La Banque d’Algérie a adressé récemment aux banques une note les instruisant à suspendre « immédiatement » les domiciliations bancaires des opérations d’importation d’agrumes en période de récolte. Une très bonne initiative, selon les associations de protection des consommateurs, mais qui risque de limiter le choix des citoyens.

« Une action à double tranchant », selon les défenseurs des droits des consommateurs, qui va, selon eux, certes contribuer à relancer les produits nationaux, mais qui va aussi limiter le choix du consommateur.
Contacté, hier, par téléphone, Zaki Hariz, président de la Fédération algérienne des consommateurs, dira que « les fruits locaux, notamment la pomme qui est en surproduction, n’arrivent pas à se faire une place dans le panier de la ménagère.» Soulignant que «malgré leur prix, ils sont écartés par les produits importés». Pourtant, poursuit-il, «l’Algérie possède des capacités et des richesses. Elle dispose de la précocité, la primeur, l’arrêt de saison, mais tout cela se fait dans l’anarchie».
Ainsi, cette mesure, selon lui, va sans doute relancer le produit du terroir. Il appellera, à cet effet, les importateurs à se tourner vers « les agriculteurs locaux afin qu’ils concrétisent des partenariats ». D’un autre côté, Zaki Hariz indiquera cependant que cette initiative va avoir des dommages collatéraux. En effet, « elle va, selon lui, limiter le choix des consommateurs dans leur achat ». Même son de cloche chez son collègue, Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), qui va même qualifier cette mesure « d’alarmante », affirmant que c’est une mesure restreinte qui va toucher au « commerce extérieur et au choix du consommateur». Il expliquera que « l’Etat va bannir certains fruits de l’assiette de l’Algérien, à savoir la banane ». Continuant sa plaidoirie, l’interlocuteur dira que « le Gouvernement devait toucher à d’autres secteurs, notamment industriels comme la téléphonie, dont la facture d’importation se chiffre à coup de millions de dollars ».
Par ailleurs, selon les dernières statistiques, la facture des importations des fruits et légumes a atteint près d’un milliard de dollars. Des plus basiques, comme l’oignon ou la pomme de terre, au plus «exotique» comme la goyave ou le kiwi, en passant par les légumes secs (haricots, lentilles…), une grande partie des «verdures» que nous consommons viennent de l’étranger. Par ailleurs, il y a lieu de rappeler que le ministre de l’Habitat, de l’Urbanisme et de la Ville, et ministre du Commerce par intérim, Abdelmadjid Tebboune, a donné la semaine passée des instructions pour l’interdiction de l’importation des agrumes. Intervenant lors d’une réunion de coordination, le ministre a appelé à la prise de mesures nécessaires pour «l’interdiction de l’importation de toute sorte d’agrumes durant la période de récolte, quelle qu’en soit l’origine».
Tebboune a mis l’accent sur la nécessité de réduire la facture des importations au vu la disponibilité de produits locaux de même qualité.