Les chiffres révélés par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, concernant la vaccination anti-Covid-19 sont loin de répondre à l’objectif tracé, que ce soit pour la population générale ou pour les catégories professionnelles ciblées. La vaccination piétine en Algérie alors que l’éventualité d’une quatrième vague n’est pas écartée par les professionnels de la santé, qui en veulent pour preuve ce qui se passe dans d’autres pays, notamment d’Europe de l’Est. Cela outre l’approche de l’hiver avec le retour des maladies saisonnières, à l’instar de la grippe, qui étaient mises en berne l’année dernière. Ce sont autant de facteurs qui risquent de mettre à nouveau le système de santé à mal.

PAR INES DALI
Les raisons exactes de la réticence d’une bonne partie de la population à l’acte vaccinal restent encore à déterminer, même si quelques-unes semblent avoir été identifiées. Mais cela ne s’explique pas pour le secteur de la santé qui, normalement, est le mieux placé pour connaître l’importance de la vaccination, car de l’avis de nombreux observateurs, comment inciter les gens à se vacciner quand les médecins eux-mêmes ne se vaccinent pas. «Près de 20 % des personnels de la santé ne se sont pas fait vacciner», selon le ministre de la Santé. Un taux que le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), estime «certainement inférieur à la réalité», tout en se disant «déçu qu’il y ait une certaine réticence, voire une résistance vis-à-vis de l’acte vaccinal, bien que le personnel de la santé est le premier exposé en termes de contaminations».
Pour lui, «le bilan macabre enregistré depuis le début de la pandémie dans le milieu de la santé devrait inciter à la vaccination». Il poursuit en soulignant que «même ailleurs, le bilan a été macabre, à la différence qu’ailleurs la vaccination a été rendue obligatoire pour les professionnels de la santé, sinon ils ne pouvaient pas exercer. Malheureusement, cela n’a pas été fait chez nous». «On a laissé la latitude aux gens de s’organiser, et là je parle de l’ensemble de la population et pas seulement des professionnels de la santé, et je pense qu’avec une telle démarche, il ne faut pas s’attendre à d’autres résultats», a-t-il ajouté.
Pour le président du SNPSP, «la défaillance est au niveau de la démarche elle-même. On n’a pas été strict par rapport à l’obligation de la vaccination du personnel de la santé. L’obligation doit être faite à travers le pass sanitaire, que ce soit dans le milieu hospitalier ou ailleurs». Il enchaîne que cette réticence est «observée même ailleurs, dans des sociétés évoluées où le niveau d’instruction est meilleur et où il y a eu plus de sensibilisation et de moyens déployés. Et dans ces sociétés, ils ont été obligés d’aller à la contrainte avec la mise en place du pass sanitaire».
L’obligation par le pass sanitaire devrait être «valable pour la population générale pour accéder à certains endroits, jusqu’à arriver à un minimum de 70% de taux de vaccination pour atteindre l’immunité collective.
La réticence à la vaccination concerne aussi les personnels enseignants. «Seulement 20% des enseignants des trois paliers de l’Education nationale et ceux de l’Enseignement supérieur se sont fait vacciner», selon Benbouzid, tandis que seulement 0,5%, soit moins de 1%, de la population estudiantine a reçu l’anti-Covid-19.
La vaccination au profit du personnel de l’éducation nationale a pourtant débuté le 22 août dernier, avec l’installation d’équipes médicales au niveau des établissements scolaires pour rendre le vaccin accessible. D’ailleurs, même la rentrée scolaire a été repoussée pour permettre au plus grand nombre possible de se vacciner. Le mois d’après, cette même opération a été menée au niveau des universités afin que personnel et étudiants puissent recevoir l’anticoronavirus sur place. Mais le résultat a débouché sur de faibles taux de personnes vaccinées que ce soit dans les écoles ou les universités.
«Je pense qu’il faut que la vaccination soit proche des personnels, dans le sens où elle doit être effectuée sur place», a déclaré Abdelouaheb Lamri Zeggar, porte-parole de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef). C’est ainsi qu’il plaide pour «un retour des équipes médicales en charge de la vaccination dans les établissements scolaires, afin de permettre à ceux qui veulent se vacciner et qui ne peuvent se déplacer vers les centres vaccinaux – qui sont parfois loin – de recevoir leurs doses d’anti-Covid, et pourquoi pas, de convaincre ceux qui sont encore réticents». Il plaide aussi pour «une meilleure sensibilisation à travers une grande campagne».
De son côté, Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) ne se hasarde pas à pointer une seule raison. Il souligne qu’«il est très difficile de dire pourquoi les enseignants ne se vaccinent pas. Il y a beaucoup de choses qui ont été dites sur les vaccins et leurs effets secondaires. Peut-être qu’ils ont eu peur et c’est ce qui a créé l’effet de réticence. Mais d’un autre côté, peut-être qu’il n’y a pas eu assez de sensibilisation». En somme, affirme-t-il, «c’est très difficile de cerner le pourquoi. Chaque individu a sa propre vision de la vaccination. Mais étant donné qu’il y a risque de contamination au niveau des établissements, il faut continuer de sensibiliser». En tant que syndicaliste, il a fait savoir que lui-même sensibilise ses confrères enseignants en leur disant qu’il a reçu ses deux doses de vaccin.
A noter que 23% d’Algériens ont une couverture immunitaire complète, soit 4,7 millions de personnes ayant reçu les deux doses, et 32% ont reçu la première dose, soit plus de 6 millions de personnes. <