La nécessité de revoir les mécanismes du modèle économique de l’industrie cinématographique, en particulier, et culturelle, en général, constitue l’essentiel du contenu des interventions du producteur et réalisateur Salem Brahimi et du producteur  Yacine Bouaziz, lors de la conférence qu’ils ont animée, hier,  dans le cadre des activités du 4e salon de la créativité qui se  poursuit aujourd’hui au Palais de la culture Moufdi Zakaria.

D’emblée, le réalisateur et producteur, Salem Brahim, a mis en exergue le fait   qu’il devient nécessaire, aujourd’hui, d’opérer une véritable remise en question  du système de production cinématographique, en particulier de la créativité  et des artistes, ce qui pose la question de la professionnalisation.    «Le côté pervers qui s’est installé, c’est qu’en l’absence d’un véritable modèle économique, nous sommes devenus, nous les créateurs, des  gens qui attendent la bienveillance des autres soit de  l’Etat, d’un  sponsor ou  d’un mécène» souligne-t-il, s’insurgeant, trouvant cela «indigne et non professionnel.
Un professionnel est quelqu’un qui vit de son métier», ajoutant qu’«Il devient crucial aujourd’hui de sortir de l’assistanat  étatique et de la culture événementielle» il estime, qu’à partir de ce constat, aujourd’hui il devient plus que nécessaire que les artistes, producteurs, instances étatiques et opérateurs économiques s’assoient tous autour d’une table pour œuvrer à un véritable nouveau modèle économique qui puisse être bénéfique pour tout le monde. Il affirme, à ce sujet, que «pour arriver à des partenariats économiques forts, Il faut commencer avec des principes  pragmatiques et revoir complètement un  système qui est obsolète»  afin «d’inciter  les opérateurs  privés à investir dans la culture. Il faut que l’on apporte de véritables changements dans nos habitudes, dans  les procédures  et les mécanismes, tant de création, de financement que de diffusions»
Enchaînant sur ces propos, Yacine Bouaziz  explique qu’il faut d’abord changer la perception selon laquelle que ce sont les artistes le moteur du secteur culturel, affirmant   que «c’est le public qui est  au cœur du processus de l’industrie culturelle». Le conférencier met ainsi en exergue le fait que, contrairement  aux idées reçues, en Algérie, les expériences de ces dernières années démontrent que le public existe, et que, de facto, «si il y a un public cela signifie qu’il y a des clients, donc il y a toutes les raisons de croire que ce secteur peut se développer  et peut devenir rentable».  Il explique aussi  que ce qui intéresse un investisseur c’est de faire des bénéfices à partir de son investissement, et à partir du moment où il y a un public cela est possible,  des artistes et les conditions de base sont  là. Il manque juste un modèle économique efficace. Il souligne aussi, l’importance  de l’enjeu stratégique,  tant sur le plan politique que sur le plan économique, du secteur de la culture, en général, et du cinéma en particulier.
«Il devient crucial, aujourd’hui, que tout le monde doit se mettre autour d’une table pour travailler ensemble à ce nouveau modèle économique afin d’offrir au public une culture de qualité et surtout  algérienne» Le producteur insiste sur le fait que «c’est en consommant notre culture  que l’on peut  forger notre identité, car le danger aujourd’hui c’est que les Algériens sont bombardés  d’autres cultures du monde et la première victime est notre propre culture».  
Salem Brahimi, de son côté reviendra sur l’importance d’un plan stratégique pour la culture algérienne, en  mettant en exergue le fait  que la notion de souveraineté et omniprésente lorsqu’on parle d’économie. «Je ne vois pas comment on peut être souverains si  nos imaginaires sont capturés par d’autres, si nous modelons  nos esprits selon la narration que le autres nous imposent», dira-t-il.  «Nos parents nous ont donné l’indépendance, mais l’indépendance c’est quelque chose de continu.  La culture n’est pas juste  un divertissement,  c’est un véritable enjeu  stratégique pour une nation», a martelé le conférencier.  
Il citera,  à titre d’exemple, l’expérience américaine, où c’est le ministère du Commerce qui publie des études concernant  le secteur cinématographique afin de montrer l’importance de ce secteur clef pour l’économie américaine. Il citera aussi les exemples d’autres  pays,  plus proches de la réalité algérienne, pour montrer que l’Algérie a tous les moyens et potentiels pour réussir pour peu que l’on «reboote le système à travers une véritable réflexion et  démarche d’entreprenariat  culturel», à l’instar des défis relevés par  les pays  scandinaves, la Corée du Sud et  de l’Iran, où «le cinéma et la culture sont devenus des outils  pour le soft power». «Des pays  qui  ont réussi à retrouver leur place dans le monde,  à travers la place  qu’occupe leur cinéma dans le monde,  tout en faisant des millions de dollars de bénéfices».