Sur fond d’approches différentes sur l’issue à la crise, les deux pôles de dialogue, les Forces de changement et les Forces de l’Initiative démocratique, se rejoignent sur un point : le dialogue ne peut se construire sereinement en l’absence de mesures d’apaisement censées détendre l’atmosphère. L’initiative démocratique en fait un cheval de bataille. Les Forces de changement ont à leur tour appelé à la libération des détenus d’opinion, lors de leur première conférence, tenue le samedi 6 juillet, à Alger. Rien ne permettait pourtant de converger : ni la stratégie de sortie de crise, ni la méthode, ni l’approche de dialogue proposée par le chef de l’Etat. Les Forces de changement ont apporté de l’eau au moulin d’Abdelkader Bensalah et disent vouloir aller vite vers une élection présidentielle. Les démocrates s’accrochent, eux, à la sacro-sainte transition démocratique. Les deux initiatives se rejoignent, en revanche, sur la nécessité de libérer les détenus d’opinion, lesquels croupissent depuis maintenant de longs jours à la prison d’El Harrach, dans l’attente de leur procès. Même si le chef d’état-major a réitéré dans son dernier discours qu’il ne s’agit point d’arrestations d’opinion, des acteurs politiques, dont certains sont acquis à l’idée de hâter le processus électoral, réclament des gestes d’apaisement pour que le dialogue puisse se tenir dans des conditions politiques sereines. Au moins quatre participants à la conférence du 6 juillet dernier ont fait connaître leur opinion au sujet des détenus. Il s’agit d’Abdelaziz Rahabi, coordinateur de la conférence nationale du dialogue, d’Ali Benflis, de Soufiane Djilali et d’Abdallah Djaballah. Tous, chacun à sa manière, ont pensé utile de mettre en place des mesures d’apaisement pour la réussite du dialogue.
La libération des détenus d’opinion revenait comme une prière tout au long des discours prononcés avant et pendant la conférence. Pour le moment, les mesures d’apaisement font défaut, mais il y a moins d’arrestations que les deux vendredis derniers. La mobilisation des avocats qui a repris du poil de la bête cette semaine était destinée, en partie, en faveur des détenus d’opinion. Les avocats ont pris l’engagement de boycotter les plaidoiries jusqu’à ce que les manifestants arrêtés soient libérés, tout en continuant à les défendre au sein des chambres d’accusation, mais aussi dans la rue. Au combat des avocats s’ajoute celui des universitaires, des intellectuels, des politiques et des leaders d’opinion qui ont lancé une pétition nationale pour la libération immédiate et sans conditions des manifestants arrêtés.