Ce que l’on craignait, il y a quelques semaines, dans le mouvement des médecins, dentistes et pharmaciens résidents, est arrivé ! Les seules activités assurées dans les services d’urgences et durant la nuit seront arrêtées au début de la semaine prochaine. Les hôpitaux entrent ainsi dans le rouge et l’extrême gravité.

Le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) a tranché, hier, en approuvant la proposition ayant fait l’unanimité au sein de la base : l’arrêt des gardes. Sonnant «la mobilisation de tous les résidents», le Camra a appelé « à l’arrêt total et inconditionnel de l’activité de gardes d’urgences et dans les services sur le territoire national à partir du dimanche 29 avril ». Dans un communiqué rendu public, le Camra  revient sur les raisons qui ont mené à cette décision, décrivant un sentiment d’« injustice », de « déshonneur » et d’« amertume ». Ces mots résument, en effet, le stade atteint par ce mouvement qui dure depuis le 14 novembre 2017, sans que les autorités n’arrivent à convaincre par les propositions faites face aux revendications des blouses blanches. L’escalade des médecins résidents était annoncée. Les assemblées générales organisées par la base durant le weekend passé ont plaidé en faveur de l’arrêt des gardes. Dans certaines wilayas, à l’image d’Oran, de Tizi-Ouzou et de Constantine, la démarche est déjà appliquée. Elle est même avancée, puisque des rumeurs avaient couru qu’elle entrerait en vigueur à partir du 1er mai. Un changement qui intervient au lendemain de l’action de protestation dispersée et réprimée à Alger lundi dernier. Des dizaines d’arrestations ont été effectuées, alors que plusieurs blessés ont été enregistrés parmi les médecins résidents qui, encore une fois, ont pu braver l’interdit en organisant un rassemblement à la place Emir Abdelkader, avant qu’un groupe n’arrive à marcher jusqu’au siège de l’APN. L’intervention des forces de l’ordre et des services de sécurité en civil, quelques minutes après, a mis fin à l’action.

Les raisons d’une détermination  
La violence avec laquelle les grévistes ont été dispersés a été dénoncée. « Nous avons été violement embarqués dans les fourgons. Certains d’entre nous ont eu des blessures graves », affirme le Dr Mohamed Taïleb, membre du bureau national du Camra. Et d’ajouter : « Nous condamnons ces agissements », car a-t-il soutenu, « nous sommes des médecins. Non pas des voyous ! » Dans son communiqué, le Camra parle d’arrestations « arbitraires, sauvages et forcées dans des fourgons et bus, (de résidents) embarqués vers des destinations lointaines ».  D’où la détermination des grévistes à aller jusqu’au bout de leur mouvement pour arracher la satisfaction de leurs revendications. D’ailleurs, le retour à la protesta est désormais partagé par tous. Une action est « prévue pour la semaine prochaine », selon le Dr Taïleb et dont la date et le lieu restent à arrêter ultérieurement.

Une loi sanitaire « sur mesure »
Pour ce qui est de la démarche des résidents, il faut dire qu’arriver à décider d’arrêter les gardes de nuit et des services d’urgences est un pas très risqué. Les hôpitaux qui subissent déjà la pression depuis plus de cinq mois, seront, pour ainsi dire, incapables de recevoir les malades. Vu le nombre important de résidents qui assurent les gardes, comparativement aux médecins assistants, dont la majorité malheureusement gèrent la garde par téléphone avec le résident depuis leur domicile, les conséquences s’annoncent fâcheuses. Mais, jusqu’à présent, le ministère de la Santé s’en tient aux dernières propositions faites lors de la réunion du 17 avril, ignorant le rejet des médecins résidents déterminés à poursuivre le «combat». Les questions du service civil et du service militaire continuent d’être le facteur de blocage dans l’avancement des négociations. A travers l’arrêt des gardes, le Camra dénonce « le pourrissement voulu et pérenne à un mouvement de protestation légitime» et accuse le département de tutelle de «n’avoir pas pris la peine de trouver des solutions pourtant accessibles et réalisables». Jamais le secteur de la santé n’a connu une telle crise. Et de surcroît, au moment où le projet de nouvelle loi relative à la santé est en passe d’être adoptée à l’APN. Un texte «fait sur mesure pour détruire le système de santé et aggraver la prise en charge du malade déjà médiocre», estime le Camra. Un projet, ajoute le collectif, «discriminatoire envers le médecin», et avec une politique de couverture sanitaire «inéquitable, archaïque et inefficace», notamment par le maintien du «service civil obligatoire», et «les dispositions pénales injustes» contre le praticien.