La protestation des avocats d’Alger s’élargit à l’ensemble de la corporation au niveau national et l’option du boycott des audiences dans toutes les juridictions du pays a été retenue pour les journées des 30 septembre et 1er octobre.

C’est ce qui a été décidé, hier, lors de la réunion de l’Union nationale des Ordres des avocats (UNOA) au lendemain du rassemblement observé par les avocats de la capitale pour réclamer «une justice indépendante» et «le respect des droits de la défense» sur fond de ce qui s’est passé lors du procès en appel du patron du groupe Sovac et l’attitude du juge à l’égard de Maître Sellini, qualifiée d’«humiliante» par les robes noires.
Cette option traduit manifestement l’union de l’action des avocats après le sit-in du barreau d’Alger à la Cour d’Alger à l’appel du Conseil de l’Ordre des avocats d’Alger, qui a décidé de boycotter les juridictions de la capitale du 27 septembre au 4 octobre.
L’UNOA a d’ailleurs condamné, dans un communiqué rendu public à l’issue de sa réunion, l’attitude du juge de la Cour «à l’encontre du collectif de défense», dénonçant ce qu’elle a qualifié de «dérapage dangereux» qui n’aurait pas dû se produire si le juge «avait décidé de lever la séance conformément à l’article 25 régissant le travail de l’avocat». La même organisation réclame, à cet effet, du ministre de la Justice, d’activer ladite disposition réglementaire et de soumettre ce dossier au niveau de la Commission nationale des recours.

«Les droits de la défense sont sacrés»
Dans son document, l’UNOA a mis en évidence le caractère sacré du droit de la défense, «un droit qui ne saurait être piétiné quelles que soient les circonstances», pointant dans ce sens le recours à l’organisation des procès par visioconférences. «La généralisation du recours à la visioconférence a fait perdre à la justice sa valeur humaine», a soutenu l’organisation représentant les robes noires. Elle estime que le recours à ce mode devrait être l’exception dans le sens où «le prévenu a le droit de se présenter devant le juge et d’interagir durant l’audition…». Pour l’UNOA, la généralisation de ce procédé a fait que les audiences sont devenues formelles et ne répondent pas aux exigences de procès équitable où sont garantis les droits de la défense.
Cette nouvelle montée au créneau des robes noires, qui tend déjà à perturber la programmation des procès en cours, intervient à un moment où l’appareil judiciaire est rythmé par la succession des audiences liées aux affaires de corruption des hommes d’affaires apparentés au régime de Bouteflika, d’une part, et par les arrestations et comparutions de manifestants poursuivis pour divers chefs d’inculpation.
Ce qui confère incontestablement de l’animation au niveau des juridictions qui se penchent sur les différentes affaires. Une animation qui connaît depuis dimanche une évolution particulière à cause justement de ce boycott des audiences décidé par les avocats d’Alger et auquel adhérent manifestement leurs collègues au niveau des autres wilayas, où l’on signale des tribunaux quasiment à l’arrêt. Nul doute que la contestation des avocats impactera, du moins pendant cette semaine, le travail des tribunaux et cours de justice et le déroulement des procès en cours.
Par ailleurs, la tournure prise par l’incident de la Cour d’Alger n’a pas manqué de faire réagir le Syndicat national des magistrats (SNM), par la voix de son président, Issad Mebrouk, qui a indiqué avoir tenté de prendre contact avec le bâtonnier Abelmadjid Sellini, juste après l’altercation verbale qu’il a eue avec le juge. Issad Mabrouk a fait savoir qu’un premier incident a eu lieu lors de l’audience du 16 septembre à la Cour d’Alger, lors du procès en appel de l’homme d’affaires, Mahieddine Tahkout, soulignant que Maître Sellini a demandé le transfert de son mandant pour être jugé en sa présence au lieu du procédé de la visioconférence, mais s’est vu refuser sa requête par le juge. n