Les médecins résidents ne comptent pas faire marche arrière et la radicalisation de leur mouvement risque de paralyser sérieusement les services de santé dans le pays.

Trois semaines après l’ouverture du dialogue avec le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, rien ne prédit le bout du tunnel dans ce bras de fer. Bien au contraire, tous les indices plaident en faveur du pourrissement. Dès aujourd’hui, les quelque 10 000 médecins résidents assurant la majorité des prestations entament une grève de trois jours. A l’exception du service minimum qu’ils assureront aux urgences et pour les gardes, les blouses blanches déserteront les services dans les hôpitaux, les EPS et les cliniques publiques. Et cela ne passera certainement pas sans faire de victimes qui, en premier et en dernier, demeurent les malades. Entre le gouvernement qui a fait quelques concessions sur le service civil notamment sans pour autant aller jusqu’à son abrogation définitive, comme réclamé par les médecins résidents, et le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), les citoyens se trouvent punis et ne savent plus pour quelle partie donner raison. Sur les réseaux sociaux, certains internautes n’ont pas manqué d’exprimer leur consternation. «Il faut trouver une autre forme de protestation pour ne pas nous pénaliser», écrit l’un d’entre eux. Pour un autre, «le gouvernement doit prendre en charge les doléances des résidents, car il s’agit là de la crème de l’élite algérienne», non sans plaider «pour l’ouverture de facultés de médecine dans les régions reculées du pays pour la formation de spécialistes». En tout cas, indépendamment de l’issue des négociations entre le Camra et les différents départements ministériels, notamment celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dont le premier responsable Tahar Hadjar a reçu hier en fin de journée, un groupe de représentants, les désagréments causés par cette grève cyclique qui entame son deuxième mois ne sont pas des moindres. Et il s’avère que c’est la grande partie des Algériens aux faibles revenus qui se trouve pénalisée.
Dès aujourd’hui et jusqu’à mercredi, les CHU et autres établissements de santé seront presque paralysés. Après avoir observé une grève de deux jours, le Camra a décidé d’augmenter la pression sur les autorités en allant vers 3 jours de débrayage, tout en brandissant la menace d’aller vers une grève illimitée à partir de la semaine prochaine «dans le cas où aucune réponse n’est reçue» concernant la plateforme de revendications déposée au ministère de la Santé. Outre la grève, les blouses blanches, qui ont déjà eu à prouver leur force de mobilisation, tiendront demain un sit-in national dont le lieu et l’heure n’ont, jusqu’à hier, pas été communiqués. Mais, tout porte à croire que c’est vers le CHU Mustapha-Pacha d’Alger que la marée des résidents va se déverser.
Outre la suppression du service civil dans sa forme actuelle ou à défaut la mise en place de mesures incitatives convaincantes, les médecins résidents qui protestent depuis le 14 novembre dernier, réclament l’amélioration des conditions de travail et de la formation, l’égalité du traitement pour les garçons, avec les autres catégories de travailleurs, concernant le service militaire, et le bénéfice des œuvres sociales versées dans le secteur de la santé. Dans le projet de loi sanitaire actuellement en étude au niveau de l’APN, le gouvernement est disposé à apporter certains correctifs au service civil. Mais, ça reste insuffisant aux yeux des résidents. Un dialogue de sourds s’installe !