Christian Eriksen a fait un malaise cardiaque en plein match, Kun Aguero est contraint de stopper sa carrière pour des soucis de santé du même ordre. Les problèmes cardiaques sont-ils devenus plus fréquents dans le football ? Le rythme, toujours de plus en plus élevé, favorise-t-il cela ? Eléments de réponse.
«Cette conférence, c’est pour dire que j’ai décidé d’arrêter de jouer au football. C’est un moment très difficile. Cette décision, je l’ai prise pour ma santé. J’étais inquiet comme le staff médical qui a fait de son mieux. Mais la meilleure chose est d’arrêter de jouer. J’ai pris cette décision il y a 10 jours, mais je voulais dire à tout le monde que j’ai tout fait pour avoir de l’espoir, mais il n’y en avait plus vraiment», tels étaient les mots de Kun Aguero, forcé à arrêter le football pour un souci cardiaque.
Ce n’est, malheureusement, pas la première fois qu’on entend parler de cela et les observateurs du football ont encore en mémoire les images terribles du malaise de Christian Eriksen, l’été dernier, pendant l’Euro. Les questions se bousculent donc. Les problèmes cardiaques sont-ils devenus plus fréquents ? Est-ce que les examens de visite médicale sont assez poussés ? Le rythme effréné des joueurs de foot favorise-t-il tout cela ?

Pourquoi on découvre ces soucis sur le tard
«Au fil des années, on n’a pas plus de souci de cet ordre. Je ne pense pas, cela fait vingt ans que je fais de la cardiologie du sport, on tient des registres, je n’ai pas le sentiment que cela s’intensifie», commence par expliquer le docteur Laurent Chevalier, cardiologue. Mais, comment explique-t-on qu’on découvre ces problèmes à la fin des carrières ? «On vit une vie. Le cœur d’athlète quand il a encaissé deux ou trois ans d’entraînement intensif à 16 ou 17 ans, il n’a pas encore subi autant de choses qu’à 32 ans après quinze années de haut niveau sportif. Forcément, on voit plus de problèmes de cet ordre chez les sportifs en deuxième partie de carrière qu’en première moitié. Je n’ai pas eu accès au dossier de Lilian Thuram, ça été diagnostiqué assez tard. Il y a aussi des anomalies qui s’expriment peu au départ et qui prennent de l’ampleur au fil des années», poursuit le coprésident des cardiologues de sport en France.

Le sport n’est pas responsable
Après le malaise de l’international danois, beaucoup de personnes ont pointé du doigt les calendriers effrénés, votre serviteur le premier. Pour autant, selon notre spécialiste, cela n’a pas forcément de rapport. «Peut-être que le rythme effréné peut favoriser cela dans certaines pathologies, mais le rythme du football professionnel reste un sport qui a une sollicitation cardiovasculaire d’intensité moyenne par rapport à d’autres sports. Certes, ils courent plus de kilomètres par match et plus vite. Ils ont gagné en intensité, mais tous les sports sont dans ce registre. Le tennis, quand on compare Djokovic et Bjorn Borg, ça n’a rien à voir», avance Laurent Chevalier.
Avant de préciser que «le foot n’est pas considéré comme une discipline à risque et génératrice de problèmes cardiaques». Avant d’ajouter une chose importante : «Le sport n’est pas le responsable de l’anomalie. Elle existe déjà, la pratique peut la révéler et éventuellement l’accentuer un petit peu. Quand on fait quinze heures de sport intensif par semaine, cela peut, au fil des années, finir par accélérer le processus génétique».

Les examens médicaux sont efficaces
Par conséquent, et parce que ces problèmes sont découverts souvent sur le tard, n’y a-t-il pas possibilité de dépister plus vite ? Les examens médicaux, notamment lors des visites médicales préalables à toute signature d’un contrat, ont-ils changé ces dernières années ? Pour Laurent Chevalier, non, ce sont toujours les mêmes et c’est amplement suffisant.
«On n’a pas beaucoup évolué dans les examens, on fait toujours les mêmes depuis vingt ans. C’est un électrocardiogramme de repos. Il apporte beaucoup de renseignements. Echocardiographie, on regarde les valves, les structures cardiaques. Puis l’épreuve d’efforts. C’est toujours la même chose. Cela permet d’éliminer beaucoup de choses. Cela permet de dépister beaucoup d’anomalies, de prendre en charge des joueurs. On ne les arrête pas forcément. On les suit, on les laisse jouer, on les surveille, mais ce n’est pas forcément un arrêt. Parfois, on en arrive à un point où on arrête les joueurs. On les arrête parfois d’emblée, cela arrive. On peut aussi les prendre en charge, traiter le problème et les autoriser à reprendre», détaille-t-il. Une belle façon de se rassurer, donc…