La dernière sortie du représentant du salafisme, reconnu par les autorités saoudiennes comme leur porte-voix, n’a pas fini de susciter des vagues, pas seulement auprès de la mouvance islamiste particulièrement ciblée, mais aussi des autorités.

Hier et avant-hier, le ministre des Affaires religieuses est revenu sur les propos de Cheikh Ferkous, les assimilant à un «travail sectaire visant à semer la division dans la société». Ahmed Aïssa ne compte pas se taire sur ces agissements et compte contre-attaquer via ses imams agréés dans les mosquées. À partir de Relizane, Mohamed Aïssa a assuré, lundi, que «l’Etat va faire face aux idées sectaires qui tentent de diviser la société. L’Etat va se charger de faire face à ces pensées déviantes et la loi sera appliquée à leurs auteurs.
Ces pratiques ne seront pas ignorées comme cela se passait auparavant afin que ces idées ne s’enracinent pas dans la tête de nos enfants, dans les écoles, les mosquées et les universités. Et pour qu’elles ne soient pas la cause qui fera couler le sang des Algériens».
La dernière publication mensuelle sur le site officiel du prédicateur salafiste Mohamed Ali Ferkous, portait sur le «courant d’ahl Es-Sunna (communauté de la sunna)» et «ceux qui suivent les passions». Dans sa contribution, le prédicateur salafiste se propose d’«éclairer» sur ce qui définit la communauté de la sunna, excluant ainsi de nombreuses catégories sociales. Mohamed Ali Ferkous écarte, par exemple, ceux qui recourent aux grèves et aux manifestations ou encore ceux qui militent pour les droits des femmes. Le prédicateur salafiste a déjà fait parler de lui à maintes reprises. Dans sa dernière sortie, le représentant du courant salafiste wahhabite, tendance madkhaliya, a dénigré les Frères musulmans, les soufis, entre autres, les excluant de la communauté de la sunna.
L’association des Oulémas, proche des Frères musulmans, a vite réagi aux propos de Ferkous, l’accusant de susciter la «fitna» (discorde) et de tromper les musulmans en les mettant dans la catégorie de «ceux qui suivent les passions». Les autres partis de la mouvance islamiste ont vivement réagi, à l’image du MSP, mais aussi des représentants du soufisme en Algérie qui ont rejeté en bloc les affirmations du cheikh Ferkous.
Hier, en présence de l’ambassadeur d’Arabie saoudite, le ministre des Affaires religieuses, qui était au Salon de la omra et du hadj, au Palais des expositions, est revenu sur la question en des termes plus diplomatiques, affirmant que l’Algérie n’avait aucun problème avec le wahhabisme, mais qu’elle avait un problème avec ceux qui jouent avec le sectarisme et qui excluent tous les autres courants, les accusant de ne pas appartenir à «la bonne voie».
Mais, force est de rappeler que le courant salafiste, qui a connu une expansion fulgurante ces dernières années en Algérie, a bénéficié d’un certain laisser-faire de la part des autorités, qui y voyaient un bon allié, puisque le salafisme madkhaliste plaide le respect aveugle au «wali» (dirigeant). Mais, le problème qui n’allait pas tarder à gêner considérablement les autorités algériennes concerne les visées de ce courant, téléguidé ouvertement d’Arabie saoudite et utilisé comme arme diplomatique contre ses opposants et ses ennemis. L’Iran, en premier, ensuite le Yémen, pour finir par le boycott du Qatar, avec tout ce qui a suivi comme arrestations de prédicateurs appartenant à des courants autres que le wahhabisme. Bouabdallah Ghlamallah, le président du Haut-conseil islamique, avait fait remarquer, en février dernier, dans un entretien au quotidien El Watan, que le responsable saoudien, qui avait désigné Ferkous en tant que représentant du salafisme en Algérie, était invité officiellement par l’université d’Oum El Bouaghi, tout comme il a fait remarquer que ce même Ferkous officiait, publiquement, depuis des années, en tant qu’imam dans une mosquée de Kouba, à Alger. Difficile, après tant de laisser-aller qui a permis l’enracinement et l’expansion de ce courant, de remettre de l’ordre dans les mosquées qui lui sont acquises, mais les autorités après cette nouvelle sortie Ferkous semblent plus que décidées à agir.