La tension et l’enjeu auront été plus forts que le fair-play et les vertus que le sport est censé véhiculer. Encore une fois, la violence a frappé en marge du derby de l’Est entre le
CA Bordj Bou Arréridj et l’ES Sétif. Un duel comptant pour les ¼ de finale « aller » de Coupe d’Algérie soldé par un score de parité (1/1). Les scènes dans et aux alentours du stade 20 août 1955, pendant et après la rencontre, étaient consternantes.

On n’ose même pas imaginer ce qui se serait passé si Al-Ghorbal n’avait pas égalisé dans les ultimes secondes de la partie ! A l’ouverture du score de Malick Touré pour les Sétifiens, on sentait déjà le soufre. Des projectiles et des fumigènes fusaient des gradins du côté de la galerie bordjienne qui n’a pas trop aimé voir son équipe être menée au score. Le supporter algérien n’aime pas vraiment la défaite et ne respecte jamais le verdict de la pelouse. Il peut user de tous les moyens pour déstabiliser l’adversaire. Quitte à mettre son intégrité physique en danger. D’ailleurs, on signalera qu’après le coup de sifflet final, les joueurs de l’Entente ont éprouvé toutes les peines du monde à quitter le terrain car cibles de jets de pierres et de tout ce qui pouvait servir pour lapider. Un comportement préhistorique.
Djaber Zeghlache, le président du directoire du « Wifak », a estimé que « ce qui s’est passé en dehors du terrain est déplorable et condamnable. Nous sommes vraiment désolés, d’autant qu’on a enregistré des blessés parmi nos supporters et les agents de l’ordre, cela n’a rien à voir avec le sport et le football.» En effet, certains des inconditionnels ont dû pénétrer sur la pelouse pour fuir le lynchage dont ils ont fait objet par les pseudo-supporters du CABBA. La cabale s’est poursuivie en dehors de l’antre des « Tigres du Bibans ».
Un dispositif sécuritaire dépassé
Le comportement sauvage a atteint son paroxysme avec de la vandalisation pure et simple. Quand ce ne sont pas les corps qui sont ciblés, ce sont les voitures qui portent le matricule 19. Une dizaine de véhicules a été saccagés, renversés. Certains ont été brûlés. Le tout sans intervention des forces de sécurité beaucoup peu nombreuses pour une rencontre de cette envergure. L’on s’interroge donc sur la fiabilité du dispositif sécuritaire consacré pour ce rendez-vous. Surtout quand on sait les rapports tendus entre les supporters des deux teams. Par ailleurs, on condamnera vivement les propos frénétiques qu’Anis Benhamadi, président des « Criquets Jaunes », avaient adoptés pour lancer la rencontre : « la Coupe d’Algérie n’ira nulle part ailleurs qu’à Bordj Bou Arréridj coûte que coûte ». En décrypté, on pouvait deviner que basculer dans l’antisportif devenait envisageable. C’est ce qui s’est passé. Sauf qu’on ne peut pas s’imposer par la force et la délinquance dans le sport. Et, malheureusement, cette approche est souvent privilégiée par les team receveurs. Surtout dans un match à enjeu.
Le message responsable de Zeghlache
Aussi, ce qui a laissé libre-cours à la violence est le fait que la rencontre « retour », programmée pour le 21 mars prochain, se jouera sans public. Pour rappel, les autorités ont décrété le huis clos pour toutes les manifestations sportives jusqu’au 31 du mois en cours.
Le risque de représailles était de zéro et certains ont préféré se déchaîner et refouler leur frustration en s’en prenant à leurs compatriotes dont le seul tort était d’être partis assister à un match de foot chez leurs voisins. Le football souffre toujours de cette bête sauvage qui vient bafouer les valeurs et l’éthique. Côté ententiste, l’heure était néanmoins à calmer les esprits avant la seconde manche au stade 8 mai 1945 : « Nous sommes convaincus d’arracher la qualification au match retour, mais pas dans ces conditions, car cela ne ressemble pas à l’Entente. Nous allons tout faire pour que le match retour se déroule dans un fair-play total, car nous avons confiance en nos supporters, et nous allons faire la différence sur le terrain », a lâché Zeghlache certainement pas au courant que l’acte II se jouera sans public. Mais bon, la bonne intention était déjà là. C’est le type de discours à prôner.<