100 %. Le produit agricole le plus prisé par la population, la pomme de terre, était cédé entre 65 et 90 DA, soit une hausse de plus de 100%. Elle était vendue la veille entre 40 et 50 dinars le kilogramme. La tomate et la courgette sont à 120-130 dinars, l’oignon à 80 dinars, soit des hausses minimum de 20 à 30%. Des consommateurs lançaient d’un air ironique qui cachait mal leur colère : «C’est l’effet Corona.» Ce qui laisse entendre que même avec le Corona, les spéculateurs ne résistent pas à la tentation d’augmenter les prix. Autre exemple de cette flambée des prix, chez les pharmaciens à Alger, les masques de protection encore disponibles étaient cédés à 250 dinars, contre 100 à 150 dinars auparavant. Contacté par Reporter sur ce phénomène de spéculation, le Président de l’association de protection des consommateurs Apoce, Mustapha Zebdi, souligne que «l’Algérie est contaminée aujourd’hui par la spéculation». Il pointe du doigt le comportement des consommateurs qui est en partie responsable de cette situation, les invitant à ne pas se ruer sur les produits de large consommation qui sont disponibles tout comme les stocks de produits alimentaires qui atteignent un seuil d’un an de consommation. Cette flambée des prix est due à la grande demande du consommateur et le stockage par un grand nombre de ménages de produits. C’est notre comportement qui a suscité la réaction des spéculateurs. Il faut savoir qu’en deux jours, les Algériens ont acheté pour la consommation d’un mois. On a des stocks stratégiques permettant de couvrir un an de consommation. Mais on a créé des troubles ou des perturbations dans l’approvisionnement : retirer à un rythme quotidien ce qu’on consomme en quinze jours ou un mois. Les produits agro-alimentaires ont été ainsi contaminés par le virus spéculation. Les agriculteurs en particulier ont laissé une abondance énorme en pomme de terre. Ce qui n’a pas empêché son prix de doubler et de tripler. C’est le climat général régnant suite à l’irruption du Coronavirus dans le pays qui fait réagir ces gens de cette manière»
«Une feuille de route pour appliquer le plafonnement des prix»
Sur l’urgence de plafonner les prix de large consommation contre la principale mesure de protection contre ce virus, le président de l’Apoce observe que son association a demandé depuis plusieurs années l’application de ce remède. Le ministre du Commerce n’exclut pas cette mesure. «Elle sera appliquée en cas de nécessité. C’est ce que prévoit la réglementation commerciale nationale», a affirmé le premier responsable du secteur. Or, nous sommes aujourd’hui dans cette situation. Plusieurs consommateurs ne comprennent pas ce retard à appliquer cette mesure de protection contre le virus spéculation. En attendant, le ministre du Commerce a demandé à l’Apoce de lui élaborer une feuille de route pour appliquer cette mesure. «Ce plan prévoit une liste des produits de large consommation éligibles à cette formule de fixation des prix, une traçabilité à travers les bons de transaction commerciale et une concertation avec les opérateurs et les acteurs du marché pour déterminer les différentes marges. Ce chantier demande une semaine de travail. Nous avons proposé cette feuille de route au Ministère du Commerce. La décision devra peut être prise plus haut en conseil de gouvernement ou en conseil des ministres», a indiqué Mohamed Zebdi. En outre pour lutter contre cette spéculation, le président de l’Apoce préconise de renforcer le dispositif réglementaire, de renforcer les moyens humains de contrôle, 10 000 agents seulement pour 2,5 millions de commerçants ne suffisent pas parce que beaucoup de commerçants sont entraînés par le virus spéculation, d’impliquer la société civile dans le contrôle, notamment solliciter le concours des associations». C’est ce qu’il appelle le contrôle associatif. Il suggère également le recours à l’intersectorialité, à savoir notamment l’implication des services de sécurité, de criminaliser également l’acte spéculatif. «L’acte de spéculation doit être considéré comme un acte de trahison de l’Etat et donc être sévèrement condamné», a-t-il insisté. n