L’Algérie enregistre une baisse de contaminations au Covid-19 ces derniers jours sans que cette baisse soit perceptible dans le nombre de décès rapportés dans le bilan quotidiens du ministère de la Santé. D’aucuns se posent la question de savoir pourquoi dans le sillage du recul des cas confirmés n’y a-t-il pas un recul des décès.

PAR INES DALI
Une question, somme toute, légitime pour le citoyen lambda à laquelle le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, apporte son éclairage face l’ambigüité de la situation.
«Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a toujours un décalage entre les cas confirmés et la courbe des décès et des cas graves. Il y a, en général, un décalage de dix jours à deux semaines», a-t-il déclaré. C’est un constat qui est fait de par le monde et pas seulement en Algérie, a-t-il ajouté, faisant remarquer que le décalage en question n’est pas récent et a été observé durant toutes les vagues de la pandémie de Covid-19 que le monde a dû vivre et pas seulement à présent.
«Il y a d’abord une vague qui commence avec le nombre de nouveaux cas en hausse. Au début, le nombre de décès ne suit pas tout de suite cette hausse. Après un certain temps, lorsque le nombre des nouvelles contaminations commence à baisser, le nombre de décès ne suit pas non plus tout de suite cette baisse. Il y a toujours ce décalage», a indiqué le Pr Djenouhat pour lever tout amalgame.
Poursuivant ses explications, il a affirmé : «Maintenant nous sommes en pleine décrue. Mais il faut comprendre que parmi ceux qui étaient malades, il y a par exemple une dizaine de jours, il y a un petit pourcentage parmi eux qui sont en train de faire des complications, sont des cas graves ou décèdent.» L’explication est que les décès actuels ne peuvent pas refléter une proportionnalité par rapport aux nouveaux cas en baisse qu’on retrouve actuellement dans les bilans quotidiens, car ceux qui décèdent étaient déjà malades il y a plusieurs jours. En d’autres termes, au début de leur maladie il y a par exemple dix jours, ils étaient répertoriés avec les nouveaux cas d’il y a dix jours. La décrue est survenue entretemps. «Cette situation de décalage n’est pas spécifique à la vague actuelle, c’est de cette manière que cela se passe depuis le début de la pandémie dans tous les pays du monde», a précisé notre interlocuteur.

Attention au variant BA.2
Doit-on toujours rester toujours méfiant quant au variant Omicron et ses sous-variants, notamment le BA.2 qui représente en Algérie une proportion plus importante que le BA.1, au moment où on entend parfois dire qu’il est moins dangereux que son prédécesseur Delta ? Le président de la Société algérienne d’immunologie a tenu à préciser qu’il ne faut pas tomber dans «la confusion» soulignant qu’il faut bien faire la différence entre «l’Omicron n’est pas dangereux» et «l’Omicron est moins dangereux». Il ne faut donc pas sous-estimer ce variant, car les pays qui ont 100% de cas d’infections à l’Omicron sont en train d’enregistrer des décès proportionnellement au nombre de cas. Le Pr Djenouhat a cité, dans de sens, l’Afrique du Sud, le pays où est apparu la première fois ce variant en novembre dernier. Il a affirmé que ce pays enregistre actuellement «100 à 150 décès par jour».
Dans un autre pays, la France, qui connait une forte contamination à l’Omicron, le constat de la hausse des décès est également constaté. Selon les dernières données de Santé Publique France et de la Drees, il est démontré qu’Omicron est «désormais majoritaire dans les tests, dans les admissions à l’hôpital et même dans les décès répertoriés». Comme de nombreux médecins et spécialistes l’ont annoncé depuis de longues semaines, «le niveau de contaminations au variant sud-africain aura forcément un impact mécanique sur le nombre absolu de personnes hospitalisées ou décédées». Dans de ce pays, il est indiqué qu’on retrouve Omicron «dans 99% des tests PCR positifs, chez 88% des entrées en hospitalisation conventionnelle, 79% des admissions en soins critiques et 57% des décès survenus à l’hôpital. Un dernier chiffre qui grimpe à plus de 70% selon les données plus récentes de Santé Publique France».
Le Pr Foudil Khelifa, virologue, a estimé que même si l’Omicron est certes moins dangereux, il n’en demeure pas moins que le constat est qu’il fait actuellement beaucoup de décès en Europe. «Omicron est prédominant en Algérie. Même s’il est moins virulent que le Delta, il contamine beaucoup plus. Un sous type d’Omicron, le variant BA.2, qui est encore plus transmissible qu’Omicron, est en train de s’étendre. Beaucoup de scientifiques s’accordent pour dire qu’Omicron installera une immunité collective. J’espère qu’elle s’installera rapidement parce que nous ne sommes pas à l’abri d’une mauvaise surprise avec l’émergence d’un autre variant», a-t-l déclaré sur dans un récent entretien à «Reporters».
D’où, l’extrême vigilance à observer et l’impérative intensification de la vaccination restent les deux recommandations prioritaires que continuent de préconiser les professionnels de la santé, face à la pandémie qui ne semble pas avoir de fin.