A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, placée cette année sous le thème « Mettre fin aux inégalités, mettre fin au sida, mettre fin aux pandémies », avec comme slogan national « Sans préjugés, sans discrimination pour mettre fin au sida », le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a insisté, hier, sur « l’importance des services liés au VIH, tels l’accès au dépistage et au traitement y compris dans le contexte Covid-19, sans discrimination aucune ni stigmatisation, pour éliminer l’épidémie du sida en tant que menace de santé publique ».

Par Sihem Bounabi
En effet, à la veille de cette célébration, plusieurs associations d’aide aux malades atteints de VIH ont tiré la sonnette d’alarme sur la situation de plus en plus préoccupante des malades du sida, dont l’accès aux soins, ces deux dernières années, est devenu de plus en plus difficile, avec pour conséquences l’aggravation de leur état de santé physique et moral à cause de la propagation de la pandémie.
A ce sujet, le ministre de la Santé reconnaît que « la pandémie Covid-19 a perturbé les services de santé et menace les progrès accomplis au cours des 20 dernières années dans le domaine, aussi bien de la santé que du développement, y compris pour ce qui est des avancées dans la lutte contre le VIH ». Toutefois, il a affirmé que l’Algérie s’engage à atteindre l’objectif général de la Journée mondiale 2021, qui s’inscrit dans l’accélération de la riposte pour éliminer le sida d’ici l’an 2030, en mettant l’accent sur l’accès équitable aux soins et sur leur qualité, dans le respect du droit à la santé pour tous.
Il a ainsi rappelé à ce sujet la « volonté politique qui s’est traduite par une mobilisation totale du Gouvernement et de l’ensemble des intervenants, notamment la société civile, dans un cadre multisectoriel consacré par un décret exécutif du Premier ministre et appuyé par le maintien du recours à un financement conséquent avec plus de 95 % sur le seul budget de l’Etat. Permettant ainsi d’assurer un accès universel et gratuit pour toutes les prestations y compris le dépistage et le traitement ». Le ministre de la Santé a ajouté dans l’implication des pouvoirs publics dans la lutte contre la maladie du sida, que « l’Algérie s’est fixée des priorités pour l’accélération de la riposte au sida, en particulier, au sein des groupes les plus vulnérables au risque du VIH, l’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, le renforcement des activités de prévention, le dépistage, le traitement, les soins et l’accompagnement avec l’appui de la société civile.
Il a également ajouté que son département a actualisé le guide de prise en charge thérapeutique en inscrivant le Dolutégravir (DTG) en première ligne thérapeutique. Ceci permettra de traiter environ 80% des personnes vivant avec le VIH avec le DTG et réduire la facture annuelle des traitements antirétroviraux.

1 700 nouvelles infections au VIH et 150 morts en 2020
Toutefois, il est à souligner que malgré la volonté politique exprimée par l’Algérie pour l’accompagnement et la prise en charge efficaces des personnes atteintes par le VIH, ainsi que les différentes campagnes de sensibilisation pour se protéger, les associations et l’Onusida Algérie lancent un appel d’urgence afin d’alerter sur la réalité des malades algériens, dont la situation se détériore jour après jour à cause de la discrimination et de la marginalisation accentuée par la pandémie de la Covid-19.
Adel Zeddam, directeur de l’Onusida Algérie, a affirmé, hier, à nos confrères d’El Moudjahid, la hausse du nombre de malades sida en Algérie, en précisant que l’année 2020 a été marquée par l’enregistrement d’au moins 1 700 nouvelles infections et 150 décès. Il a également précisé que 90% des nouvelles infections concernent les personnes âgées entre 27 et 49 ans.
Selon Adel Zeddam, cette augmentation de cas serait engendrée par le manque d’accès au dépistage et aux comportements à risque, d’où la nécessité de multiplier les campagnes de sensibilisation et d’information, car la maladie du sida et les moyens de s’en protéger sont toujours tabous dans notre société.
Une maladie rejetée par la société algérienne qui marginalise les malades infectés par le VIH et dont le chiffre s’élève à environ 18 400 cas de sida depuis son apparition en Algérie, même si les chiffres sont loin de la réalité, selon les associations.
Le directeur d’Onusida Algérie déplore ainsi la discrimination de ces malades dans la société et en milieu de soins.
Une discrimination qui s’est encore aggravée avec le contexte de la pandémie qui a eu des « répercussions catastrophiques » sur les malades du sida, d’autant plus que la majorité des services de soins ont été transformés en unité Covid. Une situation que dénonce la société civile qui a affirmé que « 70% de ces personnes ont été prises en charge à domicile pendant la pandémie de Coronavirus, en raison de la difficulté de déplacement et de leurs souffrances de problèmes socio-psychologiques ».
Le président de l’association Solidarité AIDS, Hacène Bounefissa, a expliqué à l’APS que les personnes infectées par ce virus ont souffert pendant la pandémie de Coronavirus plus que les autres patients, en raison de la difficulté de leur déplacement vers certains hôpitaux spécialisés pour leur fournir les médicaments nécessaires, ce qui a affecté leur santé. L’autre constat amer est la détérioration de l’état de santé des personnes infectées depuis l’émergence de la pandémie de la Covid-19, il leur était impossible «de se déplacer vers les hôpitaux qui leur fournissent des médicaments, ni vers les 56 centres de dépistage à travers le pays ».
Il se désole également que « le ministère ait abandonné son plan de dépistage précoce et même la fourniture de médicaments aux personnes infectées ».