Deux noms de la scène politique nationale, présentant deux profils et des trajectoires si différentes, annoncent en ce début d’année leur retrait de la pratique politique.

PAR NAZIM BRAHIMI
Il s’agit d’Azzedine Mihoubi et de Rachid Nekkaz, deux anciens prétendants au poste de président de la République. Les deux ont récolté échec et désillusion.
Né le 1er janvier 1959 (64 ans), plusieurs fois ministre, ancien journaliste et écrivain arabophone, Azzedine Mihoubi a connu une expérience infructueuse dans sa course au Palais d’El Mouradia à l’occasion des présentielle de décembre 2012 dans laquelle il s’est classé 4e derrière Abdelmadjid Tebboune, Abdelkader Bengrina et Ali Benflis.
Le candidat du Rassemblement national et démocratique (RND) qui a obtenu 7,28 % (619 225 voix) des suffrages exprimés, a devancé dans cette course Abdelaziz Belaid (6,67 %) des voix.
Au lendemain de l’élection présidentielle, Azzedine Mihoubi a adressé un message de félicitations à Abdelmadjid Tebboune, élu président dans lequel il lui «souhaite toute la réussite dans sa noble mission nationale et dans la réalisation des aspirations du peuple algérien».
Mihoubi a affiché, par la même occasion, sa disponibilité à lui apporter soutien et aide en affirmant que le nouveau président «ne trouvera de notre part que le soutien et l’aide dans sa noble mission parce que nous sommes et nous resterons toujours au service de ce peuple et de ses institutions».
Depuis, l’ancien ministre de la Culture de 2015 à 2019 et ex-député du RND (1997-2002) a observé le silence notamment avec son retrait des affaires du RND en mai 2020.
Il n’a cependant officialisé son retrait du champ politique qu’en ce début de l’année.
«Je me consacre et consacrerai totalement au travail d’écriture et à l’acte culturel par lesquels j’ai débuté ma carrière voilà une quarantaine d’années, contribuant ainsi à consolider l’entité de l’Etat, son identité, sa pluralité culturelle et son rayonnement au niveau international», a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Dans sa déclaration de «retraite», M. Mihoubi n’a pas caché son «agacement» de voir son nom associé ces derniers temps à des projets et scénarios dont il dit n’avoir aucun lien.
«Mon nom a été cité dans plusieurs publications notamment électroniques portant sur des supputations qui n’ont aucune véracité et aucun lien avec ma personne, de surcroît, dont le contenu me porte plutôt préjudice en diffusant des contrevérités. Par conséquent, je tiens à réfuter toutes ces allégations», a-t-il tenu à faire savoir.
Professionnellement, Mihoubi a commencé sa carrière en tant que journaliste en 1986. Dix ans plus tard, soit en 1996, il devient le chef de l’information au niveau de l’Entreprise nationale de télévision algérienne. Il a assuré cette fonction pendant deux ans. S’en suivra après une succession de postes de responsabilité.
Il est directeur général de la radio algérienne de 2006 à 2008, puis en 2010, il est nommé directeur de la Bibliothèque nationale d’Algérie, fonction qu’il occupe de 2010 à 2013.
Azzedine Mihoubi est nommé en 2008 secrétaire d’État chargé de la Communication, une fonction qu’il occupe pendant deux ans. En 2015, il devient ministre de la Culture.
En mai 2017, lors d’un remaniement ministériel faisant suite aux élections législatives, il se voit reconduit dans le gouvernement Abdelmadjid Tebboune.
Dans le monde des lettres, Mihoubi a signé plusieurs ouvrages entre recueils de poésie, romans, opérettes, des pièces de théâtres et des chroniques.
Pour sa part, Rachid Nekkaz a annoncé sa retraite politique dans des circonstances de douleur, puisque le natif de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne, France) purge actuellement une peine de 5 ans de prison ferme.
C’est d’ailleurs dans une lettre rédigée dans sa cellule de prison que Nekkaz, né en 1972, a annoncé qu’il met fin à son action politique affirmant qu’il s’est résigné «par la force des choses à arrêter la politique».
Il assure souhaiter désormais «se consacrer exclusivement à la résolution de ses problèmes de santé (de prostate, d’audition et de respiration), à l’écriture et à sa famille qu’il a sacrifiée et abandonnée égoïstement aux États-Unis depuis 10 ans et qu’il n’a pas revue depuis trois ans, accaparé qu’il était par l’idée de contribuer humblement à l’édification d’un État démocratique dans le pays de ses défunts parents».
L’homme d’affaires qui a fait fortune grâce à la bulle Internet et en investissant dans des activités liées à l’immobilier, puis aux États-Unis, a signé son arrivée sur la scène politique peu avant les élections présidentielles de 2014.
Voulant se présenter à cette échéance présidentielle, Nekkaz a dû renoncer à sa nationalité française. Mais faute de parrainage suffisant et n’ayant pas pu obtenir les signatures nécessaires dans la constitution du dossier, la candidature de Nekkaz a été recalée.
Mais il revient à la charge lors du scrutin présidentiel de 2019. A son grand dam, son dossier avait été rejeté au motif qu’il détenait, jusqu’en 2013, la nationalité française alors que la loi algérienne énonce qu’un candidat ne doit jamais avoir possédé une autre nationalité.
Rachid Nekkaz a tenté alors de contourner son inéligibilité en «passant» le rôle de candidat à son cousin paternel qui s’appelle lui aussi Rachid Nekkaz et qui s’est présenté au siège du Conseil constitutionnel. «Si mon cousin est élu, on changera la Constitution en une semaine, et on créera le poste de vice-président que j’occuperai. Mon cousin démissionnera par la suite et je prendrai alors automatiquement le poste de président», avait-il affirmé dans une séquence qui a fortement fait baisser sa popularité pourtant en hausse dans le sillage des premiers mois du Hirak et de la contestation du 5e mandat en gestation de Bouteflika. La suite de la carrière de Nekkaz depuis cette scène est plus «judiciaire» que politique… <