C’est devenu presque cyclique dans la filière ovine, quand ce n’est pas la fièvre aphteuse, c’est la cherté de l’aliment du bétail qui met dans le désarroi les éleveurs. Mais cette fois, l’envol soudain des prix des complémentaires alimentaires, indispensables pour un bon élevage tel que pratiqué ces dernières semaines les rendant inaccessibles, a enflé la colère des éleveurs. Devant l’incapacité de s’approvisionner en quantité nécessaire, nombreux sont ceux qui se retrouvent poussés à se délester d’une partie de leur cheptel à des prix dérisoires à leur grand regret. En témoignent les prix à la baisse affichés dans les marchés à bestiaux.
Pour en savoir un peu plus, Reporters s’est rapproché du président de la Fédération des éleveurs d’ovins, Djilali Azaoui. Ce dernier se dit révolté par les prix de l’orge pratiqués actuellement, arguant dans ce sens : «Jusqu’ici, nos éleveurs étaient habitués à faire avec une légère hausse des prix sur les compléments alimentaires sur le marché, mais cette fois, le marché s’est envolé au point que les éleveurs jugent qu’ils n’arriveront pas à amortir ce surplus de dépense. En clair, le prix actuel de l’aliment exclut toute rentabilité dans leur activité.» Et d’ajouter avec beaucoup d’amertume : «Les éleveurs n’auront d’autres choix que de réduire leur cheptel afin de pouvoir baisser leurs besoins en aliments, mais au prix d’un grand sacrifice, celui de revoir sensiblement à la baisse leur prix de vente. Chose qui vient de se confirmer sur le terrain.» Djilali Azaoui nous révélant que «c’est du côté des marchés de l’ouest du pays que cette tendance baissière est plus perceptible». Citant particulièrement en exemple le réputé marché hebdomadaire d’El-Bayadh. «Ce marché connaît, ces deux dernières semaines, une affluence record d’éleveurs tentant d’écouler leurs moutons à des prix bradés. Et malgré la chute des prix, les achats sont restés timides selon les échos qui me sont parvenus de membres de la filière ovine locale», rapporte notre interlocuteur. «Les éleveurs sont dans une situation de détresse, c’est pourquoi nous appelons le ministère de l’Agriculture à intervenir pour tout au moins casser l’envolée des prix des aliments», a-t-il conclu.
La faute aux spéculateurs !
Autre membre de la filière en question que Reporters a pu joindre, Bouzid Sellami. Ce dernier n’a pas mâché ses mots : «J’ai l’impression que l’envolée du prix de l’aliment, qui nous est indispensable afin d’assurer un bon élevage, a été provoquée de toute pièce.» Il ira même jusqu’à dire : «Ceux qui sont responsables de la situation sont connus. Des spéculateurs sans scrupules acquièrent des volumes d’orges très importants par des canaux illicites et les écoulent en temps propice, c’est-à-dire quand la demande des éleveurs en la matière se fait ressentir.» Bouzid Sellami poursuit dans ce sens : «Le marché de l’aliment doit être débarrassé des opportunistes de tous bords qui imposent leur diktat non seulement en tirant à la hausse les prix, mais en faisant de la rétention de quantités importantes.» Sur ce dernier point, notre locuteur a tenu à nous signaler que «souvent les éleveurs, même en se pliant en quatre pour arriver à s’accommoder du prix à la hausse proposé par les fournisseurs, ces derniers feront en sorte de satisfaire de moitié leurs besoins. Histoire d’entretenir la crise et espèrent ainsi que les cours vont encore grimper.» Sellami rejoint l’approche de Azzaoui. «Les éleveurs d’ovins espèrent que les prix de l’aliment vont revenir à la normale», a-t-il souhaité enfin.
Notons que la chute des prix du mouton au niveau des marchés à bestiaux va certainement profiter aux maquignons, toujours à l’affût du moindre recul des cours voyant ainsi une occasion à ne pas rater pour réaliser de substantiels bénéfices. Comme il importe de faire remarquer que les prix de la viande ovine sur les étals des points de vente au détail sont restés stables ces dernières semaines et pourtant, les marchés de bétail ont connu une tendance à la baisse. Ce qui pousse à croire que ce sera le même scénario encore une fois, des prix qui dégringolent au niveau des marchés à bestiaux mais qui ne se traduisent pas sur les étals des boucheries. Du coup, on peut en déduire que le circuit commercial de viande ovine demeure sous l’emprise d’une kyrielle d’intermédiaires qui ne sont pas près de lâcher leur mainmise sur ce marché. n