Comme annoncé dans notre édition d’hier, l’Association des producteurs algériens de boissons (Apab), la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC) et la Confédération des industriels et producteurs algériens (Cipa) a adressée, tout récemment une correspondance à la chefferie du gouvernement et au ministre du Commerce pour alerter sur les risques de tensions sur l’indisponibilité du lait infantile et le lait destiné à la transformation.

Par Ziad Abdelhadi
Une problématique qui a été très vite prise en charge dans la mesure où le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a instruit son département compétent en la matière, à savoir la Direction des services vétérinaires, de lever l’interdiction des Dérogations sanitaire d’importation (DSI) des produits susmentionnés en vigueur depuis le mois de septembre dernier. Ce faisant, les opérateurs concernés vont enfin souffler après des semaines de désarroi et de colère suite à leur manque-à-gagner résultant de la mise au ralenti de leurs chaînes de production, voire même l’arrêt de quelques-unes pour cause de rupture de stock. Toujours est-il qu’on peut se demander à quelle fin, il a été décidé de mettre en standby les DSI alors qu’il s’agit là de produits qui ne sauraient souffrir de retard dans la délivrance des DSI car il s’agit là de la nutrition des enfants et des nourrissons ? Dans ce sillage, il convient de savoir qu’auparavant, les délais d’attente de l’avis favorable des demandes ne dépassent pas 4 jours après leur dépôt au niveau de la DSV mais après la mise en vigueur de la nouvelle directive, les délais en question dépassent 40 jours. Un retard qui a rendu sceptique plus d’un opérateur.
Toujours dans ce même ordre d’idées, on apprend d’une source concordante «qu’à travers cette décision, l’impact a été beaucoup plus négatif sur les besoins nutritionnels indispensables aux enfants en bas âges que sur les entreprises qui importent des intrants et des matières premières pour la confection de lait infantile et autres d’une grande importance sur le plan santé et croissance». Du côté de l’Apab ou de la Cipa, on considère que l’idée de geler les importations est tout à fait irréfléchie, «sinon comment expliquer qu’en réduisant notre production ce sont des familles ayant un nouveau-né que nous nous mettons dans l’embarras. Et pour preuve. Une longue période de tension sur les produits en question aurait pu créer une envolée de leur prix sur les étals par le jeu de la spéculation», explique un membre de la Cipa, qui a tenu à garder l’anonymat. Ce dernier confie par ailleurs : «Notre souci majeur ce n’est pas de se retrouver avec une activité réduite, mais de nous mettre à la place des demandeurs, c’est-à-dire de prendre conscience de l’importance de notre rôle, celui d’approvisionner en continu et en quantités suffisantes la demande des foyers qui ne seraient accepter que le lait infantile soit en proie à une tension».
Cela dit, et pour revenir à la correspondance citée ci-dessus, les cosignataires avaient suggéré de trouver des solutions à cette situation, celle d’instruire les départements ministériels concernés pour leur accorder une dérogation exceptionnelle en saisissant l’Abef pour permettre aux opérateurs de continuer à importer sous la position tarifaire habituelle «Autres», imposée par les services des Douanes depuis 2012.
Notons que les transformateurs de poudre de lait sont dans l’expectative suite à la directive du gouvernement de suspendre les importations de poudre de lait à venir, du moins jusqu’à la fin de l’année. Ils craignent en effet que leurs besoins en la matière soient revues à la baisse entraînant une nette baisse de leur production et, par ricochet, de leur chiffre d’affaires. Non sans évoquer que la tension sur le lait pasteurisé en sachet (LPS) risque de s’accentuer car elle existe déjà sur le terrain depuis deux ans. Une hypothèse qu’on exclut du côté de l’Office national interprofessionnel du lait (ONIL), unique importateur de poudre de lait, qui gère la distribution de cette matière aux transformateurs selon un barème de quota. En effet, selon un responsable de l’ONIL approché par Reporters mais qui a tenu à garder l’anonymat, «les stocks disponibles peuvent assurer les besoins des transformateurs au-delà de trois mois. Les producteurs de LPS n’ont donc pas lieu de s’inquiéter. En clair, «ils recevront leur quota régulièrement», rassure enfin notre source.