La situation en Libye a été évoquée une nouvelle fois, hier, entre le président de la République Abdelmadjid Tebboune et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan.

Lors d’un entretien téléphonique à l’occasion des vœux de l’Aïd El-fitr, les deux parties ont convenu d’«intensifier les efforts afin d’imposer, dans une première phase, un cessez-le-feu comme prélude nécessaire pour faciliter la solution politique interlibyenne, basée sur le respect de la légitimité populaire garante de la souveraineté de la Libye et de l’unité de son territoire, indique, à ce sujet, un communiqué de la Présidence.
Outre la crise libyenne, MM. Tebboune et Erdogan ont abordé la situation en Palestine pour «dénoncer le projet d’Israël visant l’annexion de nouvelles terres palestiniennes, le qualifiant d’une nouvelle violation flagrante du droit international et d’entrave supplémentaire au processus de paix».
Au menu de la conversation entre les deux présidents figurait également le dossier qui domine sans partage l’actualité internationale, à la Covid-19. A ce sujet précis, des informations ont été échangées sur «les efforts déployés dans les deux pays pour endiguer la propagation de la pandémie», souligne la même source.
A propos de la situation en Libye, l’Algérie et la Turquie s’efforcent ces derniers mois à s’unir autour d’une vision qui fait du dialogue l’unique solution pour une sortie de crise dans ce pays. Connu pour son refus à toute ingérence étrangère, notamment par des moyens militaires, dans le dossier libyen, l’Algérie ne manque pas de le rappeler en toute circonstance. Et cette démarche a été soulignée à chaque conversation entre les présidents des deux pays. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé lors de la visite en Algérie du président turc, fin janvier dernier. A l’issue d’un entretien avec Tebboune, Erdogan avait, en effet, indiqué que la crise en Libye ne pouvait être résolue par des «moyens militaires». «Nous sommes en pourparlers intenses avec les pays de la région et avec les acteurs internationaux pour garantir le cessez-le-feu et permettre le retour du dialogue politique en Libye», avait-il souligné.
Toutefois, le cessez-le-feu auquel fait référence le Président turc tarde à se concrétiser sur le terrain où, au contraire, c’est le scénario de guerre sans trêve qui continue à dominer et faire durer l’offensive guerrière déclenchée par le maréchal Haftar, en avril 2019, pour s’emparer de Tripoli, siège du Gouvernement d’union nationale (GNA). Ces dernières semaines, les combats meurtriers ont gagné en intensité avec même un recours aux mines antipersonnel contre des civils. Ce qui a provoqué une «extrême préoccupation» chez l’Organisation des Nations unies.
La Mission des Nations unies en Libye (Manul) s’est, à cet effet, montrée «extrêmement préoccupée par les informations selon lesquelles des habitants des zones d’Aïn Zara et de Salaheddine, à Tripoli, ont été tués ou blessés par des engins explosifs (IED) placés dans ou près de leurs maisons». La Manul a régi au communiqué publié lundi par le GNA, accusant les forces pro-Haftar d’avoir «miné les maisons avant de les quitter». Selon le GNA, deux civils ont été tués samedi en rentrant chez eux à Salaheddine, quartier situé au sud de Tripoli, la zone de la capitale ayant connu les affrontements les plus violents. «Cette mutation choquante du conflit» survient au moment où des familles déplacées à cause des combats depuis des mois tentent de retrouver «la sécurité et le confort de leur maison», souligne la mission de l’ONU en dénonçant «un ciblage délibéré». Depuis le début de l’offensive du maréchal Haftar, les violences ont fait des centaines de morts, dont de nombreux civils, et poussé à la fuite quelque 200 000 personnes. La mission onusienne a exhorté les familles à demander conseil auprès des autorités compétentes et à éviter les secteurs encore non sécurisés. «Ces actes (…) ne servent aucun objectif militaire» mais provoquent «une peur extrême» parmi les civils, a encore fustigé la Manul.<