La décision du gouvernement de supprimer les licences d’importation dès 2018, sauf pour les véhicules, continue de susciter les réactions des experts et des économistes. Par exemple, pour le consultant et économiste, M’Barek Malek Serrai, cette décision va surtout vers «l’allègement bureaucratique».

«C’est une manière d’alléger les procédures du commerce extérieur. Mais il va y avoir une responsabilisation accrue des banques et des services douaniers dans ce sens», nous dira-t-il avant d’ajouter que «le ministère du Commerce, par cette décision, laisse la régulation se faire par le marché ; alors nous verrons par la suite comment il va réagir».
De son côté, le professeur des universités Abderrahmane Mebtoul affirme qu’il avait maintes fois mis en garde le gouvernement «contre toute précipitation et politique contreproductive». «C’est que le résultat de cette politique, comme celle de la règle des 49/51%, qui avait pour objectif de diminuer les importations, a eu un résultat mitigé, si l’on prend la période 2016 à 2017, car elle s’est attaquée, faute de vision stratégique, aux apparences et non à l’essentiel», estime-t-il. Pour lui, les procédures de licences automatiques ne doivent pas être administrées de façon à exercer des effets de restriction sur les importations et aucune discrimination ne doit exister entre les personnes ou entités demandant des licences automatiques. «L’analyse de la balance commerciale et de la balance des paiements montre clairement que la règle des 49/51% (aucun bilan à ce jour depuis son instauration en 2009) et des licences d’importations, dont les objectifs étaient la baisse de la valeur des importations de biens et services, ont eu un résultat très mitigé», précise M. Mebtoul. Même le président de l’Association des exportateurs algériens (Anexal), Ali Bey Nasri, pourtant peu concerné par l’importation mais bien plus par l’export, estime que la décision du gouvernement de supprimer les licences d’importation sonne comme une reconnaissance de l’échec de la gestion de cette opération. «Le ministère du Commerce reconnaît qu’il n’était pas prêt lors de l’application de ces licences d’importation», nous dit-il. Selon lui, «le grand problème se situe dans la gestion des informations économiques et statistiques». Interrogé sur la suspension de l’importation de près de 900 produits, parmi lesquels les fromages, les chocolats, les confitures et les meubles, M. Nasri répond, lui aussi, par une autre interrogation : «A-t-on seulement évalué l’offre et la demande pour ces produits interdits à l’importation ? Et surtout, l’offre locale est-elle suffisante ?». M. Nasri a, à plusieurs reprises, dit tout le bien qu’il pensait des licences d’importation «comme un moyen qui peut protéger certaines filières de la production nationale», seulement, «ce n’est pas du tout une solution pour réguler et encadrer le commerce extérieur et surtout réduire la facture des importations». Enfin, Mohamed Boukhari, économiste et professeur à l’université Alger 3, «malgré la bonne volonté des initiateurs du dispositif des licences d’importation, ce dernier n’est pas conforme aux préceptes de la macroéconomie appliquée». Il s’explique : « Dans le jargon économique, l’idée sous-jacente était de faire un arbitrage par les quantités. Malheureusement, la pratique montre que cette approche ne peut être salutaire puisque ses résultats riment avec pénurie, bureaucratie, voire corruption».
Et c’est vrai, puisque le ministre du Commerce lui-même a reconnu le «peu de transparence» de ce système. Et à M. Boukhari d’appuyer sur la plaie : «N’a-t-on pas vu naître chez nous un marché de la sous-traitance des licences d’importation ?» Solution ? L’économiste la voit dans le passage à l’arbitrage par les prix qui « sont beaucoup plus intéressants pour juguler le déficit de la balance commerciale». «L’utilisation des barrières tarifaires à bon escient peut nous mener à bon port. Ceci étant, au gouvernement de faire attention à ne pas se tromper de cible. Vouloir la baisse des importations à tout prix est contraire au bon sens économique. Il s’agit plutôt d’encourager la préférence nationale pour favoriser la dynamique de création de richesses et d’emplois. Cela aura inexorablement un impact sur les exportations hors hydrocarbures qui, justement, serviront à couvrir les fameuses importations».