Par Feriel Nourine
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires de l’Opep+ ont décidé, hier, de maintenir le rythme d’augmentation de leur production de brut d’ici juillet, sans donner d’indications pour les mois suivants ni discuter du retour du pétrole iranien sur le marché. L’organisation «a confirmé la décision prise» lors du sommet précédent concernant les «ajustements de la production pour le mois de juillet, compte tenu des fondamentaux du marché observés», a annoncé l’organisation pétrolière dans un communiqué publié à l’issue d’un sommet ministériel qui n’aura duré qu’une demi-heure à peine.
Ainsi donc l’Opep+ a décidé de continuer à faire valoir la prudence qui a escorté son retour progressif à la production d’avant l’accord conclu en avril 2020 portant sur une réduction conséquente de 1,7 million de barils par jour. Une prudence qui a assurément fait ses preuves sur le marché, après que l’accord historique ayant permis de faire remonter le baril du fond du puits dans lequel il avait été plongé par la situation sanitaire mondiale. S’en est suivi un retour à la hausse progressive des quotas de l’Opep et ses alliés, alors que les signes d’une reprise de la demande mondiale pointent à l’horizon.
Cependant, et en dépit de l’embellie relative qui caractérise le marché pétrolier depuis plusieurs mois, rapprochant les cours de leurs niveaux d’avant l’avènement de la pandémie, le même code de conduite a été maintenu dans la démarche de l’Opep+, d’autant que le marché reste fragilisé par la crise sanitaire.
En effet, si cette reprise est attendue en Europe et aux Etats-Unis, incitant l’alliance à ouvrir davantage ses vannes et à renforcer les quotas de ses membres pour les mois à venir, la situation est tout autre dans certaines autres régions. Notamment en Inde, troisième gros consommateur de brut, frappée par une vague pandémique accélérée par le nouveau variant, et poussant l’Arabie saoudite à redoubler de prudence dans le statut de chef de file du cartel et l’un des principaux fournisseurs de l’ogre industriel indien.
A l’inverse de ce qui s’était produit lors des réunions précédentes, les tensions annoncées pour le round d’hier entre l’Arabie saoudite et la Russie n’ont pas eu lieu hier. Le retour probable de la production iranienne n’a également pas été évoqué au cours des échanges, a indiqué le ministre saoudien lors d’une conférence de presse tenue à l’issue du sommet.
Alors que les négociations étaient entamées par les membres de l’alliance, le mouvement haussier des cours du brut ne s’arrêtait pas, retrouvant même des niveaux inobservés depuis plus de deux années et demie. A la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 70,95 dollars à Londres, en hausse de 2,35% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour le mois de juillet s’appréciait de 3,17% à 68,42 dollars sur le marché newyorkais. Un peu plus tôt dans la séance, les deux références avaient atteint 71,18 dollars et 68,69 dollars, des prix respectivement plus vus depuis le 8 mars de cette année et le 23 octobre 2018.
Les cours du brut progressent «car le marché est de plus en plus convaincu que la demande est bientôt sortie du tunnel», a expliqué Louise Dickson, analyste de Rystad, après près d’un an et demi d’une pandémie de la Covid-19 désastreuse pour les producteurs d’or noir. La reprise est même là, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui a relevé lundi ses prévisions de croissance mondiale pour 2021 et 2022.
Après une récession historique en 2020, qui a vu l’activité économique mondiale se contracter de 3,5%, l’OCDE prévoit une hausse du PIB de 5,8% en 2021, «le taux le plus élevé depuis 1973», a précisé l’économiste en chef de l’institution, Laurence Boone, lors d’une conférence de presse. «A cet enthousiasme s’ajoute le fait que l’Opep+ devrait laisser sa politique inchangée», a ajouté Mme Dickson. <