Le deuxième Conseil des ministres d’Abdelmadjid Tebboune a donné la part belle aux questions économiques avec, au menu, les perspective de relance des filières industrielles et la reprise en main du dossier de la régulation du commerce extérieur. D’autres questions, non moins importantes, à l’image du soutien au secteur agricole, à la santé publique, aux start-up, au logement ont été également traitées. Ainsi, après les promesses de campagne, Abdelmadjid Tebboune charge son gouvernement de les traduire sur le terrain et fait désormais entrer l’Exécutif dans le vif du sujet.

Œuvrer à la construction d’une nouvelle Algérie en veillant à la prise en charge des préoccupations citoyennes pour rétablir la confiance entre le citoyen et l’Etat est au centre des orientations du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a instruit le gouvernement dans ce sens. Les instructions données lors du deuxième Conseil des ministres, tenu avant-hier, vont dans le sens de l’amélioration des conditions de vie de la population par la mise en œuvre d’un plan d’action rigoureux touchant à tous les secteurs.
Dès le début de la séance, le Président a insisté sur la nécessité de garantir une vie décente aux citoyens, affirmant que «l’Algérie est au début d’un processus qui devra conduire à une refondation de l’Etat et de ses institutions sur des bases saines, et à un redressement économique, social et culturel qui garantira une vie décente pour chaque algérien dans un climat de paix et de sérénité». C’est pourquoi, a-t-il dit, il est essentiel, pour la crédibilité de l’Etat et des institutions publiques, que les engagements pris soient honorés, car c’est la condition sine qua non du rétablissement du lien de confiance entre l’Etat et le citoyen.
C’est ainsi que le gouvernement a été exhorté à accélérer l’élaboration du Plan d’action, dont les bilans et perspectives de relance des secteurs à l’ordre du jour de ce Conseil des ministres ont été largement abordés. Après le secteur de l’industrie et des mines qui a eu la part du lion (voir article ci-contre), c’est celui de l’agriculture qui a été disséqué vu que c’est un secteur vital, notamment dans la sécurité alimentaire du pays. Après les instructions et orientations touchant, entre autres, au règlement des problèmes du foncier, de l’irrigation, à l’intégration agro-industrielle, à la production laitière et de viandes en limitant les importations pour encourager la production locale, une place de choix a été accordée à l’agriculture saharienne. Ce qui va dans le sens des engagements de M. Tebboune lors de sa campagne électorale. C’est ainsi qu’il a préconisé des mesures pour la mise en valeur de l’agriculture saharienne qui revêt un grand potentiel, en donnant instruction pour la création d’un institut de l’agriculture saharienne au Sud qui aura pour mission «la formation et l’encadrement dans ce type d’agriculture», comme il a mis l’accent sur l’impératif de «libérer le secteur de l’agriculture des entraves bureaucratiques».
Vers la création d’une banque du logement
Pour le secteur de l’habitat, un objectif de résoudre définitivement le problème du logement a été tracé, en ciblant en priorité les ménages à faibles revenus, tout en mettant en œuvre une véritable politique d’urbanisme, tenant compte des normes architecturales et préservant le patrimoine. Le plan d’action présenté par le ministre prévoit, entre autres, la réalisation d’un programme de un million de logements pour 2020-2024, en recourant le plus possible aux «moyens d’études et de réalisation nationaux» et à «la numérisation des procédures». Au-delà du respect des délais de réalisation, le Président a souligné que «tout nouveau programme de construction de logements doit prendre en compte les contraintes de financement», mais sans que cela puisse affecter «la qualité, les aspects architecturaux et de l’aménagement urbain». L’accent a été mis sur le droit du citoyen à un logement décent et sur la lutte contre l’habitat précaire par l’éradication des bidonvilles à travers la prise de mesures empêchant leur réapparition, outre des sanctions à l’encontre des contrevenants. Les ministres de l’Intérieur et de l’Habitat doivent, dans ce cadre, mettre en place un mécanisme pour «le suivi de cette question et la lutte contre les cas de connivence en la matière». Pour ce secteur fort important et afin de pouvoir réaliser les programmes en vue, M. Tebboune a donné instruction pour la création d’une banque du logement.
Le secteur de la Santé a également occupé une bonne partie lors du Conseil des ministres, en tenant compte de l’ensemble des carences constatées. C’est ainsi que la prévention a été préconisée notamment dans «le dépistage précoce des maladies gériatriques, chroniques et des cancers», ainsi que «la réflexion sérieuse sur la problématique du service civil et de mesures incitatives, en accordant la priorité à la formation des médecins du Sud pour pallier définitivement au manque de spécialistes dans cette région». Une rupture avec les pratiques du passé et l’adoption d’un plan d’urgence axé sur deux priorités, à savoir la prise en charge dans les services d’urgence et la prise en charge des femmes enceintes ont également été au centre des préoccupations, en plus d’une réorganisation du secteur et la prise de mesures pratiques pour la formation des médecins urgentistes et des paramédicaux. De même que l’accélération de la réalisation d’un hôpital de 700 lits à Alger pour alléger la pression sur les autres établissements, en sus de la numérisation du secteur pour améliorer les prestations et de la protection du personnel médical contre les violences à leur égard.
Le Président a donné, également, des instructions pour d’autres secteurs, dont le commerce pour lequel il a appelé à la mise en place d’un guide statistique et à la rationalisation des importations, en soulignant que «l’importation doit être un complément à l’économie nationale et non une alternative» et en ordonnant la lutte contre la surfacturation. Pour le secteur de la microentreprise, des start-up et de l’économie de la connaissance, il a donné instruction pour la création d’un Fonds spécial ou une banque destinée au financement des start-up et des PME, ainsi que l’organisation d’assises nationales avec la participation des compétences nationales, à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Hiérarchiser les priorités en fonction des disponibilités financières
Toutes les réalisations prévues requièrent une mobilisation importante des ressources financières, c’est pourquoi M. Tebboune a insisté sur «l’impératif de hiérarchiser les priorités en fonction de nos capacités financières et matérielles en établissant un calendrier précis de mise en œuvre».
Sur un autre plan, et comme il l’avait promis, M. Tebboune commence déjà à se départir de certaines prérogatives qui étaient du ressort du président de la République. Il a décidé de transférer le pouvoir de nomination d’un certain nombre de cadres de l’Etat à son Premier ministre. D’autres instructions ont été données pour lutter contre le gaspillage, notamment du pain (estimé à près de 350 millions de dollars par an), et pour solutionner la problématique de la congestion routière dans la capitale.<