Le parquet de Sidi M’hamed a traité hier deux affaires de corruption dans lesquelles sont impliqués deux personnages qui renvoient à l’ère de Bouteflika. Il s’agit des affaires des frères Kouninef et de Djamel Ould Abbès dont les deux principaux accusés ont tenté de nier les chefs d’inculpation pour lesquels ils sont poursuivis.
Les frères Kouninef ont nié tous les faits qui leur sont reprochés, en affirmant que « tous les marchés ont été obtenus dans un cadre légal et suite à des appels d’offres et dans le respect des conditions édictées dans les cahiers de charges ».
Placés le 24 avril 2019 sous mandat de dépôt, les frères Réda, Abdelkader-Karim et Tarek-Noah Kouninef sont poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation dont « trafic d’influence », « blanchiment d’argent », « obtention d’indus avantages », « détournement de fonciers et de concessions », et « non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics ».
Invités par le juge à expliquer s’ils ont utilisé leurs contacts et connaissances personnelles de hauts responsables et cadres de l’Etat, notamment Said Bouteflika, frère et conseiller personnel de l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour l’octroi de marchés et autres avantages, les accusés ont indiqué « n’avoir jamais utilisé les relations d’amitié qu’ils avaient avec ces personnalités pour obtenir des avantages ou autres dans la gestion du groupe KouGC et ses filiales ».
Les frères Kouninef ont reconnu néanmoins avoir « consacré une somme de 4 milliards de centimes pour financer la campagne électorale pour un 4e mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika », tout en niant que cette « somme soit retirée du Fonds national d’investissement », affirmant que « cet argent n’était qu’un prêt interne au sein du groupe ».
Le procès concerne aussi dix autres prévenus en liberté, essentiellement des cadres des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Hydraulique, de l’Energie et des Télécommunications ainsi que d’autres secteurs où le groupe KouGC a obtenu des marchés.
Quant à la seconde affaire traitée depuis hier par le parquet de Sidi M’hamed, elle met principalement en cause deux anciens ministres de la Solidarité nationale, Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, ainsi que et l’ex-secrétaire général du même ministère, Kheladi Bouchenak. Mais c’est Ould Abbès qui s’est distingué en se fondant en larmes en se présentant dans la peau d’une victime.
Les trois « personnalités » politiques de l’ancien régime auxquels le tribunal de Sidi M’Hamed reproche des « détournements du fonds de solidarité au profit d’associations fictives et d’équipements destinés aux communes déshéritées » ainsi que des « détournements de biens publics » et « l’octroi de marchés de manière non conforme à la législation ».
Des accusations que Djamel Ould Abbès a « totalement rejetées » à l’issue de la lecture des faits. L’ancien ministre, ancien sénateur et vice-président du Conseil de la nation a en ce sens déclaré qu’il avait « la conscience tranquille », qu’il était une « victime » dans cette affaire. Répondant également à la question du juge sur le détournement de pas moins de 64 milliards de centimes entre 2009 et 2014, Djamel Ould Abbès, a déclaré qu’il avait été « surpris » d’apprendre en 2019 l’existence de ces « 13 chèques ». Affaires à suivre…