Jeudi dernier, le directeur central de la prévention au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a admis la détection de 41 cas de choléra confirmés. Djamel Fourar a précisé que ces cas ont été diagnostiqués sur les personnes présentant des symptômes de sévères intoxications et hospitalisés à Alger, Blida, Bouira et Tipasa.

Son collègue Youcef Tarfani, médecin et sous-directeur au ministère, a précisé que 6 cas d’atteinte ont été recensés à Aïn Bessam (Bouira) dont 3 confirmés, 50 cas à Blida dont 22 confirmés, 18 à Tipasa dont 11 confirmés et 14 cas à Alger dont 5 confirmés. Le docteur Fourar a affirmé que les cas identifiés étaient « isolés et limités à des familles», alors que d’autres responsables du secteur parlent d’« épidémie », tout en se voulant rassurants.
Entre les deux, le débat est à la polémique. Des indications fournies hier par des sources médicales incitent à faire le tri de ce qui est dit officiellement. Certaines de ces sources, en relevant l’existence de cas avérés ou suspectés dans plusieurs régions du Centre, considèrent que cette découverte tend à privilégier la thèse de « foyers multiples » de la maladie dans un périmètre géographique précis et, donc, celle d’épidémie.
A un autre niveau, ces mêmes sources s’interrogent sur l’hésitation des autorités sanitaires à communiquer « promptement » et «précisément » sur l’existence de « problèmes » apparus depuis près d’un mois au moins ; notamment dans la région de Blida où 445 personnes de la commune de Bougara, à l’est du chef-lieu de wilaya, ont été hospitalisées pour consommation d’eau contenant des bactéries « coliformes » et que le directeur de la santé local, Mohamed Djemaï, avait qualifié de « bactéries simples et pas dangereuses ».
A la fin de la semaine dernière, une famille d’un bidonville a été transférée à l’hôpital de Boufarik à la suite d’intoxication sévère dont les causes n’ont pas été rendues publiques. Dans cet hôpital, un bloc spécial a été aménagé pour recevoir 65 autres malades et où une personne souffrant de diarrhées et de vomissements est décédée mercredi dernier dans la soirée des suites d’une intoxication dont l’origine n’a pas été vérifiée non plus. Des cas similaires avaient été hâtivement présentés comme des cas de gastro-entérite ou d’intoxication d’«origine inconnue ». Or, la confirmation, par la suite, de l’existence de 41 cas de choléra sur 180 cas suspectés laisse à penser, selon ces sources, que le protocole des soins aux personnes présentées aux services d’hospitalisation dans les quatre wilayas du Centre a été marqué d’une négligence possible : n’avoir pas pensé au choléra, une maladie censée être éradiquée depuis 1996, comme source d’infection au départ.
Vingt-deux ans après sa disparition, et si l’information sur les analyses bactériologiques qui ont été effectuées, selon les autorités sanitaires, n’est pas parvenue à temps, «la probabilité d’un impact négatif sur le dispositif de lutte et de surveillance de l’infection n’est pas à écarter », explique un médecin sous le sceau de l’anonymat.
Le constat de l’Office national de l’assainissement
On n’est pas présentement dans un scénario à la « Docteur House », fameux médecin de la célèbre série de télévision et découvreur de mystères médicaux, mais il arrive d’après, notre interlocuteur, que, dans un service hospitalier de région « surchargée », durant ces jours d’été propice aux intoxications ordinaires, on oublie dans son diagnostic qu’il s’agit de choléra ; une maladie des pauvres, de la saleté et du passé. Ce qui explique le
« courage » de déclarer ce genre de maladie, maladroitement admis par le Dr Fourar. Un rapport de l’Office national de l’assainissement (ONA) adressé au ministère des Ressources en eau, dont il dépend, ainsi qu’aux autorités sanitaires, établit, selon de bonne source, que des cas de contamination dans le pays blidéen ont été identifiés dans deux sites de bidonvilles à Boufarik. Les personnes atteintes, selon ce document, habitent ces sites et ont consommé de l’eau du robinet à laquelle s’est mêlée accidentellement de l’eau usée, en abondance dans ces « quartiers» où il n’existe pas de service de voirie ni de système de récupération des rejets… La propagation s’est amplifiée par d’autres personnes qui se sont rendues dans ces bidonvilles et ont consommé de l’eau impropre ou ont côtoyé d’autres individus déjà malades.
Le rapport de l’ONA, qui a été établi après une « inspection dans la région de Blida durant les deux jours de l’Aïd » pour un « premier constat », met également directement en cause des cultures et des jardins fruitiers irrigués avec des eaux usées. Le reste, on le devine, même s’il n’a pas été divulgué à temps, semble être contenu, selon le directeur de la prévention au ministère de la Santé. D’après le docteur Djamel Fourar, la situation « n’est pas inquiétante et ne nécessite pas l’instauration d’un état d’urgence ». Le directeur général de l’Institut Pasteur, le docteur Zoubir Harrath, a affirmé, lui, comme d’autres responsables, jeudi dernier, que l’eau n’est pas responsable de la propagation de l’épidémie. Il a annoncé que les analyses bactériologiques effectuées par l’Institut sur des échantillons prélevés de personnes atteintes ont confirmé que le facteur de contamination est le non-respect des règles d’hygiène lors de la consommation de certains aliments. Les causes réelles de l’infection seront «révélées prochainement», a-t-il ajouté.
D’après une bonne source, l’Institut Pasteur devrait confirmer la responsabilité des eaux usées comme facteur responsable de l’épidémie et renouveler les consignes d’hygiène. Hier, vendredi, le directeur de la Santé de la wilaya d’Alger, Mohamed Miraoui a anticipé, en affirmant : « La wilaya d’Alger n’est pas un foyer de cette épidémie transmise par des personnes ayant voyagé à Blida et Bouira ». Selon lui, « l’eau du robinet est potable et n’a jamais été à l’origine du choléra ».
« La wilaya d’Alger et tous les services concernés sont mobilisés pour faire face à cette épidémie », a-t-il rassuré, mettant l’accent sur « la nécessité de bien se laver les mains et de rincer les fruits et légumes avant leur consommation, en ajoutant quelques gouttes d’eau de javel pour éviter toute éventuelle contamination.