L’hypothèse avancée dans ces mêmes colonnes, il y a quelques semaines, sur une possible crise dans les pâtes alimentaires sèches, provoquée par une baisse de l’offre des producteurs, s’est bel et bien confirmée sur le terrain. Force est de croire que ces derniers, qui sont aussi des minotiers, ont mal digéré la levée de subvention sur le blé dur, matière première essentielle, au point de décider de réduire leur production, voire même de moitié, « en guise de protestation », a appris Reporters de sources concordantes.

Pour en avoir le cœur net, nous avons tenté de nous rapprocher des gros producteurs afin de savoir si effectivement ils ont réduit leur production et, par ricochet, d’en connaître la cause. C’était peine perdue, car toutes les tentatives n’ont pas connu d’écho favorable. Par contre, les grossistes de Oued Smar, haut lieu du négoce en gros en produits alimentaires qui approvisionnent les détaillants du Grand-Alger et sa banlieue, et où Reporters s’est rendu mercredi dernier, attestent que ces dernières semaines leurs commandes en pâtes fraîches tous types confondus ne sont satisfaites qu’à hauteur de 50% et parfois moins lorsqu’il s’agit des spaghettis. Pis encore, selon le président du comité des grossistes de Oued Smar, Walid Messaoud, contacté par nos soins, « les producteurs-fournisseurs non seulement ne satisfont pas nos commandes, mais ont réajusté leurs prix sortie d’usine à la hausse ». Du coup Walid Messaoud s’interroge : « En procédant ainsi, les producteurs n’ont-ils pas cherché à maintenir leur chiffre tout en réduisant leur production ? » Nous précisant en clair : «  Ce qu’ils ont perdu par la levée de la subvention sur le blé dur, ils le comblent par une majoration sensible de leur prix. » Par ailleurs, certains grossistes nous ont fait remarquer que depuis que les frères Benamor, propriétaires du groupe éponyme, tous deux poursuivis en justice, et le décès du responsable du groupe Sim, dont les parts de marché respectifs sont autour de 30 et 20%, s’est fait ressentir dans le volume de nos approvisionnements à la baisse. «  Si le consommateur ne trouve pas de pâtes sous label « Benamor » cela résulte de la fonte des stocks. Les produits du groupe des semouleries de la Mitidja «  SIM » pourraient connaître des insuffisances en termes d’offres », nous a affirmé un grossiste. Ce dernier nous soulignet dans la foulée qu’«  avec cette réduction, cela va sans aucun doute donner des idées aux spéculateurs comme cela a été le cas lors de l’annonce du confinement au mois de mars dernier où la demande en semoule avait explosé, provoquant une sérieuse crise sur ce produit de large de consommation qui s’est traduite par une forte spéculation. En témoignent les volumes importants saisis par les services de sécurité ». Un autre ne s’est pas empêché de nous dire : « ll fallait s’attendre à ce que les producteurs de pâtes alimentaires sèches changent de stratégie de production et revoient à la hausse leur prix sortie des chaînes de production dès lors où juste après que les pouvoirs publics ont décidé d’interdire les exportations de pâtes, c’est au tour des subventions sur leur matière qui est levée ». «  Deux tours de vis successifs qui vont faire mal aux opérateurs qui n’ont pas réalisé leur retour d’investissement ou n’ayant pas encore remboursé leur crédit d’investissement », lâche notre interlocuteur.
Notons que du côté des détaillants on se plaint aussi de ne pouvoir répondre à la clientèle. L’un deux nous confiera : « Notre clientèle encaisse mal cette rareté des pâtes alimentaires sèches notamment dans les marques de leur choix. Parfois elle préfère rentrer bredouille que d’acheter une pâte d’une marque qui lui est inconnue.  »
A propos de la surenchère sur les pâtes, qui a commencé à voir le jour sur les étals des détaillants, certains que nous avons pu approcher se rejoignent à dire : «  La hausse des prix des pâtes alimentaires, qui occupent une place très importante dans la consommation des citoyens, ne serait pas facilement acceptée. Et cela nous l’avons constaté chez notre clientèle en apprenant que les pâtes font l’objet d’une hausse des prix.»
Pour rappel, dans un décret publié au Journal Officiel N52, le gouvernement a levé le pied sur la subvention des prix des céréales, notamment la tarification appliquée par l’Office algérien interprofessionnels des céréales aux fabricants de pâtes alimentaires. En effet, le décret exécutif n° 20-241 du 31 août 2020 modifiant et complétant le décret exécutif n° 96-132 du 13 avril 1996 portant fixation des prix aux différents stades de la distribution des farines et des pains est venu remettre de l’ordre dans la filière céréalière et fixer la tarification des blés cédés aux différents acteurs, à savoir les consommateurs, les boulangers et les minoteries. Le décret fait obligation aux minoteries de mentionner sur les emballages les « farines courantes à prix réglementé, ainsi que les prix de cession au consommateur ». Les quantités de blé tendre destinées à la production des farines courantes réservées aux boulangeries, aux collectivités et aux ménages sont cédées par l’OAIC aux minoteries par référence au prix de cession réglementé. Cependant, les quantités de blé tendre destinées aux autres types de farines sont cédées par l’OAIC aux minoteries par référence à leur prix non subventionné. Ainsi, le blé vendu par l’OAIC aux minoteries et qui est transformé en pâtes alimentaires ne sera plus subventionné par l’Etat. n