En Algérie, on a du pétrole, mais on a également des idées. La crise sanitaire engendrée par le coronavirus a permis à plusieurs personnes, groupes sociaux, agglomérations, de proposer, et de réaliser, des idées, pour essayer de résoudre les problèmes multiples suscités par la situation actuelle. L’approche faite dernièrement par le Cercle d’action et de réflexion autour de l’entreprise (Care) peut être mise dans ce cadre. Dans une contribution, publiée récemment sur son site, à propos des solutions préconisées sur les moyens de distribuer un revenu Covid 2020 en s’appuyant sur les NTIC.

Le Think tank algérien vient de proposer une solution concrète, et non farfelue, à un problème concret, bien ressentie par une large frange de la population. Comment assurer les salaires des personnes ne travaillant pas dans le secteur public et qui, confinement oblige, ne peuvent pas travailler ? Une question de qui s’impose de par le grand nombre de cette catégorie. Ils sont 7 millions d’employés (selon l’enquête ONS sur l’emploi, datée de mai 2019) de l’ensemble des travailleurs en Algérie.  De leur côté, les 4 millions d’employés de la fonction publique et des entreprises publiques ont été touchés par les dernières mesures du gouvernement (la moitié a été libérée et tous les salaires sont assurés).

Qu’en est-il donc, durant cette crise sanitaire, de ces 7 millions employés du secteur privé, dont 86% (six millions de personnes) relèvent du secteur de l’informel,  dont la quasi-majorité a perdu es revenus?

La recommandation de CARE est d’apporter, de la part de l’Etat, une « aide budgétaire spécifique à cette catégorie des citoyens qui ont perdu leurs revenus de fait de cette crise sanitaire imprévisible qui est venue frapper l’économie nationale ».  Le Think tank relève d’emblée qu’il faut régler un « problème technique », celui de l’acheminement, surtout qu’il y a urgence dans le demeure.

Avant de proposer sa solution, CARE fait son constat :

  • Les mécanismes pour transférer des fonds aux citoyens dans le besoin n’existent pas ;
  • Les mécanismes de distribution de cash ou d’aide sont quasi inexistants et posent problème en matière sanitaire et de contamination par le virus ;.
  • Un registre de personnes économiquement fragiles n’existe pas ;
  • Les banques ne peuvent même pas être une solution puisque le taux de bancarisation est « très en retard », 43% ;
  • Les paiements électroniques ne sont pas praticables à large échelle. La

Donc comment payer une population d’employés à faible revenu (pour l’essentiel informelle), que l’administration publique ne sait pas appréhender au stade actuel ? Pour garantir l’efficacité de l’opération, et la rapidité de sa mise en œuvre, CARE préconise un système qui devrait «être simple, déclaratif, fondé sur la confiance et la solidarité. »

 La solution du Think tank est, puisqu’il ya urgence, de s’appuyer sur ce qui existe. Il s’agit de capitaliser « le développement de la téléphonie mobile et l’architecture déjà existante des transferts de crédit téléphoniques ».  Il s’agit de s’appuyer sur le réseau en place de distribution des crédits téléphoniques « en utilisant sa fonction d’accès direct à l’ensemble des citoyens à travers tout le territoire national ».

Les étapes concrètes proposées pour la concrétisation du revenu Covid-2020 sont :

• Création d’une page web afin que les travailleurs informels puissent postuler à des aides.

• Les critères d’éligibilité et d’exclusion devront être définis par le gouvernement. Il s’agit de cibler fondamentalement tous les employés du secteur informel, ainsi que les artisans et entrepreneurs individuels ayant perdu leur emploi ou leur revenu. Pour les employés du secteur privé formel connaissant le même problème de perte de revenu, le transfert du revenu COVID pourra être opéré via leur entreprise. La procédure d’éligibilité devrait être aussi simple que possible, à base de déclaration sur l’honneur avec mention explicite de sanctions auxquelles s’expose tout contrevenant.

• Mise en place d’une base de données des bénéficiaires contenant un couple unique composé du numéro de la carte d’identité nationale et d’un numéro de mobile.

• Les transferts de fonds de l’Etat à destination des bénéficiaires sont opérés via les opérateurs mobiles, proportionnellement au nombre de bénéficiaires par opérateur.

• Ces fonds sont transformés en crédits (porte-monnaie électronique) par les opérateurs.

• Des transferts de crédit, similaires aux crédit-temps utilisés actuellement, sont opérés des opérateurs vers les bénéficiaires.

• Le crédit devient une monnaie d’échange auprès des commerces essentiels, les commerçants étant eux même équipés de cartes SIM (cela revient finalement à du troc)

• Les commerçants pourront utiliser les mécanismes existants de cash-out du crédit auprès de semi-grossistes et grossistes de crédit téléphonique. Au besoin le réseau bancaire et postal pourra être associé pour les besoins de cash-out. Le cash ainsi retiré sera issu des fonds transférés par l’Etat

• Afin de contrôler l’usage de fonds par les opérateurs téléphoniques, les fonds alloués par l’Etat seront mis sur des comptes écrous, sous la surveillance de la Banque d’Algérie.

CARE a schématisé « les flux de d’information, de crédits téléphoniques et financier pour compenser les travailleurs et familles affectées économiquement par le confinement » dans un diagramme (voir ci-dessous) dont l’objectif est de visualiser « dans sa globalité » cette opération:

Pour sa réussite, l’opération doit également obtenir des garanties de la part des opérateurs téléphoniques, que ce soit pour la protection des données personnelles, que dans l’application stricte des étapes « sans sortir du cadre ».

A noter que cette contribution est en complément du deux autres précédents documents de CARE, le « Plaidoyer pour la Sauvegarde de l’Entreprise » et celui du la mise en place d’un revenu de solidarité.