Les médecins résidents étaient encore sous le choc, hier, après le décès accidentel de deux de leurs consœurs. Le drame a donné lieu à un émouvant recueillement, jeudi dernier, où quelque 200 médecins résidents, voire davantage, venus des quatre coins du pays s’étaient réunis dans la cour de l’hôpital de Douéra pour rendre hommage aux victimes.

Selon les services de la Protection civile de la wilaya d’Alger, les deux victimes ainsi qu’une autre, médecin vétérinaire, ont perdu la vie, durant la soirée de mardi dernier aux environs de 21h, suite à une intoxication au monoxyde de carbone survenue dans un appartement situé au niveau de la Coopérative El Feth, à Douéra. Les victimes, âgées entre 32 et 38 ans, étaient colocataires, selon la même source. Le drame a donné lieu à un émouvant recueillement, jeudi dernier, où quelque 200 médecins résidents, voire davantage, venus des quatre coins du pays s’étaient réunis dans la cour de l’hôpital de Douéra pour rendre hommage aux victimes. Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mokhtar Hasbellaoui, était présent à ce rassemblement durant lequel une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes. Il a rendu visite à deux autres résidentes hospitalisées après avoir été victime du même accident, auquel elles ont heureusement réchappé. Selon le directeur de l’hôpital de Douéra, la vie de ces deux médecins résidentes est hors de danger après leur sortie du service de réanimation. Suite au tragique accident, la réunion qui devait se tenir mercredi dernier au ministère de la Santé avec les représentants des résidents en sciences médicales a été reportée à la semaine prochaine. «Le décès de nos consœurs est un choc pour nous», a témoigné hier le représentant du Collectif autonome des médecins résidents (Camra), le docteur Boutaleb. «Leur perte nous a brisé et c’est un moment très difficile à surmonter», a ajouté ce médecin, qui a confirmé que le report de la réunion avec la tutelle a été décidé d’un «commun accord».
La réunion entre le Collectif autonome des médecins et les responsables du ministère de la Santé se tiendra demain au siège du ministère. L’objectif sera de trouver une sortie de crise et éviter l’année blanche. «On reste optimistes et ouverts au dialogue sérieux», a indiqué à ce sujet le docteur Boutaleb, souhaitant que cette nouvelle rencontre soit sérieuse et fructueuse contrairement, selon lui, aux réunions précédentes avec le comité intersectoriel.

Les médecins spécialistes défendent la légitimité de leur mouvement de grève
Par ailleurs, le Collectif autonome des médecins spécialistes algériens (Camsa), qui a mené mardi et mercredi derniers une grève cyclique, rejette les accusations portées à son égard, notamment par les responsables des établissements de santé publique.
Dans un communiqué rendu public mercredi soir, le collectif a indiqué que son mouvement de protestation n’a rien d’illégal et tire sa légitimité des lois de la République. Pour étayer sa position, il a rappelé quelques textes de loi régissant l’activité syndicale et les conflits sociaux. «Le Camsa a appelé à un mouvement de grève cyclique de deux jours par semaine afin de défendre une plateforme de revendications et suite au refus par les ministères du Travail et de l’Intérieur d’octroyer une autorisation de tenir une assemblée générale constitutive afin de déposer un dossier complet en vue de l’obtention d’un agrément pour une organisation syndicale consacrée par la Loi n°90-14 du 2 juin 1990 relative aux modalités d’exercice du droit syndical modifiée et complétée par la loi n° 91-30 du 21 décembre 1991 et l’Ordonnance n° 96-12 du 10 juin 1996», lit-on dans le document. Il précise : «Fort par ses adhérents, le Camsa lance un mouvement de grève conformément à la réglementation clairement défini dans la loi n°90-02 du 6 février 1990 relative à la prévention et au règlement des conflits collectifs de travail et à l’exercice du droit de grève, modifiée et complétée par la loi n° 91-27 du 21 décembre 1991.»
Les rédacteurs du communiqué affirment avoir entamé les procédures légales pour créer un syndicat représentatif afin d’agir dans un cadre syndical, mais leur demande a été refusée. Ce qui est considéré, par eux, comme une violation des droits fondamentaux du travailleur. Pour trouver un terrain d’entente, ils ont déposé une demande d’audience au niveau du ministère de la Santé le 21 du mois en cours, mais demeurée sans réponse.
Poursuivant, les responsables du Camsa nient toute politisation de leur mouvement. «Nos revendications sont apolitiques, socioprofessionnelles et en rapport avec les conditions de travail», disent-ils. Ils ont également précisé qu’avant d’entamer leur grève, ils avaient d’abord déposé un préavis de grève comme l’exige la loi. L’organisation note aussi que ses adhérents ont respecté à la lettre leur engagement d’assurer un service minimum. Pour rassurer ses adhérents et sympathisants et les motiver à continuer, le Collectif autonome des médecins spécialistes algériens rappelle que le droit de grève est garanti à tous les travailleurs algériens même à ceux qui n’ont aucune affiliation syndicale. «Lorsqu’aucune organisation syndicale ne remplit les conditions prévues par la loi, la représentation des travailleurs salariés est assurée par des représentants élus directement par l’ensemble des travailleurs salariés pour les besoins de la négociation collective et la prévention et le règlement des conflits collectifs de travail», note la même source. Elle souligne qu’aucune sanction ne peut être prononcée contre les travailleurs en raison de leur participation à une grève régulièrement déclenchée dans les conditions prévues par la loi. Enfin, le collectif rappelle qu’aucune grève n’a été reconnue légale en Algérie. «Les droits s’arrachent par la force de l’union et la légitimité qui s’acquièrent dans le respect des principes de l’éthique et les valeurs démocratiques», conclut le Camsa.