La Super League semblait être un projet mort-né. Cela a été confirmé. Les 12 frondeurs-fondateurs n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. Du moins sur la forme. Décryptage.

Par Mohamed Touileb
C’était un corps sans âme. Sans vie. On pourrait la qualifier ainsi. La Super League avait tout d’une spoliation du foot à la classe populaire. Dimanche, les amoureux du foot ont tremblé en voyant Florentino Pérez décliner un projet basé sur le bénéfice brut et ne considérant, en aucun cas, le mérite sportif. Le président du Real Madrid et de la Super League a fait sa plaidoirie en se lançant dans une campagne de séduction qui vendait du rêve tout. Elle cachait aussi un avenir cauchemardesque et sombre pour le sport roi. Le boss madrilène et les 11 autres acolytes pensaient pouvoir construire une monarchie dans laquelle il était prévu de partager des gains faramineux (on parlait d’un budget annuel garanti estimé entre 6 et 7 milliards d’euros). Le tout en privilégiant l’aspect purement lucratif sur celui sportif.

C’était plus révoltant qu’excitant
Pour le patron de la Casa Blanca « ce format sauvera le football. Ce qu’on veut c’est sauver le football. Je ne suis pas propriétaire du Real Madrid. Je suis devenu président pour sauver le club, où les joueurs n’étaient même plus payés. Nous avons dit dans un communiqué ce que nous pensions être le meilleur pour le football et vouloir dialoguer avec l’UEFA.»
Après cette grande manœuvre, les 12 dissidents sont sortis par la petite porte. Par la fenêtre même puisque Chelsea et Manchester City, qui faisaient partie des instigateurs, ont décidé de renoncer, avant que les 4 autres teams anglais ne suivent, à cette idée pour le moins saugrenue. Mais, il n’en demeure pas moins qu’elle a pu germer et provoquer une vague de réactions en hauts lieux quand on sait que même des chefs d’Etats comme Emmanuel Macron l’ont désapprouvée.
Aussi, en Allemagne, la Chancelière Angela Merkel a, probablement, posé son véto en coulisses. D’où le refus du Bayern Munich et le Borussia Dortmund de faire partie de cette rébellion. On citera aussi la FIFA, l’UEFA, les ligues nationales, les présidents de clubs, les entraîneurs et même les joueurs qui ont tiré à boulet rouge sur cet élitisme suprême d’une discipline qui appartient aux supporters et qui leur appartiendra encore pour un bon moment.

L’UEFA devra « acheter » la paix
Cependant, si la démarche n’a pas été au bout sur la forme, l’objectif pour lequel elle a été créée peut être, en partie, atteint. En effet, les initiateurs de ce challenge visaient à faire bouger les choses économiquement. Bien qu’elle ait pu gagner, pour le moment, cette bataille, l’UEFA sait qu’elle devra revoir la taille de la part du gâteau à consacrer à ses compétitions interclubs. Les primes devraient être plus conséquentes afin de calmer les contestataires et éviter une autre fronde du genre à l’avenir.
Somme toute, en faisant avorter ce putsch footballistique, le mérite sportif gardera sa place dans le football circus. Il n’était pas concevable de voir 15 teams s’accaparer des places pour jouer le tournoi sans considérer les performances dans leurs championnats respectifs. A ce sujet, c’est Pep Guardiola, entraîneur de Man.City, qui a trouvé les mots justes en rappelant que « Le sport n’en est plus un quand le succès est assuré et quand il n’y a plus de lien entre l’effort et la récompense. Ce n’est plus un sport si la défaite n’a plus d’importance.» Le Philosophe n’a jamais porté aussi bien son surnom. n