PAR INES DALI
La révision du dispositif actuel des subventions prendra plus de temps que prévu et es craintes de voir du jour au lendemain la levée du soutien de l’Etat aux prix des produits alimentaires notamment et autres sont, pour l’heure, dissipées. Le report de l’installation de la commission nationale chargée de la révision des subventions, prévue initialement en mai dernier, est une occasion pour impliquer le plus grand nombre possible d’experts, de partis, d’associations, de syndicats et de différents acteurs de la société civile pour donner leur point de vue et présenter leurs positions et argumentaires.
La temporisation de la mise en place de la machine devant préparer la mise en marche de la levée des subventions et les mécanismes devant l’accompagner est assimilé à un temps qui sera mis à profit pour que les différentes parties susmentionnées puissent engager réflexion et débats devant aboutir, au moins, à une idée générale d’abord sur l’acceptation ou non de la refonte des subventions de l’Etat, ensuite, si cette révision est retenue, comment procéder à son application sur le terrain.
Ce qui est certain, c’est qu’il n’y aura pas de révision des prix d’ici à la fin de l’année au moins. C’est ce qui apparaît dans le communiqué du Conseil des ministres de dimanche 19 juin, dans lequel on peut lire que «la loi de finances complémentaire pour 2022 ne doit pas renfermer de nouveaux impôts, ni toucher sous aucune forme la structure des prix appliqués actuellement, l’objectif étant de préserver le pouvoir d’achat et les acquis sociaux décidés par l’Etat en faveur des citoyens». Ces instructions du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui a renvoyé le projet de loi de finances complémentaire pour enrichissement, afin que les citoyens ne soient pas pénalisés, renseignent que les appréhensions exprimées sur la révision des subventions ont été entendues. Dans ce sens, le Parti des travailleurs (PT) et le Front des forces socialistes (FFS) se trouvent être parmi les plus farouches opposants à la refonte des subventions de l’Etat. Et ils le sont toujours. «La position du FFS concernant le maintien du système de subventions publiques généralisées reste inamovible», a affirmé, hier, le Dr Hakim Belahcel, membre de l’instance présidentielle du plus vieux parti de l’opposition, dans une déclaration à «Reporters».
D’ailleurs, le FFS a fait connaître sa position au président de la République lorsque celui-ci a reçu en audience, au début du mois courant, une délégation du parti menée par son premier secrétaire national Youcef Aouchiche, a tenu à rappeler M. Belahcel pour démontrer que le FFS assume pleinement sa position. «A l’occasion de notre dernier entretien avec le chef de l’Etat, nous avions clairement affiché notre légitime appréhension face à la volonté unilatérale des pouvoirs publics d’établir un système de subventions orientées», a-t-il dit. «Nous avions aussi mis l’accent sur l’exacerbation de la crise économique nationale, qui a brutalement imposé au peuple algérien une paupérisation écrasante et accélérée», a encore noté notre interlocuteur.

Pour un dialogue sur les options économiques et sociales
«Démarrant de ce postulat, le FFS continuera à défendre le renforcement du caractère social du pays et l’amorce urgente d’un véritable dialogue concernant les options et les orientations économiques et sociales, et de rompre définitivement avec les stratégies de la fuite en avant et du chaos», a résumé Hakim Behacel.

Au niveau du PT, c’est également une position immuable qui est exprimée. «Le PT estime qu’il y a des acquis nés suite à la Révolution algérienne et à l’indépendance de l’Algérie. Ces acquis doivent être préservés et dûment protégés», a déclaré le cadre et porte-parole du parti Djelloul Djoudi.
Ces acquis, a-t-il poursuivi, «représentent le caractère social de l’Etat algérien, la République a le devoir d’être à l’écoute des citoyens en préservant les aides et subventions octroyées dans le cadre de cet Etat social».
Le peuple algérien n’est pas majoritairement riche, et la majorité du peuple est «composée de fellah, de jeunes, de femmes et d’hommes qui sont, en fait, de simples travailleurs», qu’il ne faut «absolument pas priver des subventions», a souligné M. Djoudi, avant de soutenir que «l’Etat doit entièrement assumer ses responsabilités sur le plan social».
Le cadre du PT revient en arrière en rappelant que «cela fait des années que nous disons que l’Etat doit jouer son rôle social quelles que soient les conditions». «En 1997, il y a eu un désengagement de l’Etat de ses missions économiques, et même à cette époque, on avait tiré la sonnette d’alarme pour dire ‘’attention à ce désengagement de l’Etat sur le plan social’’, et c’est ce qui est en train de se faire maintenant», a relevé M. Djoudi.
Lorsque le PT a reçu l’invitation pour participer à la commission chargée de la révision des subventions, il n’a pas hésité à accepter de se faire représenter au sein de cette instance pour des raisons qui vont dans le sens d’appuyer sa position. «Au PT, nous avons dit oui à notre participation à la commission, mais c’est pour défendre les acquis sociaux et dire que le pays doit maintenir le caractère social de l’Etat et continuer à aider les larges pans de la société afin qu’ils ne tombent pas dans la précarité et la paupérisation. Car personne ne peut nier la dégradation de la majorité du peuple algérien sur le plan social», a résumé M. Djoudi.
Selon toute vraisemblance, le dossier de la refonte des subventions ne sera pas clos de sitôt. En attendant, les débats se poursuivent et les arguments des uns et des autres sont exprimés, comme ceux des pouvoirs publics qui ont fait l’objet d’une journée d’information à l’APN. <