Le chef de l’Etat a marqué sa journée hier par un acte de grande ampleur politique pour son mandat comme pour l’histoire moderne de l’Algérie. En se rendant au siège du ministère de la Défense nationale pour baptiser en tant que chef des armées le siège de l’Etat-major de l’ANP du nom de son ancien chef, le général Ahmed Gaid Salah, mort le 23 décembre dernier, il a délivré deux messages à l’adresse de l’opinion nationale et internationale.

La nature comme le sens de cet acte sont à comprendre par rapport au contexte politique qui prévaut actuellement dans le pays depuis la dernière élection présidentielle de décembre 2019.
Ces élections, qui ont eu lieu dans un climat politique exceptionnel et qui ne s’est pas encore apaisé totalement aujourd’hui, ont opposé deux visions de sortie de la crise provoquée par la démission de l’ancien président Bouteflika après son échec d’aller vers un 5e mandat. Dans cette confrontation, l’institution militaire, qui s’est positionnée de manière victorieuse en faveur d’une sortie de cette crise par la tenue du scrutin qui a vu la victoire du président Tebboune, s’est trouvée en face de critiques violentes – sans doute jamais exprimées de manière aussi construite et systémique – par les groupes politiques engagés dans la Hirak et pour un processus de remise à jour fondamentale du système de gouvernance politique dans le pays.
«Doula madaniya, machi Askariya», Etat civil, pas militaire, a été le slogan qui a cristallisé ces critiques et conduit à une crispation ayant eu des répercussions jusqu’à l’international et dont l’indicateur a été le durcissement post-élections constaté contre toutes les voix qui ont continué à le scander ou à défendre le projet qu’il représente : considérer l’armée comme un acteur de conservation autocratique et faiseuse de rois dont le peuple ne veut pas, pour reprendre une image largement répandue dans les divers milieux militants du Hirak.
La cérémonie d’hier est intervenue après une période durant laquelle l’actualité nationale a, par ailleurs, été marquée par des dossiers en justice concernant d’anciens grands officiers. Des affaires que certains exégètes de la chose politique nationale ont cru comprendre comme l’expression de crispations à l’intérieur même de la «grande muette» et au plus haut sommet de l’Etat. De telles lectures ont par ailleurs été amplifiées par les commentaires et les polémiques relayés par l’énorme caisse de résonnance des réseaux sociaux. Et créé de l’Algérie et de son armée surtout l’image d’une institution en crise.

Tir de barrage contre les contempteurs de l’ANP
C’est d’ailleurs contre cette image et pour la détruire que le président de la République s’est déplacé hier au siège du MDN pour rendre hommage au général Ahmed Gaid Salah et à sa ligne politique durant les mois qui ont précédé le scrutin présidentiel et pour rappeler que l’armée algérienne est une institution républicaine, garante de l’intégrité et de la souveraineté nationales. Son geste est à comprendre comme le couronnement solennel et au plus haut niveau de l’Etat de ce qu’a dit peu de temps avant lui le chef de la diplomatie devant les parlementaires de l’APN. Devant ces députés, lundi 1er juin, Sabri Boukadoum a rappelé la nécessité d’un «consensus national» sur la politique extérieure et de la Défense nationale. «Il ne faut pas qu’il y ait des différends sur ces deux secteurs dont les prérogatives relèvent du Président de la République, comme c’est le cas dans tous les pays du monde», a-t-il dit.
Plus stratégiquement, par la cérémonie d’hier, le chef de l’Etat a rappelé le pacte qui lie la présidence de la République et l’institution de la Défense nationale. Ainsi que le souci des deux parties à le consolider davantage comme l’a indiqué le chef d’état-major par intérim. Hier, en effet, le général major, Said Chengriha a déclaré le soutien de l’Armée au projet de révision de la Constitution. Dans une allocution qu’il a prononcée devant le président Tebboune, il a exprimé sa «haute appréciation» du contenu du projet qui, dit-il, «va réorganiser la vie politique du pays conformément aux exigences du nouveau contexte».
Le chef d’état-major s’est même adressé directement au président de la République lui disant : «Vous avez réussi depuis votre élection comme président de la République à concrétiser les promesses électorales que vous avez faites au peuple algérien à travers l’ouvertures de nombreux chantiers et le début du changement attendu». Il a approuvé le président «d’avoir fait élaborer un projet de révision de la Constitution par des experts en droit constitutionnel en un temps record». Il a notamment salué la nouvelle disposition permettant à «l’armée nationale d’intervenir en dehors des frontières nationales, celles consacrant l’équilibre des pouvoirs et celles relatives aux libertés individuelles et les droits de l’homme».
La mise en débat du projet de la nouvelle Constitution est selon lui «une preuve irréfutable» de «la bonne et honnête intention des hautes autorités du pays dans l’optique de réaliser le consensus national attendu autour de la Constitution». Des mots qui soulignent le lien indéfectible entre le président de la République et l’institution militaire ainsi que la convergence de vues et de visions qui les lient en ce qui concerne le présent et le futur de l’Algérie. Des déclarations auxquelles le chef de l’Etat dira qu’il «fera face aux lobbies ciblant l’Armée nationale populaire (ANP) par des campagnes désespérées». Du grand corps d’entente !