Une guerre de nature « horrible », a déclaré avant-hier samedi l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie. Geir Pedersen s’est exprimé avant-hier samedi alors que la guerre – ou les guerres – en Syrie entrent dans leur dixième année. Bilan : au moins 384.0000 dont plus de 116.000 civils et des millions de déplacés et d’exilés depuis que le conflit a été déclenché en mars 2011.

Résultat : un régime autocratique et ultraviolent toujours en place et un pays devenu terrain de jeu de puissances et d’acteurs internationaux de tous bords. C’est à Deraâ (sud) que l’étincelle de la révolte est partie, en mars 2011:des adolescents, inspirés par le Printemps arabe en Tunisie et en Egypte, avaient écrit sur les murs de leur école des slogans anti-Assad. Les manifestations ont gagné les grandes villes. Avec la répression sanglante, des factions rebelles sont apparues. Le conflit s’est encore complexifié avec la montée en puissance des djihadistes, notamment du groupe Etat islamique (EI). La guerre a provoqué l’exode de plus de 11 millions de personnes, déplacés et réfugiés, se pressant parfois aux portes de l’Europe. « Les violations des droits humains, les crimes, les destructions et le dénuement ont atteint une échelle monumentale », s’est ému samedi M. Pedersen. Non seulement toutes les initiatives diplomatiques visant à mettre un terme à la guerre ont échoué, mais aujourd’hui pas moins de cinq armées étrangères interviennent d’une façon ou d’une autre en Syrie. Les troupes iraniennes et russes sont venues à l’aide du régime, un temps très affaibli. Les troupes américaines, stationnées dans le nord-est où les Kurdes jouissent d’une semi-autonomie, ont activement participé à la lutte anti-EI, mais veulent aussi enrayer l’influence iranienne. Au même titre qu’Israël, qui mène régulièrement des frappes contre des positions du régime, de l’Iran ou du Hezbollah libanais. La Turquie voisine, qui soutient des groupes armés rebelles et qui se trouve confrontée à la Russie, allié stratégique de Damas, a déployé des soldats dans le nord du pays, voulant, entre autres, éviter un nouvel afflux de réfugiés.

Les écoles et les hôpitaux ciblés
La guerre a laminé les infrastructures du pays, entraînant des destructions estimées à quelque 400 milliards de dollars. Plus de la moitié des installations médicales ne sont pas fonctionnelles, deux écoles sur cinq ne peuvent pas être utilisées, les prix des produits de base ont été multipliés par vingt, selon l’Agence de l’ONU pour l’enfance(Unicef). « Notre message est clair: arrêtez de frapper les écoles et les hôpitaux. Arrêtez de tuer et de mutiler les enfants », a asséné l’organisation. Près de cinq millions d’enfants syriens sont nés durant la guerre et un million d’autres en exil, a-t-elle indiqué dimanche. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a souligné vendredi la nécessité
« d’aider la population à soigner les séquelles physiques et psychologiques de tant d’années de souffrance ». Au prix de bombardements dévastateurs, et grâce au soutien des alliés russe et iranien, le régime de Bachar al-Assad a enchaîné les reconquêtes de régions tombées sous contrôle des insurgés. A ce jour, il est parvenu à reprendre plus de 70% du pays. Le principal front actuel de la guerre est la région d’Idleb, ultime grand bastion djihadiste et rebelle dans le nord-ouest, qui bénéficie depuis le 6 mars d’une trêve précaire, après plusieurs mois d’une offensive du régime. Prévue par cette trêve, une « première patrouille conjointe russo-turque » s’est tenue hier dimanche sur un tronçon de l’autoroute M4 à Idleb, ont indiqué les ministères de la Défense des deux pays. « L’itinéraire » de la patrouille a été « raccourci » en raison de « provocations », a fustigé Moscou, accordant un délai supplémentaire à la Turquie, pour « garantir la sécurité des patrouilles ». Quelque 200 personnes se sont rassemblées sur l’autoroute, où des pneus ont été brûlés et des branches d’arbres empilées en vue d’empêcher le passage des blindés, selon un correspondant de l’AFP sur la M4 –qui relie Alep (nord) à Lattaquié (ouest). Cette manifestation s’est tenue au sud de la localité d’Al-Nayrab, à environ 5 km du village de Tronba, d’où est partie la patrouille selon des agences de presse russes. Récemment, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a déploré « une décennie de combats qui n’a apporté que des ruines et la misère ». « Les civils paient le plus lourd tribut », a-t-il regretté.

Cinq millions d’enfants nés durant la guerre, un million nés réfugiés
Près de cinq millions d’enfants syriens sont nés durant la guerre et un million d’autres en exil, alors que la Syrie est en proie depuis neuf ans à une révolte qui s’est rapidement transformée en guerre civile, a annoncé dimanche l’Unicef. Les enfants payent un lourd tribut dans ce conflit, dans lequel interviennent de nombreux Etats et forces locales ou régionales, affirme dans un communiqué l’agence de l’ONU en charge de la protection des droits de l’enfant. Cette dernière a réalisé un décompte spécifique aux enfants de 2014 à 2019. Durant cette période, «5.427 enfants ont été tués», soit «un mort toutes les dix heures», et «1.639 ont été blessés du fait de la guerre». «Environ 5.000 enfants ont été enrôlés pour combattre», certains âgés «d’à peine sept ans», poursuit l’agence, soulignant par ailleurs qu’un millier d’infrastructures médicales ou scolaires ont été attaquées. «Le conflit entre dans sa dixième année et des millions d’enfants entrent dans leur deuxième décennie de vie dans la guerre, la violence, la mort et l’exode», dénonce la directrice exécutive de l’Unicef, Henrietta Fore, tout juste de retour de Syrie. «Des familles nous ont dit que, dans certains cas extrêmes, elles n’avaient pas eu d’autre choix que d’envoyer leurs enfants travailler ou de marier leurs filles très jeunes», ajoute Ted Chaiban, directeur régional de l’agence. «Aucun parent ne devrait être forcé à ce genre de choix.» Au moins 384.000 personnes, dont plus de 116.000 civils, ont péri dans le conflit, déclenché en mars 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). L’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a déploré la durée et la nature «horrible» du conflit, «preuve d’un échec collectif de la diplomatie», à la veille du
9e anniversaire de la guerre. Au prix de bombardements dévastateurs, et grâce au soutien des alliés russe et iranien, le régime de Bachar al-Assad a reconquis de nombreuses régions sous contrôle des insurgés. A ce jour, il a repris plus de 70% du pays. Le principal front de la guerre est aujourd’hui la région d’Idleb, ultime grand bastion djihadiste et rebelle dans le nord-ouest, qui connaît depuis le 6 mars une trêve précaire, après plusieurs mois d’offensive du régime.