Le ministère de l’Education nationale a surpris plus d’un en commettant son premier impair, bien avant l’entame de l’année scolaire, marquée, comme la précédente, du sceau de l’exceptionnel et dont le lancement officiel a été reporté au 21 septembre.

PAR NAZIM BRAHIMI
En effet, dans une note explicative des plans exceptionnels des plannings des matières pour les établissements du cycle primaire, l’enseignement de la langue amazighe a été plus que relégué. Pourquoi ? Pour la simple raison que les cours de cette matière -deux séances par semaine- sont prévus en dehors des temps assignés aux groupes pédagogiques.
La décision, sur laquelle le ministère doit apporter des explications, n’a pas manqué de susciter dès sa diffusion des réactions déclenchées par les inspecteurs de la matière, qui ont dénoncé, via une déclaration, l’exclusion de l’enseignement de tamazight de l’emploi du temps alternatif pour l’année scolaire 2021-22.
La Coordination nationale des inspecteurs de langue amazighe (Cnila), a ainsi décidé, comme première réponse à la note ministérielle, d’attirer l’attention du premier responsable du secteur quant aux «arrières pensées et conséquences d’une telle décision, pour le moins inattendue». En attendant sans doute la réaction des enseignants de la matière, la démarche de la tutelle sonne vraisemblablement un traitement peu rassurant de la part du ministère vis-à-vis de la langue amazighe, dont l’introduction dans le système éducatif semblait être un acquis irréversible. D’ailleurs, ce n’est point fortuit que les inspecteurs de la langue amazighe ont évoqué, dans leur déclaration, ce qu’ils ont considéré comme «les devoirs de l’Etat envers l’enseignement de la langue amazighe».
De son côté, la tutelle, qui ne semble pas avoir mesuré la maladresse qu’elle vient de signer à trois semaines de la rentrée scolaire, aura toutes les difficultés à se défendre, y compris en construisant sa défense sur le contexte pandémique qui sévit encore dans le pays. D’autant plus que dans la répartition horaire prévue par la tutelle, l’enseignement de la langue amazighe est prévu en dehors de l’emploi du temps du groupe concerné». Autrement dit, son enseignement intervient «hors emploi du temps officiel» qui est de 4 heures (8H-12H) ou (13H-17H).
Même l’argument selon lequel la réduction du volume horaire de cette matière venait en réponse aux doléances des enseignants qui se plaignaient de la charge de travail induite par la division des classes en groupes est plus que bancal, notamment dans le cycle primaire puisque le module de tamazight n’est assuré que pour les élèves de 4e et 5e années.

Relents idéologiques ?
A l’évidence, si la note du ministère venait à être appliquée, l’introduction de la langue amazighe dans l’enseignement aura subi un sérieux coup que le caractère exceptionnel de l’année scolaire en contexte de pandémie ne saurait justifier. Le traitement que réserve la tutelle à la langue amazighe tend, à bien écouter les réactions des uns et des autres, à inquiéter les défenseurs et militants de cette langue qui évoquent un taux d’introduction non satisfaisant de tamazight dans le système scolaire. Non sans rappeler le caractère «facultatif» de son enseignement, alors que la matière devrait être comme toutes les autres.
Car, contrairement à la satisfaction que peut afficher le Haut-commissariat à l’amazighité (HCA), en déclarant que tamazight est enseignée dans plus de 40 wilayas, la réalité du terrain recommande un autre constat, dans la mesure où le champ d’enseignement dans la majorité de ces 40 wilayas est insignifiant à cause, justement, du caractère facultatif qui a accompagné l’introduction de son enseignement dans l’éducation.
«Le processus de généralisation de l’enseignement de la langue tamazight est programmé à partir de 2004. Toutefois, cette politique n’a pas pris en charge l’ensemble des variétés en usage sur le territoire national et s’est limitée à l’enseignement du kabyle à travers les manuels proposés par le ministère de l’Education nationale», ont estimé Ramdane Boukherroub et Malika Sabri dans une étude.
Mais au-delà des interrogations purement pédagogiques procédurales, qu’a suscitées la note ministérielle dans un contexte de pandémie, des voix n’hésitent pas à pointer des relents idéologiques dans cette décision.