L’exigence de liberté marque de plus en plus les manifestations de rue que connaît le pays depuis plus de quatre mois, dans un mouvement populaire inédit qui réclame le changement du système en place.

Vecteur de toutes les revendications sociales et politiques, les libertés occupent plus que jamais une place considérable dans la dynamique populaire et dans toutes les actions menées par différentes catégories socio-professionnelles.
Que ce soit par des étudiants, fidèles à leur rendez-vous du mardi, ou par d’autres segments de la société, la question des libertés, publiques et privées, a été portée par les manifestants dans toutes les actions publiques observées en dépit d’un raidissement progressif du pouvoir. En cours de parcours, cette revendication tend à gagner en intensité face aux mesures de coercition et de répression auxquelles ont eu recours les autorités dans l’objectif de freiner la mobilisation populaire.
La série d’arrestations enregistrées, aussi bien de personnalités politiques connues, telle la porte-parole du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, en détention provisoire depuis le 9 mai, ou de simples citoyens arrêtés pour divers « griefs », n’a fait que renforcer cette exigence de liberté et l’élan de solidarité qui s’exprimait envers les personnes victimes d’abus. Cette revendication de liberté a été accompagnée par le lancement de plusieurs collectifs pour exiger la libération des détenus d’opinion, à l’image du comité de soutien pour la libération de Mme Hanoune initié par le bureau politique du PT avec le concours de personnalités politiques, syndicats, journalistes ainsi que des représentants de la société civile. Dans le sillage, le PT a dénoncé « une vague d’atteintes aux libertés démocratiques et particulièrement le droit des citoyens de manifester». Un réseau de lutte contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques a également vu le jour depuis juin, à l’initiative de militants politiques, d’avocats et d’acteurs associatifs.
Le réseau s’est ainsi fixé les missions de «recenser tous les cas de répression et d’atteinte à l’exercice de tous les droits et libertés démocratiques et d’en informer, par tous les moyens, l’opinion, de lutter en synergie avec les comités existants, les activistes et blogueurs défendant les mêmes objectifs, pour la libération des emprisonnés politiques, d’opinion et défenseurs des droits humains». Dans le même contexte, la série d’arrestations de manifestants «coupables» d’avoir exhibé l’emblème amazigh aux côtés du drapeau national a galvanisé la mobilisation citoyenne pour le changement. La condamnation de ces manifestants a soulevé un tollé d’indignation au sein de la société civile, notamment auprès des avocats qui ont pris à bras le corps la défense des manifestants. C’est ainsi que le recours à la répression et aux contrôles policiers a eu l’effet boomerang dans le sens où plus sont enregistrés des cas d’arrestations, plus les manifestants tiennent à leur liberté d’action.
Dans le même contexte, les partis politiques réunis au sein du « collectif des forces de l’alternative démocratique » et signataires du pacte politique pour une véritable transition démocratique ne sont pas moins soucieux de la question des libertés. D’où leurs appels réitérés à «la libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus politiques et d’opinion » et à la « levée de toutes les entraves à l’exercice du droit de manifester et de circuler sur tout le territoire national».<