Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, persiste et signe : il n’y a aucun danger à consommer les fruits et légumes qui ne peuvent pas être à l’origine du choléra. Abdelkader Bouazghi n’a pas tardé à répliquer à l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) qui a évoqué des soupçons sur certains produits agricoles, défiant ses spécialistes. Entre les deux institutions, rien ne va plus.

En pleine confusion générale sur quoi consommer et quoi boycotter pour éviter l’épidémie de choléra, le ministre de l’Agriculture sort pour rassurer les Algériens sur la qualité de tous les produits agricoles.
« En tant que responsable du secteur de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, je dis que les produits agricoles, fruits et légumes, sont sûrs. Je rassure le citoyen et le consommateur qu’ils peuvent les consommer sans problèmes ni craintes », a déclaré, hier, Abdelkader Bouazghi, lors d’une conférence de presse tenue au siège de son département. Dans ses propos, une réponse claire à l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA). Ce dernier a, la veille, publié un communiqué dans lequel il émet des soupçons sur la qualité de ces produits. « La contamination de fruits, (pastèque, melon non lavés) ou légumes pouvant être consommés crus (carotte, concombre, salade, tomate, betterave), irrigués par une eau polluée par les matières fécales, est également suspectée ».
Qui croire dans cette affaire ? Les spécialistes de l’Institut ou le premier responsable du secteur de l’Agriculture ? Entre les deux, les citoyens sont perdus entre ceux qui prennent toutes les précautions nécessaires, notamment en matière d’hygiène et ceux qui s’interdisent carrément les fruits et légumes notamment les plus suspectés, la pastèque et le melon. Pourtant, Bouazghi est affirmatif lorsqu’il ajoutera, en réponse aux questions des journalistes, que « les fruits et légumes sont propres et contrôlés par différentes administrations spécialisées ». Et dans une pique qui semble adressée à l’IPA, du ministre : « Il ne faut pas paniquer et exagérer », a-t-il lâché comme pour remettre à sa place l’institut.
Dans son argumentaire, le ministre en appelle à des preuves scientifiques ; lesquelles devraient être pourtant la base de travail du personnel de l’IPA.
« Scientifiquement, l’irrigation en eau normale ne cause pas cette maladie, et nous irriguons nos fruits et légumes dans tous les cas. Ils sont disponibles sur le marché et les citoyens les consomment le plus normalement », a indiqué Bouazghi. Ajoutant que  « les services agricoles du ministère ont expliqué que quoi qu’il en soit, lorsque les fruits et légumes sont irrigués, ils ne peuvent pas être porteurs de la maladie (vibrion cholérique) ». Seulement, a-t-il enchaîné, « on doit respecter les règles d’hygiène qui consistent à laver les fruits et légumes avant leur consommation ». Quant au fruit et légume, « ils ne peuvent être porteurs du vibrion ». Sans citer l’IPA, les propos du ministre de l’Agriculture interviennent 24 heures après les mises en garde de l’institut. Ce dernier aura aggravé le cas de certains produits, notamment la pastèque et le melon, qui sont boycottés sur le marché par les consommateurs qui craignent une contamination au choléra. C’est dire que
Bouazghi voulait répondre à la fois à l’Institut Pasteur et sauver les produits agricoles qui risquaient de pourrir dans les différents points de ventes. Immédiatement après cette sortie, l’institut, par la voix de son directeur, Zoubir Harat, se corrige. Dans une déclaration à la Radio algérienne, il mettra ironiquement cette confusion sur le dos de la presse. « Je démens formellement les informations publiées par certains titres de presse qui ont fait le lien entre la propagation de l’épidémie du choléra et la consommation de certains fruit et légumes », a déclaré le Pr Zoubir Harrat. Et d’ajouter que « les résultats des analyses effectuées sur des échantillons de fruits, notamment la pastèque, sont négatifs ». « La pastèque analysée ne contient aucune bactérie. Je rassure les citoyens que les fruits et légumes n’ont aucune relation avec le choléra », a-t-il conclu. Drôle de retournement pour un institut qui devrait faire preuve de précision pointue dans tous ses constats.