Là où les langues roulent mieux que le ballon. Là où la (pseudo) rhétorique cache la misère d’une gestion de club anachronique. Quand ça va mal, c’est toujours à cause des autres. L’égocentrisme, le nombrilisme et la paranoïa, c’est ce dont souffrent les chraimen des différents clubs en Algérie. Des troubles qui touchent tous les paliers. Peloton de tête, ventre mou, bas du classement, peu importe le «ranking », la théorie du complot est sortie de facto.


A peine la hache de guerre entre Mohand-Chérif Hannachi, président de la JS Kabylie, et son homologue de l’ES Sétif Hassan Hammar enterrée, deux autres patrons de franchises de la D1 Pro tirent à boulets rouges. Passé du poste de commande de la Ligue 1 Mobilis à la quatrième place dans la hiérarchie dans le challenge national, le MC Alger a trouvé le bouc-émissaire pour expliquer cette dégringolade : les arbitres du match, disputé et perdu (1-2) vendredi dernier, face à l’Entente sétifienne. « C’est vraiment honteux, Abid Charef a faussé cette partie qu’on méritait de gagner et je peux vous dire que le Mouloudia a été victime aujourd’hui d’un complot et tout le monde a vu ce qui s’est passé», avait affirmé Omar Ghrib, premier responsable du «Doyen» au sortir de l’empoignade jouée au stade 5-Juillet 1962. Deux jours plus tard, dans les colonnes du quotidien spécialisé Le Buteur, il n’en démord pas en expliquant que «cela fait longtemps que le MCA ne joue pas les premiers rôles du championnat et nous sommes qualifiés en Coupe d’Algérie et en Coupe d’Afrique, alors que par le passé l’équipe s’est fait balayer dès le premier tour par une modeste équipe du Niger. Les résultats du Mouloudia dérangent cette saison et c’est pour cette raison que ces gens s’agitent et ont tendance à oublier que nous avons deux matchs en retard. » Une sortie médiatique classique pour un boss dont le club vient de perdre de précieux points dans la course au titre. Quand le referee siffle favorablement, tout va bien et la commission qui désigne des arbitres est épargnée. Quand c’est le contraire, on crie au vol et à la conspiration. «Heureusement que Hammoum a reconnu que Omari a été désigné à la place d’un autre assistant et cela prouve ce que j’ai déclaré à la fin du match» «A la fin de la rencontre de la Supercoupe d’Algérie, et lorsque j’ai attiré l’attention de Hammoum sur l’arbitrage scandaleux du juge assistant qui a accordé un penalty imaginaire à l’USMA, il m’avait promis qu’il ne sera pas désigné pour les rencontres du Mouloudia. Comment expliquez-vous qu’il soit désigné une nouvelle fois pour arbitrer notre équipe ?» S’interroge Ghrib. Apparemment, tout le monde veut un arbitrage sur mesure. Quant à nous, on se demande depuis quand c’est les «numéros 1» des directoires des teams qui acquittent les juges de partie?
Laïb (USM El-Harrach) touché par le virus
Quelques cases plus bas, sur la 9e marche de la hiérarchie, un autre club qui joue un autre rôle, mais qui tient le même discours. L’USM El-Harrach se voit aussi dans l’œil du cyclone. Et Mohamed Laïb, premier homme du sigle de la banlieue d’Alger, le fait savoir. «Il est inutile de répéter que nous sommes victimes des arbitres, puisque tout le monde est au courant en voyant les images à la télé. Déjà avant le NAHD et le MCO, les arbitres ont commencé vers la fin de la phase aller contre l’USMA, et le referee nous a privés d’un penalty valable. Par la suite, un autre nous a également privés dans le temps additionnel d’un penalty plus que valable face au CRB. Puis devant la JSK, on menait 1-0, et l’arbitre accorde un penalty à cet adversaire dans le temps additionnel, heureusement que Zeghba a réussi à sauver. Puis vint le match du NAHD. Alors là, les deux penalties offerts au NAHD, mais franchement, c’était un véritable scandale », dénoce-t-il. « Après le NAHD, on pensait que cela allait s’arrêter. Mais hélas, puisqu’une semaine après, c’est-à-dire le week-end dernier, l’arbitre nous a privés encore une fois d’un penalty flagrant. Moi ce qui me révolte le plus, c’est le fait que le président de la CD veuille défendre l’indéfendable. Je me demande comment avec toutes ses fautes, Monsieur Hammoum a l’audace de déclarer les arbitres sont de bonne foi et que tout être humain peut se tromper. En guise de réponse à Monsieur le président de la Commission d’arbitrage, je dis, certes, l’erreur est humaine, mais pas toujours contre la même équipe, sinon cela devient intentionnelle», a tempêté Laïb. S’il y a une part de vérité dans ses dires, il faut reconnaître que cette manie de toujours trouver des coupables pour justifier les contreperformances prend des proportions dangereuses. Cela incite plus à la haine et au sentiment d’être indésirable chez les supporters et ça peut se répercuter sur le comportement de ces derniers lors des rencontres. Les propos de Laïb ressemblent presque comme deux gouttes d’eau à ceux de Hannachi qui avait estimé, il y a 4 jours, que « la JSK a été victime d’un arbitrage scandaleux et partial. Lors de la phase aller, pour ne parler que de la première partie du championnat, on nous a privés de pas moins de douze points. D’autres raisons ont aussi engendré cette crise de résultats, mais le mauvais arbitrage a grandement influé sur notre parcours en championnat.» Le régionalisme et le nombrilisme foulent de plus en plus les terrains d’une balle ronde où le spectacle ne trouve plus de place. La scène est désormais occupée par des personnes qui s’illustrent par des décla’ sulfureuses pour tenter de gagner en crédibilité auprès des supporters. Privés du vrai football, les fidèles des travées se contentent, de nos jours, des sketchs de marioles qui jouent avec le vitriol. Ils jonglent tellement bien avec la haine…