Le chef de l’Etat a laissé entendre que le phénomène, qui constitue une saignée pour l’économie nationale, peut faire gagner s’il est maîtrisé 20 à 25 % de la valeur des importations annuellement.

Par Khaled Remouche
Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a de nouveau tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur des surfacturations en Algérie. Il a qualifié le phénomène d’effarant et les montants transférés illégalement en devises via cette fraude d’exorbitants. «Ce phénomène existe dans d’autres pays ayant ouvert leur économie, mais pas avec la même ampleur qu’en Algérie. Je ne voulais pas choquer le citoyen en dévoilant le pourcentage effarant de la surfacturation et les montants des fonds exorbitants transférés à l’étranger. La maîtrise de la surfacturation peut faire gagner entre 20 à 25% de devises fortes sans parler de la qualité des marchandises importées», a répondu le chef de l’Etat lors de la rencontre avec les médias, organisée jeudi dernier. Cette fois, le premier magistrat du pays a été moins précis. Il avait déclaré récemment que les surfacturations représentaient annuellement la moitié de nos exportations d’hydrocarbures, soit un montant estimé à 15 milliards de dollars. Les chiffres fournis sont moins précis et moins importants. S’il fait allusions aux montants en devises transférés au titre des importations, la surfacturation pourrait représenter 8 à 10 milliards de dollars annuellement. Il s’est rattrapé par la suite en disant qu’elle pouvait représenter le tiers, soit un volume qui avoisine le premier chiffre avancé. Cela montre que l’Algérie baigne dans l’approximation concernant l’étendue de ce phénomène. En tout état de cause, 8, 10 ou 15 milliards de dollars, le phénomène constitue une saignée pour l’économie nationale. Sa maîtrise permettra une réduction importante de la facture d’importations et partant d’atténuer le déficit de la balance commerciale et du coup de la balance des paiements. En un mot, elle réduira la gravité de la santé financière du pays. Dans la foulée, le Président de la République sur un ton serein n’a pas caché ses intentions de s’attaquer durant son mandat à cette considérable fuite illégale de devises. Fort de son expérience à la tête de différents départements, il a livré son approche en matière de lutte contre les surfacturations. «Nous pouvons nous protéger de la surfacturation en sanctionnant immédiatement les importateurs qui surfacturent et non pas les laisser exercer pendant des années avant d’être inquiétés. Il a également présenté le mode opératoire pour surveiller ou vérifier les prix pratiqués sur les marchés internationaux et qui empêcherait de facto cette criminalité économique. «Le Président Tebboune a fait état de l’existence de sociétés d’assurances et de bureaux d’études agréés par les Nations unies auxquels la loi leur permet de contrôler les prix à la source, soulignant avoir voulu appliquer cela en 2017. C’était la décision la plus dangereuse que j’ai eue à prendre car elle a déplu à des milieux qui savaient que j’avais découvert les choses», rapporte l’APS. Sur ce point, la question est de savoir si cette fois, le chef de l’Etat dispose de suffisamment de pouvoir pour vaincre les résistances à sa nouvelle politique en matière de lutte contre les fléaux économiques qui rongent le pays telle que la surfacturation. Abdelmadjid Tebboune a rappelé une situation qu’il avait vécue lorsqu’il était ministre du Commerce avec l’apparition de la crise de l’ail. «Il avait demandé à l’Ambassadeur de Chine de se renseigner auprès des autorités de son pays sur les prix réels de ce produit pour découvrir qu’il existait 7 variétés d’ail. Toutes les factures concernant l’Algérie était pour la meilleure variété alors que c’était en fait le dernier choix», rapporte l’Agence. La maîtrise des surfacturations renvoie donc à la capacité des institutions de contrôle telle que la Douane, à appréhender ce type de fraude sur la valeur. Ce qui suppose de mettre fin aux complicités entre des fonctionnaires de l’Etat chargés des inspections ou des enquêtes ou simplement avec les importateurs ou les hommes d’affaires spécialistes des surfacturations.
«La mort du marché parallèle sonnera le glas des surfacturations»
Enfin, pour M.T., spécialiste financier qui a requis l’anonymat, lutter contre les surfacturations appelle, selon lui, à des mécanismes économiques et non répressifs. «La répression ne fait que régénérer le phénomène sur la durée». En revanche, si on met fin au double taux de change, celui du marché officiel coexistant avec celui du marché parallèle, c’est-à-dire si on éteint le marché noir de la devise, on tuera du coup les surfacturations». Ce spécialiste met en relief «le cordon ombilical entre les surfacturations et le marché parallèle de la devise. «De 2 milliards de dollars auparavant de transactions, le marché noir de la devise enregistre un flux d’au moins 10 milliards de dollars annuellement, alimenté par la bulle des années 1990 et 2000, où les importateurs avaient accumulé d’énormes montants en dinars tirés des sous-facturations transformés en devises et transférés sur des comptes off shore à l’étranger», confie une source proche de ce marché. Avec les surfacturations, le marché noir est de nouveau alimenté. Un flux illégal d’entrées et de sorties de devises se constitue via cette Bourse, de quoi faire réaliser des gains énormes à ces importateurs au détriment de la valeur de la monnaie nationale. Pour ce spécialiste, la mort du marché noir de la devise, en un mot, sonne le glas des surfacturations.