Par Jean-Baptiste OUBRIER
Déjà à genoux après des mois de pandémie, les entreprises britanniques ont reçu un coup de massue avec l’annonce d’un nouveau confinement qui pourrait porter un coup fatal à d’innombrables commerces et restaurants, malgré les aides gouvernementales. Le ministre britannique des Finances, Rishi Sunak, a dévoilé mardi des mesures d’un montant de 4,6 milliards de livres, au lendemain de l’annonce par le Premier ministre Boris Johnson d’un confinement strict en Angleterre. Les commerces, bars et restaurants pourront recevoir jusqu’à 9.000 livres, ce qui devrait bénéficier à des centaines de milliers d’entreprises pour 4 milliards de livres, selon un communiqué. Le gouvernement met aussi en place un fonds de 600 millions de livres pour celles qui ne seraient pas éligibles à ces nouvelles aides. «Nous annonçons de nouvelles injections d’argent pour aider les entreprises et les emplois jusqu’au printemps», souligne Rishi Sunak, cité dans le communiqué. Le confinement décidé mardi pour lutter contre la diffusion de la nouvelle souche du coronavirus, plus contagieuse, est aussi strict que celui mis en place au printemps et doit durer si les conditions le permettent jusqu’à mi-février. Le patronat et les organisations sectorielles s’inquiétaient dès l’annonce du confinement lundi des faillites et de la casse sociale entraînées par ces mesures sanitaires à répétition qui étouffent l’activité. «La résurgence du virus fait souffrir davantage les entreprises. Pour des secteurs comme le tourisme et la restauration, la reprise liée aux vaccins est encore très loin», prévient Roger Barker, un responsable de l’organisation patronale IoD (Institute of Directors). Probable déception pour les entreprises touchées, le ministre n’a toutefois pas prolongé au-delà d’avril les exemptions de taxes sur les locaux commerciaux ni baissé la TVA.

Survivre
Adam Marshall, directeur général des Chambres de commerce britanniques, a salué sur Twitter les nouvelles aides annoncées par Rishi Sunak, mais, selon lui, le gouvernement «doit annoncer des mesures claires de soutien pour l’ensemble de 2021, pas seulement jusqu’au printemps, pour aider toutes les entreprises à survivre». Helen Dickinson, directrice générale de la fédération des commerçants britannique BRC (British Retail Consortium) dit en effet s’attendre à un impact «sévère». Selon elle, ce sont 2 milliards de livres de ventes par semaine qui s’envolent dans le secteur du commerce qui a déjà perdu 178.000 emplois en 2020, un chiffre qui pourrait s’aggraver dans les mois à venir. De même, l’association de défense des pubs Campaign for Pubs demandait des aides ciblées. «De nombreux pubs, dont certains ont survécu depuis siècles et à deux guerres mondiales, vont disparaître, et des familles qui vivent grâce à eux risquent de grandes difficultés et de perdre leur maison», s’inquiète Greg Mulholland, un responsable de l’association. Le secteur de la nuit, représenté par l’association NTIA, se sent pour sa part abandonné par le gouvernement et demande une compensation du chiffre d’affaires perdu depuis des mois en raison de la fermeture obligatoire des boîtes de nuit et salles de concert. Le gouvernement a déjà déboursé autour de 300 milliards de livres pour maintenir l’économie à flot depuis le début de la crise sanitaire, au prix d’une envolée du déficit public et de la dette sans précédent. Il avait décidé mi-décembre de prolonger le dispositif de chômage partiel jusqu’à fin avril. Le ministre des Finances doit présenter son budget le 3 mars pour relancer une économie qui a subi en 2020 sa pire récession en 300 ans. Les pouvoirs publics prévoient un plongeon du produit intérieur brut de 11,3% en 2020 suivi d’un rebond de 5,5% en 2021, selon des prévisions réalisées avant l’annonce du nouveau confinement qui promet de peser lourdement sur l’activité au premier trimestre. La pandémie accentue par ailleurs les inégalités dans le pays, que ce soit dans la santé, l’éducation ou pour les minorités, au point de menacer le tissu social, prévient un rapport publié mardi par le centre de recherche Institute for Fiscal Studies. «Alors que les vaccins devraient à un moment cette année libérer le monde de la pandémie, il est impératif de penser aux mesures nécessaires pour réparer les dégâts et se concentrer sur ceux qui ont souffert le plus», selon le prix Nobel d’économie Angus Deaton, qui a participé à ce rapport. n