S’il y a bien une symbolique forte qui accompagne, depuis plus d’une année, le formidable mouvement populaire, c’est bien la présence fort remarquée des femmes. Ces dernières ont été présentes de façon très forte au sein du mouvement qui d’emblée a donné à l’action une poussée cruciale. Dès le début du mouvement, les femmes se sont indéniablement réappropriées l’espace public pour exprimer les revendications de la moitié de la société et être en phase avec les ambitions populaires pour le changement. L’élément féminin a été et est toujours le ciment d’un mouvement populaire hétéroclite représentant toutes les strates de la société.
Des moudjahidate, icones et héroïnes de la Révolution pour l’indépendance, se sont jointes naturellement au mouvement. Dès les premières semaines du Hirak, Djamila Bouhired et Louisette Ighil Ahriz marqueront de leur présence un mouvement populaire aux consonances révolutionnaires. Des citoyennes jusque-là anonymes vont devenir des icônes du Hirak. L’année écoulée du Hirak sera particulièrement marquée par une date singulière. Le 8 mars 2019 des millions d’Algériens sont sortis dans la rue, les femmes étaient selon les observateurs majoritaires. Etudiantes, fonctionnaires, enseignantes, avocates, médecins, mères au foyer, jeunes ou âgées, leur participation au Hirak a donné au mouvement une dimension importante. Celui d’une société qui a décidé de se prendre en main pour la construction d’une Algérie nouvelle. D’autant que l’aspect pacifique «silmiya» de la contestation populaire a été maintenu contre vent et marée grâce en grande partie aux femmes, qui de façon opiniâtre n’ont pas lâché le mouvement en cours de route.

Une réalité moins idyllique
La réalité de la situation de la femme dans l’espace social reste néanmoins moins idyllique que ne le laisse paraître l’exaltant mouvement hebdomadaire. Le harcèlement sexuel, la violence et la discrimination à l’encontre des femmes sont une réalité dans l’espace public comme dans beaucoup de pays dans le monde, suscitant une détermination affirmée à instaurer le changement. A chaque 8 mars, on ressasse mécaniquement les acquis arrachés par les femmes dans différents domaines sans que l’on observe ses effets dans la vie de tous les jours. Et de poser les questions qui s’imposent. Qu’en est-il aujourd’hui dans notre société en évolution continue ? La femme étant la moitié de la société, les combats pour la promotion des droits conjugués au féminin ne sauraient être dissociés du combat citoyen. L’effort de l’Etat dans l’éducation et la formation massive des jeunes filles dans les écoles, lycées, universités et grandes écoles est chaque année rappelé. La représentation des femmes aux assemblées élues est particulièrement bienvenue. Ce taux des femmes élues «qui dépasse celui de bien des parlements dans des pays développés» est appelé à progresser dans le futur, les femmes investissant de plus en plus le champ politique. Même si l’égalité des salaires n’a jamais posé de problème en Algérie, comme c’est le cas dans certains pays d’Europe, l’accès au poste de responsabilité pose toujours question. L’égalité homme-femme sur le marché de l’emploi reste un objectif toujours à atteindre malgré les efforts consentis. Il reste indéniable que les acquis arrachés jusque-là restent particulièrement précieux en rapport avec d’autres régions du monde mais beaucoup reste à faire. Les perspectives restent ambitieuses et le combat continue. <