La plus prestigieuse des cérémonies cinématographiques dans le monde, organisée en plein cœur d’Hollywood, au Dolby Theaterde Los Angeles, sera certainement suivie, comme de coutume, par des millions de téléspectateurs, ce lundi à 1 heure du matin GMT, soit 17H heures locales, pour découvrir les lauréats désignés depuis longtemps par les quelque 8 500 membres de l’Académie des arts et sciences du cinéma, appelés à voter cette année.

Au-delà du palmarès 2020, le mécanisme du vote pour les plus prestigieux prix du cinéma et comment sont désignés les électeurs sont souvent sujet d‘interrogations rapidement occultées par les paillettes et le défilé des stars sur le tapis rouge.
Tout d’abord, il faut savoir que tous les électeurs des Oscars sont membres de l’Académie des arts et des sciences du cinéma située à Los Angeles. Ils doivent être des professionnels « accomplis » du cinéma, issus d’une des 17 branches de l’industrie (acteurs, coiffeurs, costumiers, monteurs, producteurs, réalisateurs, scénaristes, etc.). Tous les candidats doivent être cooptés par au moins deux membres de l’Académie, à l’exception des nommés et lauréats aux Oscars qui, eux, peuvent postuler directement.
Ensuite, après étude de leur dossier, la décision finale revient au Conseil des gouverneurs de l’Académie. Les membres de l’Académie ont longtemps bénéficié d’un droit de vote « à vie » mais depuis 2016, il a été limité à une période de dix ans renouvelable, pour éviter que des électeurs qui ont quitté l’industrie du cinéma depuis trop longtemps ne puissent continuer à voter.
L’Académie est longtemps restée discrète sur la liste des électeurs, même si rien n’empêche ces privilégiés de le faire savoir. En 2016, après plusieurs années de critiques cinglantes sur la composition de ses membres ne reflétant pas la diversité de la société, elle avait indiqué à l’AFP que ses 6 000 membres de l’époque étaient à 93% blancs et à 76% des hommes. Leur âge médian était de 63 ans. La même année, l’Académie avait annoncé un doublement des femmes et de membres issus de minorités ethniques d’ici 2020 pour insuffler du sang neuf dans ses effectifs. En 2019, la moitié des nouvelles recrues étaient des femmes. Au total, l’Académie restait tout de même masculine à 68% et blanche à 84%.
La plupart des nommés sont choisis par les membres de leur branche professionnelle, les acteurs votent pour les acteurs, les réalisateurs pour les réalisateurs, etc. Certaines catégories, comme celles du meilleur film en langue étrangère ou des films d’animation, font l’objet d’un comité spécial. Tous les membres de toutes les branches peuvent en revanche participer au scrutin pour désigner le meilleur film de l’année. Contrairement aux nominations, tous les électeurs peuvent participer au vote pour désigner les vainqueurs, quelle que soit leur branche professionnelle. Dans 23 des 24 catégories, celui qui obtient le plus de voix l’emporte.
Le « meilleur film », la récompense phare des Oscars, fait exception. Depuis 2009, cette catégorie est régie par un étrange et complexe mode de scrutin « préférentiel » à plusieurs tours. Chaque votant doit classer par ordre de préférence les films en lice (neuf cette année) mais, à moins d’obtenir d’emblée la majorité absolue, ce n’est pas l’œuvre qui recueille le plus grand nombre de première position qui gagne automatiquement. A chaque tour, le film ayant été classé le moins souvent en première position est éliminé et les voix qui lui étaient allouées sont réattribuées aux films restants.

«Oscar» légende et business
A propos de la statuette convoitée par les professionnels du cinéma du monde entier, selon la célèbre légende d’Hollywood, le trophée remis par l’Académie des arts et des sciences du cinéma tient son surnom de sa bibliothécaire Margaret Herrick.
Après avoir vu la statuette pour la première fois, elle lui aurait étrangement rappelé son oncle Oscar par son air « austère ». Mais la légende la moins connue est celle de Bette Davis qui aurait elle aussi revendiqué la maternité du surnom, affirmant que le trophée, vu de dos, lui rappelait son premier mari, le musicien Harmon Oscar Nelson Jr, sortant de la douche… quelle qu’en soit l’origine, c’est en 1939 que l’Académie a officiellement baptisé son prix « Oscar ».
La statuette des Oscars est faite de bronze massif plaqué d’or 24 carats. Elle mesure 34 centimètres de haut et pèse environ 3,8 kg. Au total, plus de 3 140 trophées dorés ont été remis aux gagnants depuis 1929. La statuette représente un chevalier stylisé tenant une épée, debout sur une bobine de film dont les cinq branches font référence aux cinq corps de métiers que regroupait l’Académie à ses débuts : acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens et scénaristes. Son coût est estimé à environ 400 dollars par le site financier Wallet Hub.
C’est Meryl Streep qui détient le record du plus grand nombre de nominations chez les comédiens, avec 21 sélections au total. Chez les hommes, c’est Jack Nicholson, avec 12 nominations. Ils ont chacun reçu deux Oscars pour un rôle principal et un autre pour un second rôle. Le champion toutes catégories des Oscars reste Walt Disney, avec 22 récompenses reçues, sans compter quatre « Oscars d’honneur ». Chez les acteurs, la détentrice du record est Katharine Hepburn, avec 4 Oscars. Mais Daniel Day-Lewis reste à ce jour le seul de la profession à avoir reçu trois statuettes pour un rôle principal.

130 millions de dollars de retombées pour Los Angeles
Quant au coût global de la cérémonie des Oscars, il est évalué à 44 millions de dollars par le site financier Wallet Hub, dont 24 700 dollars pour le seul tapis rouge. D’une surface totale de plus de 1 500 m2, ce tapis nécessite 900 heures de travail et une équipe de 18 personnes pour son installation.
Il sera pour une partie recyclé, pour l’autre donné à une association humanitaire. Dans la grande salle de bal du Dolby Theater d’Hollywood, plus de 6 km de câbles électriques et 2 km de shantung (soie sauvage) vont être déroulés pour les besoins de la soirée de gala, qui nécessitera également 32 000 agrafes, 12 000 fleurs et plus de 55 litres de peinture. L’industrie du cinéma dépense plus de 100 millions de dollars chaque année pour faire la promotion des films en lice aux Oscars. En effet, cela garantit une augmentation des recettes moyennes de 15 millions de dollars pour l’Oscar du meilleur film, la récompense phare, et un cachet gonflé en moyenne de 20% pour le prochain film du meilleur acteur et de la meilleure actrice. Le grand gagnant reste tout de même la ville de Los Angeles, avec quelque 130 millions de dollars de retombées économiques.
Pour conclure, il est à noter que la sélection des Oscars 2020 a une nouvelle fois été critiquée pour avoir négligé la diversité culturelle et ethnique, un reproche récurrent. Hormis la Britannique Cynthia Erivo pour « Harriet », tous les acteurs et actrices en lice cette année sont blancs et aucune femme n’a été retenue chez les réalisateurs. L’Académie des Oscars a toutefois mis en avant le fait que les femmes n’ont jamais été aussi présentes dans les nominations, 65 sur 209 candidats au total.
Peut-être pour faire oublier la polémique, la soirée des Oscars, produite par deux femmes, a choisi un grand nombre de vedettes internationales d’origines diverses afin de remettre les prix, parmi lesquelles l’Espagnole Penelope Cruz, la Mexicaine Sa ma Hayek et l’Israélienne Gal Gadot.