Le bras de fer risque de durer quelques jours. On ne sait pas ce qu’il en est concernant la faisabilité de la Super Ligue. Toutefois, Florentino Perez, président du Real Madrid et de cette nouvelle compétition, a donné l’impression que tout est ficelé pour que le tournoi en question puisse connaître sa première édition incessamment. Dans son discours, il a mis l’accent sur les retombées financières que pourrait garantir cette épreuve. On croit alors comprendre qu’il est question de gains.

Par Mohamed Touileb
Aleksander Ceferin, patron de l’UEFA, n’a pas ménagé les 12 clubs qui ont décidé de lancer la Super Ligue. Il s’est pris frontalement à cette initiative en la qualifiant de « crachat au visage de tous les amoureux du football » et de « une proposition honteuse » de quelques clubs « guidés par l’avidité.» Le boss de l’instance footballistique en Europe est allé jusqu’à remettre en considération l’Histoire de certains de ces teams.
La frustration mélangée à la colère et le ton qui monte au moment où le football a connu un véritable séisme après l’annonce de la venue prochaine du nouveau bébé. Une naissance qui serait dictée par la situation financière délicate pour ces institutions sportives frappées de plein fouet par la crise économique causée par la pandémie de la COVID-19.

L’argent, nerf de la guerre
On devine alors que cette insurrection footballistique, initiée par les grosses écuries du Vieux-Continent, trouve explication dans le fait que l’UEFA n’a pas franchement aidé les équipes pour faire face aux pertes conséquentes. Florentino Perez, invité exceptionnel de l’émission « Chiringuito » à la télévision espagnole lundi soir, a décliné une plaidoirie pour expliquer la vitalité de ce nouveau challenge pour réanimer les trésoreries des clubs.
« Le Real Madrid avait un budget de 800 millions (d’euros) et on termine la saison dernière avec 700 millions. Et toujours pour cette saison, on va voir si on arrive à toucher au moins 600 millions alors qu’on attendait 900. En deux saisons, le Real a perdu 400 millions », a détaillé et illustré le chairman de la « Casa Blanca ». Il ajoutera qu’ « avec la pandémie… nous sommes tous ruinés.»
Cette démarche serait donc motivée par le ras-le-bol chez les grosses écuries qui savent qu’elles ne peuvent plus vivre des « miettes » que donne l’UEFA. En effet, la compétition de Ligue des champions génère des milliards en termes de recettes (3,2 milliards d’euros rien qu’en revenus télévisuels en 2018-2019). Toutefois, le club vainqueur ne décroche « que » 120-130 millions d’euros au terme de sa campagne. Et cette part du gâteau est jugée insuffisante par les initiateurs de la Super Ligue qui garantissent une répartition des gains plus « équitable ». Sauf qu’elle ne sera pas vraiment basée sur le mérite sportif et les performances.

« Il faut parler et dialoguer »
En effet, plus de 30% des près de 7 milliards de recettes annoncés iront, à chaque édition, aux 15 clubs qui ont lancé cette manœuvre alors que 20% seulement dépendront du parcours dans la compétition. Pour répondre aux attaques de Ceferin, Perez a estimé que « ce sont les menaces de quelqu’un qui confond le monopole avec la propriété. Il ne faut pas menacer, il faut parler, dialoguer, c’est ce que nous proposons.»
Il dira aussi penser que « ce format sauvera le football. (…) L’UEFA ne s’est pas distinguée par sa transparence. C’est terminé. Tout le monde doit savoir ce qui se passe. Le football est ruiné, pas seulement les grands, tout le monde. Ce qu’on veut c’est sauver le football. Je ne suis pas propriétaire du Real Madrid. Je suis devenu président pour sauver le club, où les joueurs n’étaient même plus payés. Nous avons dit dans un communiqué ce que nous pensions être le meilleur pour le football et vouloir dialoguer avec l’UEFA.» Perez laisse donc une petite brèche pour « discuter » et éventuellement négocier un abandon d’un projet qui n’enthousiasme, de toute façon, pas bon monde.