Au lendemain de l’offre du vice-ministre de la Défense, Gaïd Salah, appelant à l’amorce d’un dialogue responsable, le peuple a répondu, vendredi, par l’affirmative, posant comme seul préalable le départ des deux «B» restants. Noureddine Bedoui et Abdelkader Bensalah, en l’occurrence.

«Non aux élections de Bedoui et Bensalah», « Bensalah, Bedoui, faussaires d’élections. Dégagez ! », pouvait-on lire sur certaines pancartes écrites par les manifestants. Sur d’autres, plus clairement, «L’Armée propose le dialogue, le peuple tend la main», «Non au dialogue avec la îssaba, oui au dialogue avec des personnalités crédibles», «Les deux B, dégagez», «Non au dialogue avec les B »…. Pour ne citer que ces slogans, les manifestants, qui étaient, encore une fois, des centaines de milliers à battre le pavé dans tout le pays pour le 15e vendredi consécutif, ont réitéré leur revendication principale, à savoir le départ de Noureddine Bedoui et de Abdelkader Bensalah. Un préalable à l’amorce du dialogue auquel a appelé le chef d’état-major pour l’organisation de l’élection présidentielle dans les plus brefs délais. Mardi dernier, dans un discours prononcé à l’occasion de sa visite effectuée à la 6e Région militaire, le vice-ministre de la Défense a plaidé en faveur de l’organisation d’un dialogue pour mettre fin à l’impasse politique dans laquelle s’est embourbé le pays depuis maintenant plus de trois mois. Des personnalités et des partis politiques de l’opposition ont accueilli favorablement l’appel de Gaïd Salah, à l’image d’Ali Benflis qui a estimé que «par sa tonalité comme par son contenu, le discours prononcé à Tamanrasset par le chef d’état-major de l’ANP pose des jalons importants sur la voie de la recherche d’un règlement à la grave crise politique, institutionnelle et constitutionnelle que vit notre pays». Le MSP a, à son tour, salué l’appel au dialogue émis par le chef d’état-major, soulignant dans un communiqué, qu’il (le MSP) «n’a pas cessé et continue d’appeler à la nécessité de recourir aux mécanismes de dialogue pour résoudre les crises, surmonter les difficultés et parvenir à un consensus national le plus large». Le parti d’Abderrazak Makri, dans un communiqué, «salue et apprécie toute option sincère vers un dialogue large et inclusif, soutenu et parrainé par des institutions crédibles». Les quatre partis de l’Alliance, FLN, RND, TAJ et MPA ont également apporté leur soutien à l’offre de dialogue faite par le vice-ministre de la Défense. Ainsi, le dialogue politique figure désormais comme une alternative claire à l’élection prévue initialement le 4 juillet prochain. Sauf que, du point de vue technique, il serait peu probable de voir les partis de l’opposition ayant soutenu l’appel de Gaïd Salah s’attabler avec Abdelkader Bensalah et Noureddine Bedoui pour concrétiser l’offre de dialogue. C’est une option risquée, étant donné que ces deux personnages, issus du régime de Bouteflika, sont rejetés par le peuple qui, depuis 15 semaines déjà, réclame leur départ comme seul préalable à la mise en application des solutions de sortie de crise. Maintenant que la solution constitutionnelle suggérée par l’article 102 semble être dépassée, il est possible que l’un des deux « B », voire les deux, soit sacrifiés pour réunir les conditions d’une nouvelle élection. Ahmed Gaïd Salah a évoqué, dans son dernier discours, la nécessité de consentir des concessions réciproques dans l’intérêt du pays. «Un dialogue auquel les personnalités et les élites nationales, fidèles à la nation et à son intérêt suprême sacré, doivent participer. Un dialogue sincère et objectif lors duquel il sera question de l’évaluation des circonstances que vit le pays et de concessions réciproques pour le bien du pays. C’est ainsi que l’on outrepasse les divergences entre les différents avis, ou du moins on réduit les écarts entre les points de vue contradictoires et contrastés, sachant que rien ne s’élève au-dessus de l’intérêt de notre pays», a-t-il indiqué. Pour ainsi dire, si l’offre de dialogue suggérée par le vice-ministre de la Défense semble faire consensus, étant donné qu’elle constitue la solution politique posée comme seule alternative à la solution constitutionnelle, elle ne peut néanmoins être menée par les deux « B » rejetés par le peuple. n