La hausse continuelle des cas de Covid-19 battant record sur record de façon quasi-quotidienne ces dernières semaines alerte au plus haut point les professionnels de la santé qui, à leur tour, alertent la population qui «ne se soucie guère de la vie d’autrui». Avec l’approche de l’Aïd El Adha, les médecins en arrivent même à parler d’une éventuelle «flambée des cas» post-Aïd auquel on pourrait assister si les citoyens qui tiennent à accomplir le rituel de cette fête ne prennent pas les précautions nécessaires.

Depuis le début de cette semaine, les chiffres des cas confirmés ont franchi la barre des 600 cas par jour, de même que le nombre de décès a dépassé la barre de 10 cas par jour après s’être longtemps maintenu au-dessous, ainsi que le nombre de patients en réanimation qui, lui aussi, a augmenté. «Cette tendance haussière depuis deux ou trois semaines et cette phase plateau qui ne décroche pas avec une moyenne de 600 cas par jour cette semaine – même s’il y a une légère baisse elle est suivie d’une hausse -, en plus des 44 décès parmi le personnel soignant, est une preuve que le virus circule, qu’il est partout et que la situation est encore en pandémie active», a déclaré le Pr Ryadh Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus.
«Nous sommes tous devant un ennemi invisible. Parmi les patients que nous interrogeons, il n’y a personne qui est capable de définir à quel moment et dans quel endroit il a été infecté. Cela veut dire que le virus est silencieux, qu’il guette les citoyens et dès qu’il y a un manque de vigilance, il attaque», a-t-il ajouté sur un ton d’exaspération.
Pour lui, il n’y a qu’une seule solution qui s’offre, celle de la prévention. «Partant de cette situation où le virus est pratiquement partout et touche tous les citoyens dans toutes les wilayas, la seule solution est de se préserver et se protéger en observant les mesures prévention que tout le monde connait y compris les enfants», a-t-il souligné, avant d’insister sur «le port obligatoire du masque et l’application de façon rigoureuse des règles de distanciation physique et de lavage des mains».
Concernant la crainte post-Aïd El Adha et la possibilité d’assister à une flambée des cas de Covid-19 comme ce fut le cas après l’Aïd El Fitr, le Pr Mehyaoui a affirmé que «la responsabilité est civile et collective et individuelle». «C’est aux Algériens qui vont effectuer le rituel du sacrifice d’appliquer rigoureusement les règles préventives en évitant les regroupements et les visites familiales», a-t-il conclut.

«Il y a augmentation de la contagiosité du virus»
Abordant la hausse inquiétante des cas de coronavirus, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique et président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a attiré l’attention que l’Algérie ne fait pas exception et mais que la tendance haussière à laquelle on assiste est pratiquement la même dans beaucoup de pays. «Il faut relever qu’il y a une augmentation des cas de Covid-19 dans le monde. Il s’agit, en fait, d’une augmentation de la contagiosité du virus», a-t-il fait savoir, non sans noter que la hausse des cas en Algérie est due au relâchement d’une partie de la population qui «ne respecte pas les gestes barrières» et «refuse de se conformer au port du masque et à garder la distanciation physique indispensable» entre individus. Il y a aussi le dépistage qui est plus important qu’avant avec «plus d’une trentaine de stations à travers le territoire national qui effectuent maintenant les analyses» contre le seul laboratoire de l’Institut Pasteur au début de la pandémie. Dr Bekkat Berkani n’omet pas de souligner qu’«avec la hausse des cas, le problème qui se pose également est la saturation des services Covid au niveau des hôpitaux» sans oublier «l’épuisement du personnel médical et paramédical qui est au bord de l’épuisement médecins».

«Le virus est toujours actif, aux aguets»
En effet, la lutte depuis maintenant cinq mois contre le nouveau coronavirus a fait en sorte que le personnel sanitaire est «fatigué, épuisé et fait un burn out», estime, à son tour, le Pr Madjid Tabti, chef de service pédopsychiatrie à l’hôpital Mahfoud-Boucebsi. Nombreux sont les témoignages des médecins exerçant dans les services Covid qui l’ont d’ailleurs franchement fait savoir ces derniers temps. Un état d’épuisement physique et moral auquel sont venus se greffer d’autres aléas dont «les conditions de travail difficiles, notamment à cause de l’agressivité́ dont font montre certains malades ou de leurs accompagnateurs», comme l’a signalé une infectiologue de l’hôpital de Boufarik. Cela en plus du grand risque contamination au coronavirus. «Ce virus est très intelligent, quand il trouve que le médecin est dans un état de vulnérabilité (épuisement, manque de sommeil, baisse de vigilance, etc.), il l’attaque facilement», selon le Pr Tabti.
Il poursuit que «si on continue avec ce manque de conscience et de responsabilité de la partie insouciante qui vit comme si coronavirus n’existe pas, les conséquences ne peuvent être que dramatiques sur tous les plans», rappelant que «les médecins sont aussi des êtres humains qui ont leur vie, leurs familles» et dont «beaucoup ont perdu la vie dans leur lutte contre cette maladie et ont laissé leurs familles».
Il estime, en outre, à propos de ceux qui sont encore en vie, que «chaque jour est un rendez-vous raté avec la mort. Le virus est toujours actif, aux aguets et attaque au moindre relâchement». C’est pourquoi il lance un appel à la population d’«appliquer les mesures de prévention, notamment durant les jours de l’Aïd El Adha afin de ne pas revivre ce qu’on a vécu après l’Aïd El Fitr, à savoir une hausse vertigineuses des cas du nouveau coronavirus.